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Divisions et tensions à Port Harcourt autour d'un projet de démolition

Le projet de démolition de plusieurs bidonvilles de Port Harcout, une ville instable et dangereuse du sud du Nigeria, pourrait raviver des tensions interethniques, alimenter la violence et jeter à la rue près de 100 000 personnes.

Le 21 août, Celestine Omehia, gouverneur de l’Etat de Rivers, avait annoncé que son gouvernement raserait 25 bidonvilles dans la zone délabrée du front de mer où vivent actuellement entre 50 000 et 100 000 personnes, selon certaines estimations locales.

Cette annonce fait suite à plusieurs semaines de violentes manifestations qui se sont terminées par des combats de rue à Port Harcourt entre des miliciens armés, se déplaçant en moto, et l’armée qui, après avoir bombardé plusieurs quartiers de la ville à l’aide d’hélicoptères, à imposer un couvre-feu pour mettre fin aux violences.

Selon M. Omehia, ces bidonvilles servaient de cachettes et de points de repli aux miliciens et bandes armées qui ont fait de cette ville pétrolière l’une des plus dangereuses du pays, en raison des fréquentes prises d’otage contre rançon, visant des travailleurs de l’industrie pétrolière, et des attaques contre les troupes gouvernementales.

Cependant, quelques représentants de groupes ethniques craignent que la démolition des bidonvilles ne tourne à la confrontation, certains arguments se basant sur des considérations essentiellement ethniques qui ne font qu’aggraver les différends entre les deux plus importants groupes ethniques de Port Harcourt et de la région : les Ijaws et les Ikwerres.

La crainte des Ijaws

« Notre crainte s’explique par le fait que les habitants de la plupart des quartiers du front de mer, notamment les Okrikas, qui pendant des générations ont vécu toute leur vie dans ces quartiers de pêcheur en tant que populations autochtones, seront jetés à la rue », a expliqué Miebaka Biapuka, le porte-parole de l’Okrika Ethnic Nationality Survival Organisation.

Pour les habitants de ces bidonvilles, qui ont le plus souffert des combats, la perte de leur maison pourrait également être ressentie comme un coup terrible, a ajouté M. Biapuka.

L’opposition des Ikwerre

Certains responsables politiques Ijaw ont accusé le gouverneur Omehia, membre de l’ethnie Ikwerre, d’être complice des bandes armées impliquées dans les récents affrontements qui ont eu lieu dans la ville, et ont appelé le président nigérian Umaru Yar'Adua à décréter l’état d’urgence dans l’Etat de Rivers.

« Dès que ces bandes armées vont commencer à exploiter la fibre ethnique, l’escalade de la violence sera inévitable »
Si l’état d’urgence était décrété, le gouverneur Omehia devrait quitter ses fonctions pendant au moins six mois et un administrateur intérimaire, désigné par le Président, devrait le remplacer pendant la période intérimaire.

Quant aux responsables politiques Ikwerre, qui se sont exprimés dans la presse locale, ils ont dénoncé le recours à l’état d’urgence, qu’ils qualifient de manœuvre subversive, et ont appelé le gouverneur Omehia à poursuivre son action afin de débarrasser Port Harcourt des groupes de miliciens, tout en saluant le projet de démolition des bidonvilles.

« Dès que ces bandes armées vont commencer à exploiter la fibre ethnique, l’escalade de la violence sera inévitable », a expliqué à IRIN Obudu Waritimi, un professeur d’université habitant Port Harcourt. « Ils penseront avoir désormais une bonne raison pour justifier leur passé de criminels ».

Le projet de reconstruction

M. Omehia a promis de construire 6 000 nouveaux logements à la place des bidonvilles et, à l’en croire, la première phase du programme de construction serait déjà achevée.

Les habitants restent toutefois très sceptiques. « Tout va si vite. Il n’y a eu aucun plan de relogement ou d’indemnisation », a déploré Dagogo Jack, un habitant de Creek Road Waterside, un des bidonvilles voué à la démolition.

« Lorsqu’ils auront reconstruit ce quartier, les nouvelles maisons seront destinées à des personnes très fortunées, mais plus à des pauvres comme nous », a-t-il regretté.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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