Une revue médicale américaine vient de publier une étude qui a révélé que des enfants du nord du Nigeria avaient contracté la poliomyélite après une vaccination censée les prémunir contre la maladie ; mais dans un pays qui tente de rattraper son retard, cette information pourrait de saper les efforts de vaccination contre la polio.
Des épidémies liées la vaccination se sont déjà produites dans d’autres régions du monde, où généralement la couverture vaccinale est faible ; mais les 69 cas confirmés liés à la vaccination contre la poliomyélite sont un précédent, ont indiqué les experts dans leur étude.
Les conclusions de l’étude pourraient être un « sérieux revers » dans la campagne actuelle d’éradication de la poliomyélite dans le monde, dans une région où il ya quelques années, les rumeurs sur l’innocuité du vaccin avaient « mis à mal les efforts de vaccination », ont prévenu les experts dans l’étude publiée le 28 septembre par le Centre américain de prévention et de contrôle de maladie (CDC) dans sa revue Morbidity and Mortality Weekly.
Au moins 70 pour cent de tous les nouveaux cas de polio dans le monde sont enregistrés au Nigeria, alors que la plupart des autres pays du monde sont parvenus à éradiquer la maladie.
Les résultats du CDC ont également été repris dans l’importante revue scientifique Science Magazine, puis confirmés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Mais à en croire Sona Bari, porte-parole du Programme d’éradication de la poliomyélite à l’OMS, quelque 2 000 cas de polio avaient été signalés dans la même région et à la même période, mais ils n’étaient pas liés au vaccin.
« Toute vaccination comporte des risques. D’un point de vue de la santé publique, il est important d’évaluer les risques par rapport aux avantages », a-t-elle expliqué, le 3 octobre.
« Nous espérons que les gens ne vont pas se focaliser maintenant sur le vaccin est en faire un problème, alors que c’est plutôt la maladie qui continue de poser le plus grave problème ».
La polio touche principalement les enfants de moins de cinq ans. Une fois la maladie contractée, elle peut causer des handicaps irréversibles. On ne peut pas soigner la polio, mais on peut s’en prémunir en se faisant vacciner.
Les souches vaccinales de la polio, comme la maladie, sont transmises par des matières fécales. De l’avis de Mme Bari, bon nombre des enfants qui ont contracté le poliovirus dérivé du vaccin n’ont peut être jamais été vaccinés, mais l’ont plutôt absorbé indirectement.
« Le virus a muté et il n’y avait pas d’autre vaccin pour les protéger », a-t-elle dit.
Il sera peut être difficile à la majorité des habitants du nord du Nigeria de comprendre cela. Des chefs religieux musulmans radicaux avaient, en son temps, fait circuler des informations infondées selon lesquelles le vaccin contre la polio contenait des agents susceptibles de transmettre le sida ou de rendre stérile.
En conséquence, trois Etats du nord du Nigeria avaient suspendu les campagnes de vaccination, en 2004, dont l’Etat de Kano qui, après près d’une année de suspension, avait autorisé la reprise des vaccinations lorsque des tests avaient confirmé l’innocuité des vaccins.
Selon les organisations nigérianes et internationales, les populations ont récemment commencé à accepter les vaccinations, mais le taux de vaccination est encore faible dans certaines régions. Actuellement, six Etats du nord - Kano, Kaduna, Sokoto, Zamfara, Kebbi et Jigawa – totalisent à eux seuls plus de 70 pour cent des cas de polio dans le pays.
Les autorités nigérianes craignent que les efforts de vaccination réalisés jusqu’ici ne soient battus en brèche lorsque la population apprendra que le vaccin de la polio peut provoquer la maladie.
« Ces cas semblent conforter les craintes que les vaccins contre la polio cachent peut-être quelque chose de malsain, et ils pourraient pousser la population à boycotter encore plus les campagnes de vaccination », a confié à IRIN un haut responsable du Programme national de vaccination au ministère nigérian de la Santé, sous le couvert de l’anonymat.
« Il reste toutefois que ces infections sont la conséquence de la faible couverture vaccinale due au boycott des populations dans le nord », a-t-il poursuivi. « Il faudra donc mener une grande campagne de sensibilisation de santé publique pour faire comprendre à la population les réels causes de cette épidémie et leur expliquer qu’il faudra plus, mais pas moins, de vaccinations », a-t-il conclu.
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