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Arrestation du leader d'un nouveau parti politique

[Sierra Leone] President Alhaji Ahmad Tejan Kabbah. Freetown, Nov 2004.
Président Ahmed Tejan Kabbah (IRIN)

Le chef d’un parti politique dissident fait beaucoup parler de lui ces derniers temps en Sierra Leone, alors que les préparatifs des prochaines élections présidentielles ont commencé et que les casques bleus de l’ONU s’apprêtent à quitter le pays.

L’arrestation la semaine dernière de Charles Francis Margai, accusé de complot, a suscité une vive réaction de la part de ses partisans dans la capitale, Freetown.

La recomposition de la scène politique souhaitée par M. Margai est la preuve d’une possible scission au sein du Parti du Peuple de Sierra Leone (SLPP) du président Ahmed Tejan Kabbah, qui doit quitter le pouvoir après les élections de 2007.

M. Margai, qui avait rompu avec le SLPP parce qu’il n’avait pas été choisi comme candidat du parti aux prochaines élections, doit répondre de 11 chefs d’accusation liés à l’organisation non autorisée d’un rassemblement, le mois dernier, dans la ville de Bo.
Alors que la nouvelle de l’arrestation de Margai se répandait à travers Freetown, ses partisans se sont rassemblés pour tenter de prendre d’assaut le Département des investigations criminelles (CID), obligeant la police anti-émeute à faire usage de grenades lacrymogènes.

« D’après nos enquêtes, M. Margai est poursuivi pour plusieurs délits de trouble à l’ordre public, de complot et d’incitation à l’émeute », a déclaré Moussa Lappia, directeur du CID.

Ecarté du SLPP, M. Margai - fils d’un président et neveu d’un autre - a quitté le parti au mois d’octobre et annoncé la formation du People’s Movement for Democratic Change.

Mais il n’a pas pu enregistrer son parti auprès de la Commission d’enregistrement des partis politiques.

Quelques instants avant son arrestation, M. Margai avait déclaré à IRIN que le président Kabbah « prenait tout son temps » pour retarder les nominations nécessaires au fonctionnement de la Commission des partis, afin que son dauphin, le vice-président Solomon Berewa, bénéficie d’une longueur d’avance dans sa campagne électorale.

« Avant d’être enregistré, on ne peut tenir de réunions, mais on peut informer ses alliés de ce que nous envisageons de faire au niveau individuel et personnel », a expliqué M. Margai.

Cette scission au sein du SLPP pourrait être profitable au All Peoples Congress, un parti qui a dirigé le pays de 1968 à 1992.

Ce drame politique survient alors que la Sierra Leone essaie de maintenir une paix fragile et se prépare à organiser la deuxième élection présidentielle depuis la fin de la guerre de 1991-2002, dans un contexte de chômage, d’extrême pauvreté et de pression de la société civile, qui réclame réparation pour les injustices subies au cours des dix années de conflit.

Au plus fort de la crise, le contingent des casques bleus présent en Sierra Leone était composé de 17 500 hommes et constituait la plus importante force de l’ONU déployée sur un théâtre d’opération. La Mission des Nations unies en Sierra Leone (MINUSIL) cèdera ce mois-ci son matériel et ses locaux aux autorités sierra léonaises, et les 1300 soldats restants se retireront d’ici la fin de l’année.

Les accusations portées cette semaine à l’encontre M. Margai font suite à une confrontation le 18 novembre entre ses partisans et le cortège officiel du Vice-président Berewa, lors d’une réunion d’école dans la ville de Bo.

Des manifestants pro-Margai auraient bloqué le convoi de M. Berewa et auraient été accusés d’avoir tenté de blesser et même d’assassiner le vice-président. Mais pour M. Margai, cette manifestation n’était pas planifiée.

M. Berewa a affirmé que sa vie était en danger et des membres du gouvernement ont accusé M. Margai d’avoir essayé de faire assassiner son rival.

Quant à M. Margai, il a nié toute implication dans l’incident de Bo, indiquant qu’il n’était pas possible de contrôler un mouvement de foule « spontané ».

Pascal Egebenda, le ministre de l’intérieur a déclaré mercredi « qu’il [Margai] voulait probablement éliminer le vice-président ».

« Cet homme veut tellement devenir président, qu’il est prêt à tout », a-t-il ajouté.

Selon M. Margai, les accusations du ministre sont « irresponsables ».

Dans l’interview accordée avant son arrestation, M. Margai a rejeté les accusations selon lesquelles ses partisans constituaient une menace pour la vie de M. Berewa ou qu’il avait programmé son assassinat.

« Le vice président manipule la police, ce qui est très dangereux dans ce pays », a déclaré M. Margai depuis son cabinet d’avocat situé au centre ville.

« Ils devraient se rappeler des inquiétudes de la population vis-à-vis de leurs abus de pouvoir », a-t-il ajouté, soulignant cependant qu’il s’engageait à coopérer à toute enquête « effectuée dans le respect de la loi ».

Alors que les autorités emmenaient M. Margai au quartier général du CID, la foule qui assistait à l’évènement a promis de le libérer.
« Nous resterons ici tant qu’il sera détenu dans ces locaux », a déclaré Alex Kamara, un partisan de M. Margai, âgé de 30 ans. « Je suis un Sierra léonais pacifique, mais s’ils le gardent ici nous allons provoquer des troubles ».

Selon le frère de M. Margai, Samuel Margai, cette arrestation est purement politique et constitue un réel danger pour le pays.

« Si vous avez commis une erreur, alors ce sera un tout autre problème, et vous le paierez cher », a-t-il déclaré.

« S’il s’agit d’une manœuvre politique savamment orchestrée, on doit alors s’inquiéter non seulement pour sa propre personne, mais également pour cette prétendue démocratie que nous pratiquons ».


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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