Selon le gouvernement, près de 1,8 millions de personnes risquent d’être touchées par une pénurie alimentaire cette année.
Malgré l’excédent céréalier enregistré lors de la récolte 2005, beaucoup de familles portent encore les stigmates de la grave crise alimentaire de l’année dernière et ne s’en sortent toujours pas, alors qu’elles ont vendu leurs biens et se sont lourdement endettées pour nourrir leurs familles.
« J’ai pu récolter beaucoup de mil », a déclaré Haladou Karo, un paysan de la région de Maradi. « Mais aujourd’hui, il ne reste pas grand-chose dans mon grenier à cause des dettes que j’ai eu à payer ».
Mais les autorités nigériennes et certains travailleurs humanitaires pensent que malgré les bonnes récoltes, de nombreuses populations ne parviendront pas à sortir du cycle de pauvreté et de famine en 2006.
« Bien que les récoltes ont permis d’améliorer temporairement les conditions de sécurité alimentaire, les foyers les plus vulnérables risquent d’être confrontés à une grave crise alimentaire pendant la période de soudure, d’avril à septembre 2006 », selon le bulletin du réseau d’alerte de l’ USAID, FEWS (Famine Early Warning system network), publié le 15 février.
Comme c’est le cas dans la plupart des pays sahéliens, la malnutrition est un phénomène récurrent au Niger, particulièrement durant la période de la soudure - lorsque la récolte de la saison précédente est épuisée et que la nouvelle n’a pas encore commencé. Mais la crise alimentaire de 2005 au Niger, provoquée en partie par une forte sécheresse combinée à une invasion acridienne, a gravement affecté les populations paysannes.
Et dans les communautés où les provisions de la récolte précédente sont déjà épuisées, on craint que beaucoup de foyers ne soient obligés de s’endetter à nouveau ou vendre tout ou partie de leurs biens, a expliqué un travailleur humanitaire. Selon une source du réseau FEWS, les prix de certaines céréales sont encore élevés cette année, ce qui ne manquera pas de peser sur le budget des familles les plus vulnérables.
« Les prix des céréales ont déjà commencé à monter dans ma région », a déclaré Issa Mahamadou, habitant de la région de Maradi.
« De 12 000 francs CFA (22 dollars américains) le sac de 100 kg de mil, en période de récolte, il est monté aujourd’hui à 16 000 francs. Et ce n’est que le début….Pour cette raison je commence déjà à prendre des mesures pour y faire face. On consomme modérément les provisions ».
Les villageois qui ont quitté leur campagne pour trouver un emploi en ville retourneront chez eux dans les prochaines semaines pour reprendre les travaux champêtres ; et cela fera encore plus de bouches à nourrir, alors que les provisions sont insuffisantes, a expliqué Bachir Barke Doka de Swiss Interchurch Aid.
« Le mois d’avril sera particulièrement difficile, car beaucoup de personnes retourneront dans les villages pour préparer la saison des cultures. Cela représentera un poids supplémentaire pour les villages ».
M. Dakota et ses confrères des autres agences humanitaires ont rencontré plusieurs paysans nigériens en janvier.
« L’inquiétude est palpable. Les paysans savent que cette année sera très difficile - certains nous ont confié qu’ils n’ont plus que deux mois de provisions pour nourrir leur famille ».
Selon Seydou Bakari, le coordinateur de la Cellule de crise alimentaire du Niger « la situation s’est fortement dégradée » dans certaines zones. Et le récent rapport de son service cite les zones de Dosso, de Tillaberi et de Tahoua comme étant les localités ayant les populations les plus exposées. Le gouvernement a déjà annoncé qu’il distribuerait de la nourriture gratuitement, en dernier recours, et des stocks alimentaires sont en train d’être constitués en prévision d’une crise.
Actuellement, le gouvernement propose des programmes de travail contre argent/nourriture dont l’objectif est en partie de donner un nouvel essor au développement de l’agriculture et aux banques céréalières communautaires.
A cet effet, un projet de 50,6 milliards de Francs CFA (92 millions de dollars américains) a été proposé aux agences de l’ONU et aux ONG pour aider le gouvernement à réapprovisionner le stock national de sécurité alimentaire, qui est bien loin des 110 000 tonnes qu’il envisageait pour 2006.
Alors que le Niger se remet péniblement de la grave crise alimentaire de 2005 qu’il tente d’en éviter une autre, cette année, le pays est aujourd’hui touché par le virus mortel de la grippe aviaire, dont la présence a été confirmée fin février dans le sud du pays.
Lors de récentes réunions sur la situation alimentaire, les autorités nigériennes ont déclaré aux agences humanitaires qu’il était important de se concentrer sur les projets de développement à long terme afin d’éradiquer la famine dans le pays.
Et, tout en se préparant à affronter une nouvelle crise alimentaire, les agences de l’ONU et les autres organisations d’aide au développement investissent également dans le renforcement des secteurs de l’agriculture et de la santé au Niger.
Les analystes reconnaissent l’importance des programmes à long terme, mais la vulnérabilité persistante des communautés dans plusieurs régions du pays laisse penser que des ressources devront à nouveau être mobilisées pour apporter une aide d’urgence à ces populations.
Selon John Staatz, agro-économiste à l’université de l’Etat du Michigan et spécialiste de l’Afrique, la crise alimentaire a mis à jour les effets à long terme de l’aggravation de la pauvreté au Niger.
« C’est un des aspects de l’échec d’une croissance économique à long terme », a-t-il indiqué, soulignant que dans les régions où l’économie repose sur l’agriculture, le seul moyen d’assurer une croissance est de réaliser des investissements à long terme dans le moteur de l’économie - l’agriculture.
En février, les représentants de la Belgique, la France, l’Allemagne, la Suisse, des Etats-Unis et de l’Union européenne s’étaient engagés à fournir une aide de quelque 12 millions de dollars et des dizaines de millier de tonnes de céréales pour soutenir le programme nigérien de sécurité alimentaire.
Quant aux agences de l’ONU, elles sont impliquées dans des programmes de travail contre nourriture/formation, d’alimentation thérapeutique pour enfants malnutris, d’aide aux femmes enceintes et allaitant, de distribution rations alimentaires aux familles des enfants malnutris, de formation des agents de santé, de surveillance nutritionnelle, de prévention des maladies et de manipulation des outils agricoles et d’assistance technique.
Sarah Gordon Gibson, directrice adjointe du Programme alimentaire mondial au Niger, reconnaît que beaucoup de personnes ne se sont pas encore remises de la grave crise alimentaire de l’année dernière.
« Ils n’ont pas eu le temps de s’en remettre et de reconstruire une vie décemment », a-t-elle expliqué. « La malnutrition des enfants est également un problème qui nécessite des actions à long terme à plusieurs niveaux, et malgré les gros efforts déployés ces derniers mois, elle ne peut pas être éradiquée du jour au lendemain », a-t-elle ajouté.
Le personnel humanitaire espère que les efforts concertés du gouvernement, des ONG et de l’ONU permettront de prévenir une crise de l’ampleur de celle de l’année dernière.
« Nous profitons de cette période pour nous préparer à faire face certainement à neuf mois difficiles », a déclaré Nigel Tricks, de l’organisation humanitaire Concern, selon qui la communauté humanitaire s’emploie à atténuer et à prévenir les crises alimentaires.
« C’est relatif », a-t-il ajouté. « Mais quelque soit ce que l’on dira, cela reste une crise ».
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions