Safiya Huseini Tunga-Tudu, qui a été au centre d'une polémique qui a provoqué un tollé international de la part des défenseurs des droits de l'homme, et a exacerbé la tension religieuse au Nigéria, a été acquittée par la cour d'appel de la chari'a dans la ville de Sokoto, pour vice de forme.
"Le tribunal de première instance… n'a pas suivi la procédure appropriée", a déclaré Mohammed Tambari Uthman, qui présidait un comité de quatre juges, en prononçant le jugement.
Les autres motifs justifiant l'acquittement incluent le fait que la police n'a pas fourni toute l'information requise en l'affaire, et que le délit a été commis avant l'instauration du code de la chari'a dans l'Etat.
La décision de remettre en liberté Mme Tunga-Tudu va temporairement apaiser la tension entre le gouvernement fédéral du président Olusegun Obasanjo et les gouverneurs des douze Etats du nord ayant adopté le code strict de la chari'a pendant les deux années écoulées.
Les peines prescrites dans le cadre de ce système juridique comprennent la lapidation à mort pour adultère, l'amputation des membres pour vol, et la flagellation en public pour la consommation de boissons alcoolisées et pour des rapports sexuels avant le mariage.
Il y a une semaine, le ministre de la Justice et Procureur de la République, Kanu Agabi, avait demandé aux Etats appliquant la chari'a de modifier le code de manière à ce qu'il soit conforme à la constitution, et a qualifié d'inconstitutionnelles les applications actuelles.
"Un musulman ne doit pas être assujetti à une peine plus sévère que celle qui serait imposée à d'autres Nigérians pour le même délit. L'égalité devant la loi signifie que les musulmans ne doivent pas faire l'objet de discrimination", a-t-il souligné.
Or, un certain nombre de gouverneurs d'Etat, qui ont introduit la chari'a, et les théologiens musulmans, ont rejeté les commentaires de M. Agabi, et insistent que la chari'a est le droit de tous les musulmans.
Le Nigéria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 120 millions d'habitants, est pratiquement divisée à part égale entre le nord, musulman, et le sud, à prédominance chrétienne. Le pays a été secoué par des flambées de violence sectaire depuis que l'application de la chari'a, dans son interprétation la plus stricte, à commencé dans plusieurs Etats du nord. Au moins 2 000 personnes ont été tuées au début de l'an 2000 à Kaduna, une ville du nord du pays, lors d'affrontements entre chrétiens et musulmans concernant le projet d'introduction de la chari'a dans l'Etat.
Bien qu'étant un fervent catholique, M. Obasanjo avait été réticent jusqu'à présent à intervenir au sujet de l'introduction du code de la chari'a, invoquant la constitution fédérale du Nigéria en vertu de laquelle les Etats peuvent édicter leurs propres lois. Mais la nouvelle position articulée par M. Agabi s'écarte significativement de la précédente, ce qui pourrait aboutir à un bras de fer entre le gouvernement fédéral et les gouverneurs favorables à la chari'a, qui ont menacé de le défier.
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