Quelques jours après que les habitants de Kedere, une localité de la région pétrolière du delta du Niger, au Nigeria, eurent constaté une fuite de pétrole dans le pipeline qui longe le village, un groupe de jeunes villageois s’est rendu sur le site avec des pelles, ont enfoui le pétrole dans des fosses, y ont mis le feu, puis les ont recouvertes de sable.
« Pendant la saison sèche, cela ne semble pas poser de problème », a affirmé à IRIN Anyakwee Nsirimovu, directeur de l’institut des droits humains et du droit humanitaire à Port Harcourt, décrivant la méthode simple couramment utilisée dans la région pour éliminer les déversements de pétrole.
Pourtant, selon Emmanuel Emmanuel, environnementaliste à Port Harcourt, les dégâts causés à l’environnement par ces mauvaises méthodes de nettoyage pourraient être désastreux. « Le pétrole ne brûle pas à 800° C, a-t-il expliqué. Lorsque vous le brûlez, vous éliminez simplement les produits volatils et le gaz. Le pétrole brut reste […] et à la première goutte de pluie, vous voyez des taches noires sur le sol », a-t-il expliqué.
À Kedere et dans bien d’autres villages de la région, les preuves des dégâts sont aisément observables sur le sol et dans l’eau, tous deux recouverts d’un reflet huileux.
« La terre est ravagée. L’eau potable et les ruisseaux sont pollués. Lorsqu’il pleut, nous utilisons l’eau de pluie, mais nous ne pouvons pas la boire parce que même cette eau regorge de pétrole brut », a confié à IRIN Amstel Monday Ebarakpor, jeune responsable d’une association de jeunes.
« À chaque intrusion de la nappe phréatique, il y a des fuites. Parfois, on trouve des taches d’huile dans l’eau potable », a-t-il affirmé. « Le pétrole sera là pour les 50 prochaines années ».
Photo: Dulue Mbachu/IRIN ![]() |
| Déverserments de pétrole à Kegbara-Dere, dans le district d'Ogoni, dans la région du delta du Niger, et leurs conséquences sur l'environnement. D'après les habitants, ces déversements datent de plus de 10 ans et n'ont toujours pas été nettoyés |
Le 25 janvier, Bamidele Ajakaiye, président directeur général de la National Oil Spill Detection and Response Agency, a déclaré devant la commission du Sénat chargée de l’environnement et de l’écologie que 1 150 sites de déversement de pétrole étaient laissés à l’abandon dans la région du delta du Niger. Selon les communautés villageoises, bon nombre de ces sites sont nettoyés – quand ils le sont – selon la méthode utilisée à Kedere.
Les compagnies pétrolières et les communautés rurales ont des avis divergents lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi il y a tant de déversements de pétrole dans le delta du Niger.
Une commission d’enquête conjointe, composée de représentants de l’Etat fédéral, de l’Etat régional, des autorités locales, de la communauté et des compagnies pétrolières, doit indiquer si les déversements sont dus à la vétusté des infrastructures, à une erreur humaine ou à des actes de vandalisme. En effet, lorsque les déversements sont le fait d’une personne tierce, les compagnies pétrolières ne sont pas tenues de dédommager les communautés pour les dégâts causés à l’environnement.
Pour Shell et Eni, les deux compagnies les plus présentes dans le pays, la plupart des déversements sont dus à des actes de piratage (« bunkering ») – une pratique extrêmement dangereuse et illégale, qui consiste à percer les pipelines pour siphonner le pétrole et le vendre ensuite sur le marché noir.
Pour certains activistes, ces chiffres sont surévalués et c’est la vétusté des installations qui est en cause. « Les pipelines remontent au début de l’exploitation pétrolière », a expliqué M. Emmanuel, expert environnementaliste.
« Ce n’est que récemment qu’elles [les compagnies] ont commencé à procéder à des remplacements, alors aujourd’hui, les pipelines sont rouillés. Bon nombre d’entre eux apparaissent à la surface et sont sollicités 24 heures sur 24 pour acheminer le pétrole brut ».
Des entreprises locales irresponsables ?
Quelle que soit l’origine du problème, tout déversement de pétrole doit être notifié au gouvernement dans les 24 heures qui suivent et les compagnies pétrolières se doivent de nettoyer immédiatement le site, une obligation souvent impossible à respecter, selon les compagnies.
« Comme les années précédentes, certaines communautés [nous] refusent l’accès aux sites de déversement, ce qui nous empêche d’agir et de nettoyer les sites de déversement au moment opportun », pouvait-on lire dans le rapport annuel 2006 de Shell.
| « Il n’est pas possible de s’attaquer au problème des [déversements de pétrole] en faisant appel à des personnes illettrées, qui n’ont aucune idée de ce qu’est la pollution et qui ne [savent pas] comment faire face à un problème purement scientifique » |
Or, d’après Bari-Karap Moi, porte-parole du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni, les entreprises locales embauchent souvent des jeunes non-qualifiés et sous-équipés pour faire le travail. « Il n’est pas possible de s’attaquer au problème des [déversements de pétrole] en faisant appel à des personnes illettrées, qui n’ont aucune idée de ce qu’est la pollution et qui ne [savent pas] comment faire face à un problème purement scientifique », a-t-il affirmé à IRIN.
Dans le village de Kedere, les déversements sont généralement éliminés à l’aide d’une méthode simple qui consiste à enfouir le pétrole dans des fosses, à y mettre le feu puis à refermer les fosses, a-t-il expliqué. Les chefs de communauté des villages voisins de Port Harcourt en disent autant.
Selon Idriss Moussa, directeur adjoint de la National Oil Spill Detection and Response Agency, la méthode idéale pour nettoyer les sites de déversement consiste à creuser des fosses pour contenir le déversement, puis à utiliser des camions aspirateurs pour nettoyer et recueillir le pétrole brut. « Il est déconseillé de le brûler », a-t-il expliqué à IRIN.
« L’élimination d’un déversement de pétrole n’est pas une affaire d’amateurs. La communauté ne dispose pas des équipements appropriés ».
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