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Les jours du président Déby à la tête du Tchad sont-ils comptés ?

[Chad] Chadian soldiers patrol dirt roads near the Sudanese border. [January 2006]
Une patrouille de l'armée tchadienne près de la frontière avec le Soudan (Claire Soares/IRIN)

Par le passé, nul ne pouvait ignorer le passage imminent du président Idriss Déby dans les artères de la ville. Les routes étaient barrées, et les voitures en stationnement étaient mises en fourrière. Mais aujourd’hui, la paranoïa a pris le pas sur le protocole et le cortège présidentiel traverse la ville à toute allure dans un nuage de poussière.

« Le cortège passe tellement vite maintenant qu’il est impossible de l’atteindre », a marmonné un résident de la capitale N’djamena. « Avant, la police se déployait une heure avant pour dégager les rues, et tu savais précisément à quel moment le président passait, mais ce n’est plus le cas ».

Le président Idriss Déby, qui désire que soit désormais accolé à son patronyme son deuxième nom de famille, Itno, est désormais engagé sur plusieurs fronts.

Nombre de soldats ont déserté les rangs de l’armée nationale et des rebelles ont lancé une offensive sur une ville stratégique de l’extrême Est du pays, causant bien des problèmes de sécurité intérieure.

Le conflit du Darfour, à l’ouest du Soudan, a été transposé au Tchad voisin et n’est pas prêt de s’arrêter, poussant même le président Déby à se déclarer en « état de belligérance » avec le Soudan voisin.

En désaccord avec la Banque mondiale au sujet de la gestion des revenus pétroliers, le gouvernement tchadien est tombé en défaveur auprès des bailleurs de fonds qui financent 40 pour cent du budget de l’Etat, selon le ministère des finances.

Le président Déby est de plus en plus isolé, c’est incontestable, mais il serait prématuré de prédire sa chute imminente.

A en croire les diplomates, ni la population, qui se remet à peine des conflits sanglants du passé, ni l’opposition, qui ne présente aucune alternative politique viable, ne seront en mesure de l’ébranler. Et même en cas de renversement du président par la force, les risques de conflits ethniques pour la prise du pouvoir ne peuvent pas non plus être écartés dans le cinquième pays le plus pauvre au monde.

« Pas de doute, il est sur la voie de la sortie, mais il faudra quelqu’un pour l’y précipiter et détruire les fondations de son pouvoir », a résumé un observateur international. « Or, les gens sont plus préoccupés par leur quotidien ».

L’opposition menace de boycotter les élections

Les élections présidentielles sont prévues pour cette année, mais le président Idriss Déby ayant modifié la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat, la majorité des partis d’opposition ont prévenu qu’ils boycotteront le scrutin.

« Sur le front électoral, c’est complètement bloqué », a déclaré Ibni Oumar Mahamat Saleh, l’un des principaux opposants politiques tchadiens, à la tête de la coalition pour le boycott. « Ce que nous souhaitons, c’est une conférence nationale sur l’avenir du Tchad ».


Le Président Idriss Deby

M. Saleh se fait peu d’illusion et pense que le président n’acceptera jamais cette idée ; mais il espère que le simple fait que groupes d’opposition et société civile réclament une telle conférence enverra un message clair aux rebelles et putschistes potentiels qu’une prise de pouvoir par la force n’est pas un blanc-seing.

« On assiste à la multiplication des groupes armés. Mais nous ne voulons pas de coup d’état, la solution militaro-politique est un faux départ, il n’y a aucune garantie que l’histoire ne se répétera pas », a déclaré l’homme politique.

La prise de pouvoir de M. Déby en 1990, qui a eu lieu sans qu’il ne se rende dans la capitale, a été célébrée comme l’avènement d’une nouvelle ère. A la tête de 1000 hommes et fort du soutien de Khartoum, il s’est emparé d’Abéché, la principale ville de l’est du Tchad, et à su se rallier l’opinion publique. Hissène Habré, qui dirigeait alors le pays, a senti le vent tourner et a pris le chemin de l’exil.

Quinze années plus tard, le président Déby pourrait bien être confronté au même scénario, sauf que cette fois-ci il a plutôt le rôle de l’usurpé, et que le Soudan travaille contre lui.

Les braquages de véhicules le long des pistes tchadiennes se multiplient, les enlèvements de travailleurs humanitaires et de représentants du gouvernement également, et au mois de décembre, des affrontements violents ont opposé les forces de l’ordre à des rebelles dans la ville d’Adré, à la frontière avec le Soudan.

