Aristides Gomes, le directeur de campagne électorale qui a permis à M. Vieira d’accéder à la présidence en juillet a rapidement été investi dans ses fonctions et a promis résoudre les différends politiques et de relancer l’économie de cet Etat d’Afrique de l’ouest.
« Je formerai un gouvernement de consensus national qui reflète toutes les tendances politiques du pays », a-t-il déclaré à la presse après sa nomination.
Le nouveau Premier ministre s’est engagé à travailler en étroite collaboration avec la communauté internationale, une priorité pour l’ancienne colonie portugaise qui a besoin de l’aide étrangère pour payer les salaires de ses fonctionnaires.
Et la crise actuelle n’est pas faite pour rassurer les bailleurs de fonds qui souhaitent voir s’instaurer une stabilité politique avant d’investir massivement en Guinée Bissau, le sixième pays le plus pauvre de la planète.
Le différend entre l’ancien Premier ministre, M. Gomes Junior et le nouveau président M. Vieira dure depuis plusieurs mois. Mais il a pris une nouvelle tournure vendredi soir lorsque le président de la république a limogé son Premier ministre au motif qu’il menaçait dangereusement la stabilité du pays.
Une délégation du Fonds monétaire internationale (FMI) qui séjournait dans le pays depuis quelques jours a quitté la Guinée Bissau lundi. Avant son départ de Bissau, le chef de la mission du FMI, Harry Snoek, a déclaré à la presse : « Un programme est en cours, mais étant donné qu’il n’y a pas de gouvernement actuellement, nous ne pouvons poursuivre les discussions ».
M. Snoek a également indiqué que la tenue éventuelle d’une table ronde des bailleurs de fonds en décembre dépendait essentiellement la capacité des autorités bissau guinéennes à résoudre les problèmes actuels.
« Dès que le pays deviendra stable, la communauté internationale reviendra vous aider », a ajouté M. Snoek.
La nomination d’un nouveau Premier ministre n’a pas pour autant mis fin à la controverse. Le choix du Premier ministre mercredi a été mal accueilli par le PAIGC (Parti pour l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), le parti politique de M. Gomes Junior.
« La décision du président est arbitraire et contraire à la constitution », a déclaré le porte-parole du PAIGC. « Nous userons donc de tous les moyens politiques à notre disposition pour faire annuler cette décision ».
Le parti avait remporté les élections législatives de mars 2004, mais après la défection le mois dernier de 14 de ses députés, dont le nouveau Premier ministre, il a perdu un peu de son influence.
Toutefois, le PAIGC reste majoritaire à l’Assemblée nationale et selon les termes de la Constitution, il lui revient de nommer un candidat au poste de Premier ministre, avec l’accord du Président de la République.
Aussitôt après le limogeage de M. Gomes Junior, le parti a exigé qu’il soit rétabli dans ses fonctions. Mais lundi, le parti annulait cette revendication.
« J’ai toujours dit que je ne m’accrocherai pas au pouvoir », a déclaré le Premier ministre sortant, à l’issue d’un entretien avec M. Vieira, l’homme qu’il considérait comme « un bandit et un mercenaire ».
« C’est pour cette raison que j’ai dit au Président que je ne peux pas remplir la fonction de Premier ministre. Maintenant, le parti va se réunir et choisir parmi ses vice-présidents celui qui sera le prochain Premier ministre ».
Mais M. Vieira n’a pas tenu compte des recommandations du parti et a choisi pour ce poste Aristides Gomes, son ancien directeur de campagne électorale qui a déjà occupé les fonctions de ministre dans un de ses précédents gouvernements.
Ancien militant du PAIGC, M. Vieira a combattu les portugais jusqu’à l’indépendance de son pays en 1974. Il est arrivé au pouvoir à la faveur du coup d’Etat militaire de 1980 et a dirigé le parti et le pays avant d’être destitué pendant la guerre civile de 1998-99 et évincé du PAIGC par M. Gomes Junior.
En mai dernier, Aristides Gomes était encore vice-président du parti. Après des mois de conflit au sein du parti, il a été suspendu de ses fonctions pour avoir publiquement apporté son soutien à la candidature de M. Vieira contre celle du candidat du PAIGC, Malam Bacai Sanha.
« A bien des égards, ce différend qui durait depuis 18 mois est une revanche des partisans de Nino (Vieira) qui avaient été marginalisés par M. Gomes Junior en 1999 », a expliqué Chris Melville, un spécialiste Afrique du groupe Global Insight basé à Londres.
Selon lui, après les premiers mois de M. Viera au pouvoir, on ne voit pas se matérialiser ses promesses électorales de réconciliation nationale pour ce pays particulièrement instable.
« Malheureusement, il semble avoir opté pour la défense de ses intérêts et de sa survie politiques », a indiqué M. Melville.
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