Marc Destanne De Bernis, le coordinateur humanitaire de l'ONU au Liberia, a déclaré :
"L'approvisionnement en nourriture et en eau se fait rare, la malnutrition est répandue, et des dizaines de milliers de personnes n'ont pas accès à l'eau potable. Si les combats ne cessent pas immédiatement, nous assisterons à une des pires tragédies humanitaires dans la région ".
M. Bernis, qui s'exprimait lundi depuis Freetown, dans la Sierra Leone voisine, a informé que les agences de secours ne pouvaient avoir accès aux ravitaillements alimentaires se trouvant dans des entrepôts du port de Monrovia, qui n'est pas derrière les lignes rebelles.
Les combattants du mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) ont entrepris il y a une semaine une nouvelle offensive contre Monrovia, après la rupture de l'accord de cessez-le-feu du 17 juin avec le gouvernement du président Charles Taylor.
Mercredi matin, de lourds bombardements étaient audibles dans le centre de Monrovia, ainsi que dans les zones situées à l'ouest et au nord de la capitale. Trois obus ont échoué près du complexe résidentiel de Gardnersville, au nord, tuant huit personnes, selon des habitants en contact téléphonique avec IRIN.
Le ministre libérien de la Défense Daniel Chea a déclaré à l'Agence France Presse (AFP) : " Ils pillonnent nos positions sur le pont de Stockton Creek avec des mortiers de 81 mm. Ce matin, ils ont bombardé le centre de Monrovia de 5H00 GMT à 5H30 GMT, avant de reporter leur attention ailleurs ".
Le LURD a indiqué qu'il a repris les hostilités car les forces gouvernementales ont attaqué ses positions.
"Nous voulons un cessez- le-feu, mais le gouvernement essaie de nous repousser. Hier, nous avons arrêté nos combattants, mais les forces gouvernementales ont lancé une attaque contre nous ", a expliqué par téléphone à IRIN à Abidjan le conseiller politique du LURD, Charles Bennie. " Tant que le gouvernement continue d'attaquer nos positions, les combats continueront ".
Les habitants du centre-ville, coincés depuis cinq jours chez eux par les affrontements dans les rues, ont fait savoir qu'ils étaient privés d'eau et de nourriture.
Dans les zones de l'Est, plus calmes, où quelques commerces restaient ouverts ici et là, le prix d'un sac de riz de 50 kg avait plus que doublé mercredi, passant de 20 à 50 dollars en l'espace d'une semaine.
Les agences humanitaires estiment que plus de 200 000 personnes - soit un habitant sur cinq à Monrovia - ont été déplacées de leurs foyers par les combats. Ces habitants dépendent de la nourriture distribuée par le Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM). L'agence onusienne a suspendu sa distribution alimentaire il y a une semaine, indiquant qu'il était devenu trop dangereux pour son personnel de travailler dans la ville en proie à la violence.
"Des milliers de personnes sont entassées dans des églises, des écoles et dans d'autres refuges provisoires, sans eau ni nourriture. Beaucoup d'entre elles nécessitent une aide sur le champ mais tant que les combats continuent, nous n'avons aucun moyen de leur faire parvenir des ravitaillements ", a déploré Gregory Blamo du PAM.
Le PAM a indiqué que selon certaines estimations, le nombre des déplacés aurait atteint 300 000. " Cette crise se transforme rapidement en une catastrophe humanitaire ", a noté
Justin Bagirishya, le directeur du PAM pour le Liberia.
"Pire encore, nous avons des stocks alimentaires à Monrovia et c'est vraiment trop dangereux d'essayer de les distribuer… plus les affrontements continueront, pire sera la crise ", a ajouté M. Bagirishya.
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a fait savoir qu'il soignait 202 blessés de guerre. Au moins cent personnes ont été tuées et plus de 300 autres blessées dans les affrontements de la semaine dernière à Monrovia. La plupart des victimes sont des civils.
Le LURD s'est déclaré prêt à coopérer avec les agences de secours qui désirent avoir accès aux stocks alimentaires dans le port de Monrovia, mais personne n'en a fait la demande. M. Bennie a commenté à IRIN : " Ce ne serait pas un problème pour nous car nous voulons tous que les souffrances cessent. Il nous faut néanmoins recevoir une demande de quelqu'un désirant distribuer des vivres ".
Le sous-directeur des opérations de la force de police libérienne, Saar Gollie, a signalé à des journalistes une hausse des incidents de harcèlement, de viol et d'intimidation des civils à Monrovia. Deux filles de 10 et 15 ans auraient été violées lundi par des hommes armés à Gardnersville, un faubourg contrôlé par le gouvernement.
Les habitants de Monrovia ont aussi fait état d'une hausse significative du pillage perpétré par des soldats de l'armée et par des miliciens depuis le déclenchement du dernier assaut rebelle contre la ville.
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