A la fin du mois de décembre, huit groupes rebelles ont annoncé la constitution d’une alliance pour « débarrasser le Tchad de la dictature d’Idriss Déby ». Cette alliance comprend notamment le Socle pour le changement, l’unité et la démocratie (SCUD), formé par des déserteurs tchadiens et menés par Yaya Dillo Djerou, et le Rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL) dirigé par Mahamat Nour et qui a revendiqué l’attaque sur la ville d’Adré.

Lorsqu’ils accordent des interviews, par le biais de téléphones satellitaires, les chefs rebelles affirment qu’ils disposent de milliers d’hommes à des endroits stratégiques, mais il est difficile de connaître leur emplacement, l’arsenal dont ils disposent et leurs effectifs réels.

Une rébellion sans réelle cause à défendre ?

Selon des diplomates en poste à N’djamena et des travailleurs humanitaires de l’est du pays, au-delà de la rhétorique présente dans les communiqués du gouvernement et de ses opposants, rien ne permet d’affirmer que la rébellion est une entité cohésive qui met en œuvre un plan d’action soigneusement établi.

« C’est complètement déstructuré. De nombreuses attaques sont de simples coups de pub… elles n’ont d’autre but que d’embarrasser le gouvernement et exposer ses faiblesses », a déclaré un diplomate occidental.

L’attaque sur la ville de Guéréda survenue le mois dernier l’illustre bien. Le 20 janvier, des assaillants armés ont pris contrôle du poste de police, se sont emparés de la ville et ont retenu en otage pendant quelques heures cinq représentants de l’Etat. Il n’y a pas eu de demande de rançon, le calme est revenu dans la ville, et quelques jours plus tard les représentants ont été libérés.




Début février, un groupe d’hommes armé a kidnappé deux agents humanitaires du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), et les ont amenés vers le Soudan. Ils ont été contraints d’abandonner leurs otages lorsque leur véhicule a eu une crevaison.

« Ce qui se passe aujourd’hui est très différent de ce qui s’est passé en 1990 », a indiqué un habitant d’Abéché, qui a assisté à la prise de pouvoir du président Déby. « Il n’y a aucune stratégie derrière tout ça. C’est du banditisme pur et simple, et c’est très mauvais pour le pays. Même si les rebelles gagnaient en puissance, ils n’obtiendraient pas le soutien du peuple. Les gens ont été découragés par leur actes de banditisme et pensent qu’ils ne sont pas sérieux ».

On sait peu de choses sur ces brigands et kidnappeurs. Il est donc difficile d’affirmer que ce sont les rebelles qui sont derrière la vague d’attaques.

Selon un travailleur humanitaire, les véhicules des agences humanitaires ne constituent pas un butin de choix pour les rebelles. « Le groupe rebelle des RDL n’aime pas les véhicules qu’emploient les ONG parce que ce sont des diesel, et eux préfèrent l’essence ».

Ceux qui, aux yeux de certains, constituent un mouvement de rébellion cohésif, pourraient s’avérer n’être rien de plus que des délinquants opportunistes qui tirent avantage de l’insécurité et du chaos administratif ambiants.

L’autorité régionale se désagrège

Le préfet de la ville d’Iriba s’est volatilisé, à la fin de l’année dernière, emportant avec lui une flotte de véhicules de police. Il n’a pas été remplacé depuis, et dans d’autres localités également, les représentants du gouvernement se succèdent à un rythme rapide, selon les travailleurs humanitaires.

« Il y a eu beaucoup de changements de représentants du gouvernement », a déclaré Claire Bourgeois, cheffe des opérations du HCR à l’est du Tchad où sont réfugiés près de 200 000 Soudanais. « Cette absence d’autorité crée un climat propice au banditisme et à l’impunité ».

Adré, la principale ville de l’Est du Tchad, n’a pas été épargnée par les changements administratifs. Le préfet de la région, Touka Ramadan Koré, affecté dans une autre localité en septembre dernier, a ensuite été rappelé à son poste en janvier. Lorsqu’on lui demande si son successeur a été démis de ses fonctions en raison des attaques de décembre, il hausse les épaules.


Soldat tchadien dans les rues de la ville frontalière d'Adré

Adré est l’une des rares localités du pays où il l’inquiétude du pouvoir en place est perceptible. Il y a dix-huit mois, la ville était une ville de province poussiéreuse et endormie.

