Le Liberia finalise actuellement sa politique de renforcement des capacités du gouvernement dans sa lutte contre la faim et la malnutrition, un des piliers d’une orientation stratégique globale vers le développement adoptée par le gouvernement libérien au terme de plusieurs années de mesures de transition, destinées à redresser le pays après la guerre, ont noté certains observateurs.
« Cela montre que le gouvernement libérien se réoriente sa politique vers le développement », a expliqué Todd Benson, chercheur à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), qui a apporté son aide aux organes chargés d’élaborer la stratégie.
La stratégie nationale « de sécurité alimentaire et de nutrition », conçue par le gouvernement, en collaboration avec le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), définit la méthode de coordination utilisée par le gouvernement pour lutter contre la faim chronique – un problème qui touche l’ensemble de la région, mais particulièrement le Liberia, où 14 années de guerre ont ravagé les infrastructures et entraîné des taux de pauvreté et de malnutrition particulièrement élevés.
En 2006, une étude menée à l’échelle nationale avait révélé que 39 pour cent des enfants de moins de cinq ans présentaient un retard de croissance et que 27 pour cent étaient en sous-poids, d’après un rapport du PAM sur le Liberia.
Dans neuf des 15 comtés du Liberia, le taux de malnutrition chronique est actuellement supérieur à 40 pour cent ; dans les six autres, il oscille entre 30 et 40 pour cent.
Selon les Nations Unies, être en situation de « sécurité alimentaire » signifie avoir un accès fiable à des aliments de qualité, en quantité suffisante. La stratégie couvre également la « sécurité nutritionnelle », un concept qui englobe à la fois une amélioration des régimes alimentaires et un meilleur accès aux services de base, tels des soins de santé ou un environnement sanitaire.
« Cette stratégie fournit un cadre pour permettre la collaboration, et faire en sorte que nous puissions nous centrer sur ce que nous devons faire afin de nous assurer que tous les Libériens disposent de nourriture en quantité suffisante », a expliqué à IRIN J. Chris Toe, le ministre de l’Agriculture, depuis Monrovia, la capitale.
En tant qu’organe directeur, le ministère de l’Agriculture soumettra la stratégie à l’approbation de l’ensemble du cabinet dans les prochaines semaines, selon M. Toe.
Photo: IRIN ![]() |
| Le gouvernement libérien et les agences humanitaires se concentrent sur les projets de développement pour aider le pays à atteindre l'autosuffisance alimentaire |
Partir de zéro
Si à terme cette orientation vers le développement à long terme devrait permettre au Liberia d’acquérir une autonomie, les stratégies de développement à plus court terme réserveront quant à elles un rôle important à l’aide extérieure, dans un pays qui a connu, pendant la guerre, ce que Toga McIntosh, ministre de la Planification et des Affaires économiques, qualifie de « blocage institutionnel ».
« Le gouvernement n’a pas encore acquis les capacités nécessaires pour prendre, à 100 pour cent, le relais [des organisations non-gouvernementales (ONG)] », selon M. Toe, ministre de l’Agriculture. « Nous devons nous préparer d’urgence avant que toutes les ONG ne quittent le pays. La transition ne doit pas être brutale ; elle doit être progressive et bien coordonnée ».
« Nous demandons à nos partenaires de nous apporter leur aide et de nous accorder leur compréhension à l’heure où nous renforçons nos capacités », a-t-il ajouté.
Contribuer à renforcer les capacités du gouvernement fait partie des objectifs principaux de la stratégie de sécurité alimentaire et de nutrition, selon plusieurs acteurs humanitaires et de développement. Une tâche herculéenne. « Le ministère de l’Agriculture commence vraiment à zéro », selon M. Benson. « Au Liberia, il existe de fortes contraintes de capacité ».
| « Nous devons nous préparer d’urgence avant que toutes les ONG ne quittent le pays...» |
La stratégie servira d’outil grâce auquel les bailleurs de fonds pourront apporter une aide financière et technique aux plus démunis, pour intervenir avec un maximum d’efficacité, tout en gardant le cap sur la viabilité, selon M. Benson. « Le gouvernement peut présenter cette stratégie pour solliciter les bailleurs », et les organisations humanitaires peuvent se référer au plan dans le cadre des appels de fonds qu’elles adressent aux pays donateurs, a-t-il poursuivi.
La prochaine étape, pour le gouvernement, consistera à élaborer un plan d’action qui définira les responsabilités de chacun, les ressources nécessaires et les principales contraintes de capacité, ont affirmé plusieurs responsables.
La sécurité alimentaire, clé du développement
A en croire certains responsables, l’élaboration de cette stratégie s’explique par la reconnaissance croissante, de la part des bailleurs de fonds et des gouvernements, de l’importance d’éradication de la faim dans le cadre de la lutte globale contre la pauvreté. La stratégie de sécurité alimentaire est en passe d’être finalisée à l’heure où le Liberia commence à rédiger son projet de stratégie de réduction de la pauvreté, et l’on espère que l’alimentation et la nutrition y auront la part belle, selon plusieurs sources.
Pour M. Benson, le processus même d’élaboration d’une stratégie alimentaire est bénéfique. « Le processus d’élaboration de [la stratégie] est probablement aussi important que le document lui-même – les gens parlent de politique en matière de sécurité alimentaire et les parties prenantes commencent à se rendre compte que la sécurité alimentaire doit faire partie du processus global de réduction de la pauvreté ».
Photo: Obinna Anyadike/IRIN ![]() |
| Commerçant libérien |
Si les opérations sont dirigées par le ministère de l’Agriculture, il ne s’agit pourtant pas d’une stratégie agricole, précise le document. « De nombreux ministères contribuent à assurer la sécurité alimentaire », a déclaré M. Toe à IRIN. « Certaines régions sont sujettes à l’insécurité alimentaire parce qu’elles sont reculées et ne sont pas équipées d’infrastructures routières adéquates, entre autres », a-t-il dit, notant que cet exemple illustrait la nécessité d’une participation pluriministérielle.
Selon le rapport du PAM sur le Liberia, les causes sous-jacentes de l’insécurité alimentaire sont l’insuffisance de la production agricole, la faiblesse du pouvoir d’achat et les capacités d’absorption limitées, dues au manque d’eau potable et de systèmes d’assainissement. La dernière étude des marchés montre qu’en dehors de Monrovia, le système des marchés fonctionne mal, en grande partie du fait du délabrement des routes, des moyens de transport limités et du peu d’institutions fonctionnelles.
Selon M. Toe, le ministre de l’Agriculture, la volonté politique est également d’une importance critique pour venir à bout de la faim chronique. « Nous aurons besoin de ressources pour parvenir à assurer la sécurité alimentaire de tous les Libériens. La classe politique doit s’engager à atteindre l’objectif d’assurer la sécurité alimentaire de la population. Il est de notre responsabilité de prendre soin de notre peuple ».
np/cb/nh/ads
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions
