L’absence de législation permettant de lutter efficacement contre le viol complique la situation, indique le rapport de l’Observatoire national pour la défense des droits de l’enfant - National Child Rights Observation Group (NACROG) – publié la semaine dernière.
« Il est décevant et inimaginable qu’un adulte puisse abuser sexuellement d’un enfant et penser s’en tirer à bon compte tout simplement parce que la législation est laxiste, vieille et inadaptée », souligne le rapport du NACROG.
L’année dernière, le parlement libérien adoptait une nouvelle loi qui faisait du viol un délit. Pour les activistes, cette loi ne va pas assez loin et le système judiciaire doit être plus répressif.
Selon le NACROG, 48 cas de viol sur mineurs de quatre à treize ans ont été enregistrés l’année dernière dans huit des quinze Comtés du Liberia. L’observatoire cite également sept cas de viol collectif commis sur des mineurs à Monrovia, la capitale.
« Deux cas de viol ayant entraîné la mort ont été enregistrés sans que les auteurs n’aient été punis », a confié à IRIN Jerolinmek Piah, la coordonnatrice du NACROG.
Sur les 48 cas, 26 ont fait l’objet de poursuites judiciaires ou les victimes se sont rétractées, 16 sont en cours d’instruction et six ont été jugés, a commenté le NACROG.
Aux termes de la nouvelle loi votée en décembre par le parlement, tous les viols sont désormais considérés comme des délits. Auparavant, seuls les viols collectifs constituaient des crimes.
La Présidente Ellen Johnson-Sirleaf, qui a prêté serment le mois dernier en tant que première femme chef d’Etat élue en Afrique, avait déclaré que plus personne ne pourrait abuser des filles et des femmes au Liberia en pensant s’en tirer à bon compte.
Le scandale des abus sexuels dure depuis bien longtemps au Liberia, un pays où les viols de civils étaient courants pendant les quatorze années de guerre civile qui se sont conclues par un accord de paix en 2003.
Mais après des années de guerre et de chaos, les systèmes judiciaire et sécuritaire sont totalement désorganisées. Et à en croire un rapport de la MINUL (Mission des Nations unies au Liberia), le système judiciaire est défaillant et sa reconstruction « représente un des plus grands chantiers pour le pouvoir actuel, s’il veut garantir une paix durable [au Liberia] ».
La semaine dernière, la MINUL a lancé une campagne de sensibilisation, incitant les victimes de viol à déposer une plainte auprès de la police et à se faire assister médicalement.
Pour Lois Bruthus, présidente de l’Association des femmes juristes du Liberia (AFELL), les tribunaux sont débordés de dossiers de viols, ce qui retard les procès. L’AFELL en appelle donc à la création d’un tribunal spécial pour juger les auteurs de viol.
« Nous pensons que la meilleure solution consiste à créer un tribunal spécial qui ne traitera que les affaires de viol », a déclaré Mme Bruthus. « Nous allons adresser une pétition en faveur de la création de ce tribunal », a-t-elle ajouté.
Selon les défenseurs des droits des victimes, un des problèmes de cette nouvelle loi est qu’elle permet aussi aux auteurs de viol de bénéficier d’une remise en liberté sous caution, une disposition que Mme Piah souhaiterait voir supprimée, quelque soit le viol - viol collectif ou cas de viol extrême - .
En effet, la loi votée en décembre dernier prévoit une condamnation ou une possibilité d’une remise en liberté sous caution en fonction de la gravité du délit. Mais l’AFELL entend bien se battre pour que cette liberté sous caution soit refusée à tous les auteurs de viol.
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