Aujourd’hui, c’est une ville militarisée où des soldats en armes sont visibles près des cours d’eau, des véhicules pick-up surmontés de mitrailleuses se frayent un passage au milieu des charrettes tractées par des ânes ou des chevaux, et des patrouilles militaires sillonnent quelques rues.

Il n’y a pas de sens d’urgence à leur travail. Lorsqu’on interroge les habitants de la ville au sujet du quotidien d’Adré, c’est la lassitude bien plus que la panique qui transparaît dans leur discours. Tout sourire, le préfet de la ville se laisse aller à quelques confidences.

« Je ne peux vous révéler le nombre de renforcements qu’il y a eu, mais ils nous permettent de protéger toute la frontière », a indiqué M. Koré à IRIN. « Les ministres de la défense, de la sécurité publique et de l’administration territoriale ont effectué une tournée le long de la frontière la semaine dernière, et ça prouve que c’est sécurisé ».

Interrogé au sujet des derniers vols de véhicules d’agents humanitaires et d’enlèvements de représentants du gouvernement, il concède que de rares parties de territoire à la frontière sont vulnérables.

Les attaques transfrontalières des Janjawids continuent

Près de 1000 Soudanais se sont présentés au camp de réfugiés de Gaga, au cours du mois de janvier 2006, en expliquant qu’ils avaient fui en raison des attaques perpétrées par les Janjawid, des milices arabes, de part et d’autre de la frontière soudano-tchadienne.

Ismail Ibrahim Ahmat, père de quatre enfants, a raconté à IRIN qu’après s’être enfui du Darfour, il s’était dans un premier temps réfugié dans le village tchadien de Katarfa, à environ 50 kilomètres au sud d’Adré.


Réfugiés du Darfur arrivant au camp de Gaga, après avoir fui les attaques des milices Janjawid

Mais au mois de janvier son nouveau refuge a été attaqué par des milices Janjawid. Ces derniers ont mis le feu aux maisons et volé le bétail, le forçant à trouver refuge dans le camp de Gaga, le plus récent des 12 camps de réfugiés à l’Est du Tchad.

Des chercheurs de l’organisation non gouvernementale américaine Human Rights Watch, qui ont récemment effectué des enquêtes le long de la frontière entre Adré et Modoyna, se sont rendus compte que les raids sur les villages tchadiens étaient quasi quotidiens.

« L'attaque d'Adré a incité le gouvernement tchadien à redéployer ses forces loin des villages frontaliers situés au sud de la ville, laissant de vastes zones à la merci des milices en uniforme qui se déplacent à cheval ou à dos de chameau et qui ont attaqué et pillé des dizaines de villages au cours des six dernières semaines », a indiqué l’organisation dans son rapport publié le 5 février.

D’après Human Rights Watch, les milices soudanaises et tchadiennes opérant depuis le Darfour sont appuyées par Khartoum, qui leur fournit notamment des hélicoptères et des hommes.

Selon des employés du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), des milliers de Tchadiens ont été déplacés dans la région au sud d’Adré.

Ils vivent pour l’instant chez des parents ou des amis, parfois à moins de 10 kilomètres de leurs maisons, et réussissent encore à boire et se nourrir. Mais plus leur séjour se prolonge, plus leurs conditions de vie et celles de ceux qui les hébergent deviennent précaires.

« Ils rentreraient immédiatement dans leurs villages si leur sécurité était assurée », a déclaré Walter Stocker, chef du CICR au Tchad.

Plus au sud, les employés de l’agence humanitaire italienne Coopi indiquent que les attaques des Janjawid se rapprochent peu à peu du camp de réfugiés de Goz Beida. Auparavant, elles étaient limitées aux villages qui se trouvaient à 80 kilomètres de distance, mais désormais, elles ont lieu dans des villages à 40 km.

Au mois de janvier, quatre éléments de l’unité militaire déployée dans la région pour contrer les incursions des miliciens Janjawid ont été blessés et transportés à l’hôpital de Goz Beida, a indiqué un employé de Coopi.

Classé 173, sur les 177 pays figurant dans l’index de développement humain des Nations unies, le Tchad affirme avoir besoin de plus de ressources pour protéger ses citoyens et les réfugiés vivant le long de la frontière poreuse.

L’augmentation du budget de la sécurité a été l’une des raisons évoquées par le Président Déby, au mois de décembre, pour modifier la loi sur la gestion des revenus pétroliers afin de disposer davantage de pétrodollars. Sa décision a mécontenté la Banque mondiale – principal soutien du projet pétrolier tchadien -, qui estime quelle remet en question la loi considérée comme un modèle de redistribution plus égalitaire de la manne pétrolière.

L’assistance humanitaire menacée

Qu’il s’agisse de soldats et de proches du pouvoir mécontents, d’un mouvement de rébellion, de milices Janjawid ou de simples bandits derrière les récents événements, une chose est certaine: la situation sécuritaire dans ces vastes plaines arides s’est considérablement détériorée, et a un impact sensible sur les opérations humanitaires.

« Nous passons de plus en plus de temps à régler des problèmes de sécurité », a déclaré Amy Glass, la cheffe de Oxfam Grande-Bretagne à Abéché.

« La plupart des organisations tente de fournir le niveau d’assistance requis en exposant le moins possible le personnel et le matériel ».


Un enfant soudanais montrant cerf-volant

Près d’un cinquième du personnel des Nations unies et des autres agences humanitaires a été retiré de Guéréda et Iriba, après l’enlèvement des représentants du gouvernement survenu en janvier, et n’a toujours pas rejoint la région.

Plus au sud d’Adré, les mouvements des travailleurs humanitaires ont été restraints. Les convois doivent emprunter des itinéraires spécifiques et les employés du HCR n’ont pas le droit de se rendre dans les zones frontalières, ce qui compromet les efforts de reconnaissance et d’assistance des personnes ayant besoin d’assistance le long de la frontière.

Certaines organisations d’aide médicale comme MSF-France sont contraintes de limiter leurs activités à l’hôpital d’Adré, après avoir suspendu les tournées des cliniques mobiles qui parcouraient le sud pour apporter une assistance médicale aux villages difficilement accessibles.

La dégradation de la situation sécuritaire pose également un problème dans l’extrême nord du pays, où les camps d’Am Nabak et Oure Cassoni sont proches de la frontière soudanaise, à une distance inférieure aux 50 kilomètres réglementaires.

« Nous envisageons de déplacer les camps qui se trouvent à proximité de la frontière et qui pourraient devenir une cible », a déclaré Kingsley Amaning, le représentant des Nations unies au Tchad. « Les pluies commencent au mois de juillet, et nous pensons devoir le faire avant ».

Il sera donc nécessaire de trouver un abri pour près de 46 000 réfugiés, et les Nations unies sont actuellement en pourparlers avec le gouvernement tchadien, pour construire un nouveau camp au nord de la ville de Biltine.

La guerre des mots

Les agents des Nations unies craignent que la guerre des mots entre Khartoum et N'djamena provoque davantage de violences transfrontalières, ce qui compliquerait le processus de paix dans le Darfour et les actions humanitaires.

« Du fait des accusations mutuelles qui fusent ici et là et de la concentration accrue de troupes de part et d’autre de la frontière, il est impossible d’ignorer le risque d’une confrontation ouverte entre les deux pays », a déclaré le Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan dans son rapport sur le Darfour publié le 31 janvier.

Selon certains diplomates, en organisant à la fin de l’année dernière la conférence de presse au cours de laquelle les deux principaux groupes rebelles du Darfour ont déclaré leur union, le président Déby a voulu adresser un message ferme à deux camps.

A son clan zaghawa, d’abord, pour lui prouver qu’il soutient les membres de l’ethnie présente de l’autre côté de la frontière et qui font l’objet des attaques des milices arabes. Ensuite au Soudan et à la communauté internationale, pour montrer qu’il peut perturber les pourparlers de paix du Darfour, s’il le souhaite.

Le 8 février, à l’issue d’un mini-sommet africain organisé par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, les dirigeants Idriss Déby Itno et Omar Hassan Al-Bashir ont signé un accord mettant théoriquement fin à la crise entre le Tchad et le Soudan.

Cet accord stipule notamment « l'interdiction d'utiliser le territoire de l'un pour des activités hostiles contre l'autre » et « l'interdiction d'accueillir des rebelles des deux pays sur leurs territoires ».

Il reste désormais à voir si ces déclarations d’intention seront suivies de faits et si elles contribueront à améliorer la sécurité dans la région frontalière qui se trouve à des centaines de kilomètres des deux capitales.

Selon Kofi Annan, il faut impérativement maintenir la paix entre les deux pays. « Il est très important qu’il n’y ait pas d’amalgame entre la situation dans les zones frontalières du Tchad et le conflits du Soudan, susceptible d’entraîner les deux pays et l’ensemble de la région vers une confrontation et un conflit ».


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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