S’il est vrai que dimanche, l’opposition zimbabwéenne revendiquait une victoire écrasante, les résultats officiels du scrutin du 29 mars n’ont pas encore été communiqués par la commission électorale, et la tension monte autour du dépouillement des bulletins.
Selon la Christian Alliance, un groupe d’organisations ecclésiastiques pro-démocratiques, le « profond silence » de la Commission électorale zimbabwéenne (ZEC) suscite des inquiétudes indues.
« Pour éviter toute détresse supplémentaire et apaiser tous les citoyens, nous appelons d’urgence la ZEC et les autres autorités concernées à communiquer immédiatement tous les résultats disponibles à ce jour. Tout délai supplémentaire risquerait de provoquer un comportement imprévisible et indésirable de la part des citoyens, à mesure que ceux-ci continuent à se fonder sur des résultats non-officiels », a déclaré à IRIN l’évêque Levy Kadenge, responsable des convocations à la Christian Alliance.
Selon ces résultats non-officiels, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) et son leader Morgan Tsvangirai seraient largement en tête du scrutin dans les zones urbaines – comme prévu. Mais le parti se serait aussi remarquablement défendu dans les régions rurales, bastion traditionnel du président Robert Mugabe. Plusieurs ministres du cabinet et principaux membres du ZANU-PF, le parti au pouvoir, risquent d’avoir perdu leurs sièges, ce qui a donné lieu à des célébrations à Harare, la capitale.
« Nous n’avons aucun doute. Nous nous dirigeons vers une victoire écrasante ; nous avons remporté de nombreux sièges […] dans l’ensemble du pays », s’est félicité Tendai Biti, secrétaire général du MDC.
Les spéculations du MDC reposent sur les résultats affichés à l’extérieur de chaque bureau de vote, dimanche matin. Ces résultats n’ont néanmoins pas encore été approuvés par la ZEC, qui veut examiner les retours de chaque circonscription à son « centre de commande », établi au Centre de conférences d’Harare. « Je suis aussi impatient que vous de connaître l’issue de ces élections », a déclaré à la presse George Chiweshe, président de la ZEC.
L’opposition prétend, pour sa part, que le retard observé dans la publication des résultats est la preuve d’une fraude électorale. « Ils ont les chiffres, tout le monde a vu les chiffres. Ils ont été tellement choqués de ce qu’ils ont vu que ça les a stoppés net. Et maintenant, ils essaient de trafiquer ces chiffres », a affirmé un analyste politique, qui a souhaité conserver l’anonymat.
La ZEC, dont le président et les six membres ont été nommés par le président Mugabe, est critiquée par bon nombre au sein de l’opposition et de la société civile pour sa partialité présumée et son incapacité, dit-on, à gérer les trois élections (municipales, législatives et présidentielles) qui se sont tenues samedi. M. Mugabe, ancien combattant de la liberté aujourd’hui âgé de 84 ans, dirige le Zimbabwe depuis l’indépendance, en 1980.
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| Les premiers électeurs |
Lovemore Sekeramayi, principal responsable des élections au sein de la ZEC, a fait une apparition à la télévision et à la radio nationales pour mettre en garde l’opposition contre la diffusion de résultats. « Ces résultats ne sont pas officiels. Les résultats officiels seront annoncés à la nation par la commission et nous prions instamment celle-ci de patienter jusqu’à ce que nous ayons achevé le processus de collationnement et de vérification ».
En attendant, José Marcos Barrica, chef de la mission d’observation de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), a indiqué qu’en dépit des préoccupations concernant la partialité des médias et les remarques pro-Mugabe des huiles de l’armée, ces élections ont été « l’expression crédible de la volonté du peuple ».
Les élections de samedi se sont déroulées sans heurt ; des milliers d’électeurs avaient attendu devant les bureaux de vote depuis quatre heures du matin, soit trois heures avant l’ouverture. Tendai McNab était venu équipé d’une chaise pliante.
« La dernière fois que j’ai voté, en 2000, j’ai passé plus de 10 heures à faire la queue. Cette fois-ci, je suis prêt : je vais m’asseoir patiemment avec un livre ».
Devant le bureau de vote de l’école David Livingstone d’Harare, Tendai Munyoro, en fin de grossesse, a déclaré, pour sa part, qu’elle voulait voter pour le bien de ses enfants. « Je me suis juré que, quel que soit mon état, j’irais voter ».
Selon Nixon Nyikadzino, activiste politique qui exerce en Afrique du Sud, des milliers de Zimbabwéens, qui avaient migré de l’autre côté de la frontière pour échapper à la crise politique et économique de longue date qui handicape leur pays, sont rentrés chez eux en nombre pour aller aux urnes.
En Afrique du Sud, ces derniers mois, les discussions tournaient autour des dispositions de transport pour rentrer au pays en vue des élections […] Une multitude de Zimbabwéens, qui se trouvaient dans d’autres pays de la région, tels que le Botswana, la Zambie, le Mozambique ou la Namibie, sont également rentrés chez eux ».
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