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La journée de la liberté de la presse célébrée dans une région réputée pour ses censures de la presse

[Senegal] Informal sector media. IRIN
Journaliste/photographe : une activité informelle au Sénégal
Alors que la presse continue d’être muselée et censurée en Afrique de l’ouest, l’UNESCO a choisi de célébrer mercredi la journée mondiale de la presse à Dakar, la capitale sénégalaise.

"Nous avons voulu rendre hommage au Sénégal pour ses bonnes réalisations en matière de liberté de la presse et de démocratie", a déclaré Morgens Schmidt, un représentant de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Mais même au Sénégal, le gouvernement du président Abdoulaye Wade a montré ces dernières années quelques rares signes d’irritation face aux journalistes.

En octobre 2003, Sophie Malibeaux, la correspondante de Radio France Internationale (RFI) a été interpellée par les forces de l’ordre à Ziguinchor où elle se trouvait pour les besoins de la couverture des assises du mouvement des Forces démocratiques de Casamance (MFDC) qui se bat depuis deux décennies pour l’indépendance de la région sud du Sénégal.
Un arrêté d’expulsion du territoire national lui a été notifié au motif officiel de "Nécessité d’ordre public". Mais quelques instants avant de quitter le territoire, un contre ordre est tombé, annulant ou suspendant la mesure d’expulsion.

L’année dernière, Madiambal Diagne, le directeur de publication d’un journal local, a été incarcéré pendant plus de deux semaines pour avoir diffusé des informations sur les bons à enlever de la douane et des documents relatifs à la réunion du Conseil Supérieur de la Magistrature.

A sa libération, il a indiqué qu’il espérait que son séjour en prison permettrait d’apporter des modifications aux lois sur la presse au Sénégal, pays dont la réputation de modèle de démocratie en Afrique de l’ouest a été écornée par cette affaire.

Dans la Gambie voisine où le président Yahya Jammeh ne cache pas son aversion pour les journalistes - il avait demandé qu’on leur donne “une longue corde pour qu’ils se pendent” - , la situation de la presse est bien plus dramatique.

En décembre 2004, Deyda Hydara, l’un des plus éminents journalistes de son pays et correspondant de l’Agence française de presse (AFP), a été assassiné dans la capitale gambienne.

D’après les enquêtes menées par l’organisation non gouvernementale française Reporters sans frontières (RSF), tout laisse à penser que son assassinat a été perpétré par des professionnels.

RSF a eu l’occasion d’interroger de nombreux journalistes qui sont convaincus de la complicité des autorités gambiennes dans le meurtre d’Hydara.

"Dans de nombreux pays, le meurtre est une pratique courante pour censurer la presse", a indiqué Rodney Pinder, directeur de l’institut international pour la sécurité de l’information (International News Safety Institute - INSI), dans son discours prononcé à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse.

En Côte d’Ivoire, pays d’Afrique de l’ouest en proie à une guerre civile, on note aussi la disparition en avril 2004 du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer. Keiffer était en train de mener une enquête sur l’industrie du cacao, le principal produit d’exportation de la Côte d’Ivoire.

En 2004, les investigations du juge français Patrick Ramael ont permis d’établir que le beau-frère de Simone Gbagbo, la femme du président Laurent Gbagbo, était le principal témoin dans l’affaire de la disparition de Keiffer.

Bien que la mort de Keiffer soit un fait largement établi, son corps n’a jamais été retrouvé et aucun suspect n’a encore été arrêté.

Par ailleurs, en octobre 2003, le correspondant de RFI en Côte d’Ivoire, Jean Hélène, a été abattu d’une balle dans la tête par un agent de police. Les autorités ivoiriennes ont toujours fait savoir que l’agent de police, qui a du reste écopé d’une peine de 17 ans de prison, n’avait reçu aucune consigne pour perpétrer ce meurtre.

Les émissions des stations de radio internationales sont souvent brouillées en Côte d’Ivoire.

Les émetteurs de la radio britannique BBC, de RFI, d’Africa Numéro 1 et de la Voix de l’Amérique (VOA) ont tous été coupés en novembre 2004, lors de l’attaque des forces gouvernementales sur les positions des forces rebelles. Ces coupures sont également intervenues pendant les violentes manifestations de mars 2004 et au début de la rébellion en septembre 2002.

Les campagnes de haine reprises sur les radios, à la télévision et dans les quotidiens abidjanais, notamment dans la zone sud sous contrôle du gouvernement, ont exacerbé les vieilles rivalités inter-ethniques.

Au Togo, petit pays francophone de l’Afrique de l’ouest, les émissions de RFI ont été suspendues depuis que Faure Gnassingbe, fils du dictateur Gnassingbe Eyadema, a été déclaré vainqueur à l’issue d’un scrutin présidentiel très controversé.

Mais l’UNESCO a indiqué qu’elle mettait tout en oeuvre pour renforcer la liberté de la presse indépendante.

"Pour l’UNESCO, il est très important d’encourager tous les pays à respecter la liberté de la presse. Nous sommes en contact permanent avec les autorités des pays de la région et nous travaillons à accroître les capacités de la presse indépendante", a déclaré Schmidt.

"Une presse qui respecte les plus grands principes déontologiques peut jouer un rôle primordiale dans l’application des méthodes de bonne gouvernance", a-t-il ajouté.

La conférence de trois jours s’achèvera mercredi par la remise du prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2005 qui sera décerné au journaliste chinois Cheng Yizhong pour son travail en tant que rédacteur en chef du journal de langue anglaise de Bangkok, The Nation.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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