Le gouvernement du président Umaru Yar'Adua s’est dit déterminé à éradiquer les causes de la violence et de la pauvreté dans la région instable du Delta du Niger en mettant en place un 'projet majeur' d’aménagement pour développer la région et la doter de services de base.
La nouvelle proposition de budget pour 2008 du gouvernement de M. Yar'Adua prévoit d’allouer 69 milliards de nairas (566 millions de dollars) à la Commission de développement du Delta du Niger (NGGC), au titre de l’année 2008, soit plus du double de la part du budget fédéral affectée à la commission l’année dernière.
« [Le Delta du Niger deviendra] la région la plus prospère, la plus pacifique et la plus agréable de l’Afrique d’ici à 2020 », a affirmé Davies Okarevu de la NDDC, chargée de la mise en œuvre du projet. A la mi-novembre, des représentants de la NDDC et des autorités régionales s’étaient rencontrés à Calabar, une ville du sud-est du pays.
Dans les 15 prochaines années, l’Etat fédéral, les gouvernements locaux, les compagnies pétrolières et les fondations privées investiront près de 50 millions de dollars pour améliorer les infrastructures, l’environnement et l’économie de la région. Le projet général d’aménagement, qui comporte trois phases de cinq ans chacune, s’articule autour de projets spécifiques portant sur la construction de routes, le développement de systèmes sanitaires et l’appui aux entreprises.
Ces projets vont contribuer à transformer une région où sept habitants sur 10 n’ont toujours pas accès aux services de base.
Depuis la découverte de gisements de pétrole dans le Delta du Niger, en 1956, la région est la source de l’importante manne financière de l’Etat fédéral, mais les 1 500 communautés et plus qui abritent les installations pétrolières font partie des plus pauvres du pays, et bon nombre d’entre elles subissent les déversements de pétrole et les dégradations de leur environnement.
Deux décennies de frustration ont fait naître une multitude de groupes de militants qui prétendent tous se battre pour le bien-être des 31,2 millions d’habitants de la région. Les attaques contre les installations pétrolières et les enlèvements d’expatriés travaillant sur ces installations ont ralenti la production pétrolière, entraînant des milliards de dollars de perte de revenus pour les compagnies multinationales et pour le gouvernement nigérian.
Ces dernières semaines, le Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (MEND), un groupe de militants séparatistes, a lancé une série d’attaques contre des installations pétrolières pour décourager les investisseurs potentiels. « Notre stratégie est de harceler en permanence l’industrie pétrolière jusqu’à ce qu’elle soit paralysée », a expliqué Jomo Gbomo, porte-parole du MEND, dans un courriel.
« Nos richesses doivent servir à assurer notre développement, mais pas à nous opprimer », a-t-il fait poursuivi.
Un même projet, une approche différente
Depuis l’accession du Nigeria à l’indépendance, en 1960, c’est le cinquième projet général d’aménagement que les autorités du pays tentent de réaliser pour éradiquer la pauvreté dans la région du Delta du Niger. Olusegun Obasanjo, l’ancien président, avait créé la NDDC en 2001 et après trois années de travaux et de recherche, le gouvernement fédéral avait adopté un ‘projet général’ en 2004.
Le nouveau projet n’est pas fondamentalement différent des précédents, mais depuis son investiture, en mai, le président Yar'Adua mène une politique de transparence et a favorablement impressionné les activistes de la région.
« Le nouveau gouvernement semble très déterminé – bien plus que celui de M. Obasanjo – et s’il continue sur cette voie, je pense qu’il y parviendra », a expliqué Paul Ihediwanma, directeur exécutif du International Center for Youth Development à Umuahia, dans l’Etat d’Abia.
D’autres personnes, en revanche, ont un jugement est plus réservé. « Nous ne faisons qu’observer pour le moment », a dit Sofiri Joab-Peterside, chargé de recherche au Centre for Advanced Social Science à Port Harcourt. « Tout dépendra de leur sincérité à réaliser le projet ».
La politique avait eu raison des précédents projets, a souligné Willie Okowa professeur à l’université de Port Harcourt.
« L’un des principaux problèmes est qu’une bonne partie de l’exécution du projet relève d’autres autorités que celles de la NDDC », a-t-il expliqué à IRIN.
Environ 83 pour cent des dépenses et des opérations sont initiées par des autorités locales, étatiques et fédérales qui, par le passé, n’ont jamais respecté leurs promesses. « « Il sera très difficile de les obliger à adhérer à ce projet. La NDDC ne peut pas contraindre le gouvernement d’un Etat [à y adhérer] », a ajouté M. Okowa.
En octobre, Timi Alaibe, directeur général de la NDDC, avait fait remarquer que depuis 2001 le gouvernement et les compagnies pétrolières n’avaient pas versé les 224 milliards de nairas (1,8 milliard de dollars) de contribution au financement du projet.
Mais pour Ledum Mitee, président du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni, la NDDC n’est pas exempte de tout reproche car elle attribue souvent des contrats à des personnes de son entourage.
Et dans le Delta du Niger, on ne compte plus les histoires ‘d’éléphants blancs’ où l’on trouve par exemple des écoles sans tables ni bancs, des hôpitaux sans médicaments et des projets de construction de route inachevés.
« Vous avez une organisation censée avoir un rôle interventionniste et qui est désormais constituée de nombreuses structures créés à dessein pour recevoir de l’argent d’une main et le donner d’une autre », a déclaré M. Mitee devant des parties prenantes au projet général d’aménagement du Delta du Niger.
Le 4 novembre, le vice-président Goodluck Jonathan a inauguré une commission chargée de suivre les projets et les financements – pour éviter toute duplication des opérations – et de lutter contre la dilapidation des fonds. Le vice-président mène également une série de négociations avec les responsables des communautés et des groupes de militants en vue de préparer le sommet portant sur le Delta du Niger et qui se tiendra en fin d’année.
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