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Pourquoi tant de femmes meurent-elles ?

Toutes les deux heures au Niger, une femme meurt pendant sa grossesse ou pendant l’accouchement – une réalité qui traduit le sous-financement des services de santé, l’abandon des infrastructures en matière de transport et d’éducation et l’absence de sensibilisation des femmes à leurs droits, selon certains experts et autorités sanitaires.

Avec une population de 13,5 millions d’habitants, disséminés sur un territoire désertique grand comme l’Europe de l’Ouest, le Niger n’a pas connu un développement comparable à celui de la plupart des autres pays africains du continent.

Le réseau routier du pays ne dispose que de quelques routes bitumées et une bonne partie de la population vit dans des villages reculés, loin d’un axe routier, d’un centre de santé ou du service administratif local.

Pour Fatima Trapsida, directrice de la maternité de Gazouby à Niamey, la capitale, c’est le premier obstacle pour accéder aux femmes et pour leur fournir les soins de santé dont elles ont besoin : « Se rendre chez un médecin peut impliquer un déplacement à cheval et en charrette, l’attente d’un moyen de transport public ou l’achat de carburant pour utiliser une des ambulances publiques ».

Le système de santé

Se rendre dans un centre de santé ne signifie pas pour autant qu’on a la garantie de se faire soigner.

Dans tout le pays, il n’y a que 17 médecins capables de réaliser des césariennes ; sept à Niamey et 10 autres dans les régions.
Dans certaines capitales régionales comme Diffa et Tillaberi, il n’y a aucun personnel médical pour réaliser des actes de chirurgie obstétricale.

« Le système est encore très sous-équipé », a affirmé Soumana Hama, un des médecins urgentistes à la maternité de Gazouby à Niamey.

« C’est une question de moyens – jusque très récemment, la mortalité maternelle n’était pas une priorité », a-t-il ajouté.

Selon l’indice annuel de développement humain des Nations Unies, une sage-femme qualifiée ne s’occupe que de 16 pour cent des 600 000 bébés nigériens qui naissent chaque année.

Education

Pour certains experts, le très faible niveau de scolarisation des filles au Niger est un autre facteur important de l’accroissement du taux de mortalité maternelle.

A peine 15 pour cent des filles nigériennes – voire moins de 10 pour cent dans certaines régions – savent lire ou écrire. Plusieurs milliers de filles en difficulté scolaire abandonnent prématurément les classes pour se marier, souvent avant d’avoir atteint l’âge de 15 ans.

« Il n’y a pas encore assez de sensibilisation autour de l’importance de la médecine moderne pour les femmes enceintes, pendant la grossesse et pendant le travail », a estimé Amoul Kinni Ghaichatou, responsable médical au Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) à Niamey.
« Si les femmes, les filles et leurs familles savaient les risques qu’elles prenaient à ne pas se rendre dans des centres de santé modernes, elles accoucheraient à l’hôpital ».

Car, a-t-elle ajouté, bon nombre de familles – dirigées généralement par les hommes – consultent d’abord des charlatans, ou encore des chefs religieux et des guérisseurs traditionnels en cas de complications, lors des accouchements, avant de faire appel à un médecin.

« Le gros effort doit porter sur la scolarisation des enfants et des filles en particulier, car bien des choses pourraient changer si elles étaient scolarisées. C’est le grand défi – la scolarisation de toutes les filles. Tous les indicateurs de santé s’en trouveraient améliorés », a indiqué Mme Trapsida.

Coûts

La pauvreté est un autre aspect du problème. Le Niger fait partie des pays les plus pauvres du monde, 85 pour cent des Nigériens vivent péniblement d’une agriculture de subsistance dépendant de la pluie.

Bien que le gouvernement du Niger ait élaboré des programmes nationaux de soins de santé gratuits pour les enfants de moins de cinq ans, les naissances par césarienne et les consultations prénatales, dans la réalité, bon nombre de personnes continuent de payer pour ces services, car le fonds central censé financer les centres de santé n’est pas encore entièrement opérationnel.

Une fois que les femmes ont payé le transport et les autres frais pour se rendre dans un centre de santé, bien souvent il ne leur reste plus rien pour payer le traitement au dispensaire ou à l’hôpital, selon les experts.

« Des femmes meurent à cinq mètres de ces centres de santé parce qu’elles n’ont pas les moyens de s’y faire soigner », a expliqué M. Ghaichatou.


Photo: Nicholas Reader/IRIN
Sage-femme de la materinté de Gazouby à Niamey

Changement

Malgré l’ampleur du problème, certaines autorités continuent de croire qu’un changement est possible.

S’il est vrai qu’il faudra du temps ou plus d’efforts pour avoir un système éducatif opérationnel et pour changer les stéréotypes à propos de l’éducation des filles, certaines campagnes d’information ciblant les femmes et les filles peuvent être efficaces, selon Issa Sadou, administrateur de programmes à l’UNFPA.

C’est le cas de la campagne contre les mutilations génitales féminines qui a entraîné une baisse de deux pour cent de la pratique au Niger entre 1998 et 2006, a indiqué M. Sadou. Pour lui, le tournant décisif dans cette campagne a été l’adoption d’une loi en 2001 interdisant les mutilations génitales féminines.

« Il faut du temps pour insuffler des changements. Cela implique des actions pour changer les lois et parfois les traditions », a-t-il ajouté.

Mme Ghaichatou de l’UNFPA tente d’établir un lien entre la sensibilisation accrue des populations aux services auxquels elles devraient avoir droit et le rythme des améliorations apportées au système.

« La population a le droit d’accéder aux services de santé. Lorsqu’elle l’aura compris, elle revendiquera ce droit et exigera de meilleurs traitements », a-t-elle dit.

« En l’état actuel des choses, on pourrait avoir les meilleures infrastructures sanitaires ici, mais si la population ne comprend pas pourquoi ces infrastructures sont importantes, elle ne les utilisera pas ».

Premier article d’une série de trois articles portant sur la mortalité maternelle et les mariages précoces au Niger.

nr/cb


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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