La ville de Ekwulobia, ou plutôt ce qui en reste, témoigne de l’ampleur des problèmes écologiques de la région.
Il y a un an, les fissures dans le sol, causées par l’érosion, en périphérie de la ville, ne semblaient représenter aucun danger.
Cependant, avec la saison des pluies, les fissures se sont agrandies et ont déclenché, en août dernier, un glissement de terrain, qui a enseveli 400 maisons et endommagé une route principale, isolant ainsi plusieurs communautés.
A Ekwulobia, plus de 2 000 personnes ont été touchées par le glissement de terre et ont dû trouver refuge auprès de leur famille, de leurs amis ou au sein de l’école primaire de la ville.
« Nous avons tous dû abandonner nos maisons, nous avons pris la fuite lorsque nous avons vu que les précipitations s’accompagnaient de coulées de boue », a confié Silas Okeke, un habitant de Ekwulobia dont la maison a été emportée par le glissement de terrain. « Nous avons eu de la chance, personne n’a été tué ».
D’après le ministère de l’Environnement, dans le sud-est du Nigeria, plus d’un millier de sites souffrent de problème d'érosion des sols. Au moins 700 de ces sites se trouvent dans l’état d’Anambra, et la région de Ekwulobia est la plus sévèrement touchée. A Nanka, à quelques kilomètres au nord de Ekwulobia, un canyon creusé il y a une vingtaine d’années par l’érosion est devenu un lieu touristique.
Pression historique
Il y a 150 ans, le sud-est du Nigeria était une région couverte d’une forêt tropicale luxuriante, a déclaré Theo Eze, un ingénieur agronome nigérian, pour qui la culture incontrôlée des palmiers à huile est à l’origine de la dégradation du sol.
Il a, en effet, expliqué que dès le milieu du XIXe siècle puis au cours de l’époque coloniale, un engouement de la part des Européens pour l’huile de palme avait incité les Nigérians à cultiver les palmiers de manière effrénée.
« Lorsqu’ils sont cultivés en grande quantité, les palmiers ont tendance à accroître la salinité du sol et à ameublir la terre », a rappelé M. Eze.
En outre, la forte densité de population (jusqu’à 1 000 habitants par Km²) donne lieu à une surexploitation des sols et les intenses activités agricoles, ainsi que la présence de bétail, empêchent le sol de se reposer, a-t-il fait savoir.
De plus, des mauvaises techniques de gestion du sol, comme la déforestation et l’écobuage, fragilisent la terre. Ainsi, pendant la saison des pluies, les précipitations emportent la couche arable, ce qui peut entraîner la formation de ravins et des glissements de terrain lorsque la situation n’est pas maîtrisée à temps.
A cause de la dégradation du sol, plus de 70 pour cent du sud-est du Nigeria est exposé à l’érosion, a affirmé Uzo Egbuche, du CE-RASE (Centre for Environmental Resources and Sustainable Ecosystems) basé à Lagos. Le gouvernement fédéral ou local intervient en cas d’incidents graves, lorsque par exemple une route est coupée.
Une solution à long terme
Dans les années 1980, le gouvernement fédéral a créé un fonds consacré à l’écologie afin de lutter contre la désertification dans le nord du pays et contre l’érosion des sols et de la côte dans le sud. Cependant, une audience parlementaire a révélé des irrégularités dans la gestion du fonds.
Dans le sud-est du pays, les problèmes écologiques sont parfois longs à régler et ce en raison des différends au sein des instances dirigeantes. Par exemple, le gouvernement de l’Etat d’Anambra se plaint d’un manque de financement pour lutter contre l’érosion en ravins et réclame l’intervention du gouvernement fédéral. En effet, quelque 400 millions de dollars seraient nécessaires à la lutte contre le ravinement.
Inquiété par l’ampleur des dégâts à Ekwulobia, le président Olusegun Obasanjo s’est rendu sur les lieux et s’est engagé à mener une action d’urgence afin de réparer la route endommagée et de ralentir la formation des ravins.
Mais d’après des experts, une action à long terme est nécessaire afin de remplacer les pratiques actuelles qui fragilisent le sol et l’exposent à l’érosion.
Uzo Egbuche a souligné qu’il fallait sensibiliser la population aux problèmes de la dégradation du sol et à ses conséquences.
« La solution est de replanter des arbres et de reconstituer la couverture végétale qui protègera le sol des précipitations », a-t-il conclu.
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