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Les candidats à la présidentielle divisés sur la question de l'extradiction de Charles Taylor

Les candidats à l’élection présidentielle du Liberia sont divisés sur la question de la demande d’extradition de l’ancien président Charles Taylor, qui vit en exil au Nigeria, afin de le traduire en justice pour les crimes de guerre commis en Sierra Leone.

Dix-sept chefs d’inculpation pour crimes contre l’humanité ont été retenus contre M. Taylor en raison de son implication dans le conflit sierra léonais et du soutien qu’il a apporté au Front révolutionnaire uni (RUF), un mouvement rebelle qui s’était rendu tristement célèbre en mutilant les populations civiles pendant la guerre civile de 1991-2002.

A plusieurs reprises, le Tribunal spécial de l’ONU pour la Sierra Leone avait demandé au Président nigérian Olusegun Obasanjo d’extrader M. Taylor afin qu’il soit jugé. Mais M. Obasanjo avait toujours répondu qu’il ne remettrait l’ancien chef de guerre que si le nouveau président élu lui en faisait la demande ou si M. Taylor ne respectait pas les termes de l’accord d’asile.

Alors que les Libériens se préparent à voter le 11 octobre prochain, les candidats à la présidentielle ont tenu à marquer leur position sur la question de l’extradition de M. Taylor, au cours d’un récent débat présidentiel.

George Weah, ancienne gloire du football et actuel favori dans la course à la présidence, a confirmé qu’il souhaitait que M. Taylor ait la possibilité de laver sa réputation.

« Je pense que l’ex-président, M. Taylor, a le droit de se défendre contre les charges qui pèsent sur lui. Pour M. Taylor, sa famille et les gens qui croient en lui, il est temps que l’ex-président se défende et nous devons lui donner la possibilité de le faire », a indiqué l’ancienne star du football.

Très populaire parmi l’électorat jeune et généralement illettré d Liberia, Weah bénéficie du soutien inconditionnel des ex-combattants, notamment des ex-miliciens restés fidèles à Taylor.

Toutefois, l’ancienne star internationale du football n’a pas précisé si elle était favorable à la comparution de M. Taylor devant le Tribunal spécial pour qu’il puisse se défendre.

Ellen Johnson-Sirleaf, ancienne chef de l’opposition et fonctionnaire des Nations unies, a demandé une révision de l’accord d’exil de M. Taylor au Nigeria où les autorités locales ont ouvert une enquête à la suite d’allégations faisant état d’ingérence de l’ex-président dans la vie politique libérienne.

« M. Taylor n’a pas été inculpé par un tribunal libérien. Il est poursuivi par une Cour internationale. C’est à la suite d’un accord passé avec des chefs d’Etat ouest-africains que M. Taylor a quitté le Liberia pour s’exiler au Nigeria. S’il est prouvé qu’il n’a pas respecté cet accord, il doit alors en tirer les conséquences », a indiqué Mme Johnson-Sirleaf.

Pour Roland Massaquoi, membre influent du gouvernement de l’ancien président et nouveau porte-drapeau du Parti national patriotique (NPP) de Charles Taylor, la comparution de M. Taylor devant la justice ne peut être envisagée que si l’accord d’asile a été rompu ou si le peuple libérien l’exigeait.

Seul Charles Brumskine, ancien compagnon de M. Taylor et président adjoint du Sénat sous son régime, a déclaré être favorable à l’extradition de son ancien patron et à sa comparution devant le Tribunal spécial de l’ONU pour la Sierra Leone.

« Je n’ai aucune objection à voir M. Taylor répondre de ses actes devant la Court. L’état de droit doit s’appliquer et une plainte internationale a été déposée contre lui », a-t-il déclaré.

Mais deux avocats, candidats à l’élection présidentielle, ont soulevé des questions d’ordre juridique.

Winston Tubman, ancien diplomate des Nations unies et représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Somalie, a remis en question la compétence juridique de la Cour spéciale.

« Je ne ferai pas comparaître M. Taylor devant la Cour tout simplement parce qu’elle me le demande. La question de la compétence de la Cour pose un problème juridique. La Cour n’a pas une juridiction obligatoire pour faire comparaître M. Taylor », a-t-il indiqué.

Mais le neveu de l’ancien président du Liberia, William Tubman, envisage de soumettre la question au Conseil de sécurité de l’ONU, s’il remporte les élections avec une majorité confortable.

« Si je gagne les élections avec quatre-vingt dix pour cent des voix, je demanderais au Conseil de sécurité de se prononcer et d’indiquer si nous sommes tenus de le remettre à la justice », a-t-il déclaré.

Pour l’avocat Varney Sherman, il est nécessaire de savoir s’il existe un traité d’extradition entre le Nigeria et le Liberia. En outre, fait-il remarquer, la Cour spéciale jugera M. Taylor pour des crimes commis contre des Sierra Léonais, mais pas contre des Libériens.

« En tant qu’avocat reconverti dans la politique, le problème de M. Taylor est bien compliqué – il n’a pas été inculpé par un tribunal libérien. Par ailleurs, il n’est pas poursuivi pour des crimes commis contre des Libériens, mais contre des Sierra Léonais », a-t-il expliqué.

Taylor avait livré une guérilla meurtrière contre le gouvernement de Samuel Doe de 1989 à 1997, année pendant laquelle il a été élu président, profitant d’une période d’accalmie dans le conflit libérien.

Le Libériens avaient voté pour M. Taylor en pensant que la guerre civile s’achèverait une fois le chef rebelle élu président.

Mais cette accalmie a été de courte durée. En effet, dans les mois qui ont suivi, de nouveaux mouvements rebelles marchaient sur la capitale Monrovia en vue de renverser M. Taylor.

Sous la pression internationale, M. Taylor a été contraint de quitter le pouvoir en août 2003 et de s’exiler au Nigeria, conformément aux dispositions de l’accord de paix. Il vit actuellement dans une luxueuse résidence de la ville côtière de Calabar.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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