1. Accueil
  2. West Africa
  3. Sierra Leone

Un haut responsable des Forces de défense civile comparaît devant la Cour spéciale pour la Sierra Leone

Accusé de crimes de guerre, mais considéré par nombre de Sierra Léonais comme un héros ayant chassé les rebelles qui terrorisaient le pays, le leader de la milice des Forces de défense civile (CDF) qui comparaît en ce moment devant la Cour spéciale pour la Sierra Leone, a déclaré que sa milice recevait ses ordres du président Ahmad Tejan Kabbah.

Samuel Hinga Norman a dirigé la milice constituée de chasseurs traditionnels qui a combattu les rebelles aux cotés de l’armée régulière pendant la décennie de guerre civile. Il est l’une des 13 personnes inculpées de crimes contre l’humanité par la Cour spéciale pour la Sierra Leone

M. Norman, qui avait initialement rejeté la juridiction de la Cour, s’est ravisé. Il a comparu la semaine dernière pour la première fois devant le juge, et déclaré que le président Kabbah avait supervisé les opérations des CDF et devait à ce titre comparaître devant elle.

Selon l’ancien chef d’une province au sud du pays, le président Kabbah aurait sollicité son aide en ces termes : « Chef, aujourd’hui, nous avons besoin de l’appui des chasseurs [Kamajors] sierra léonais, pour soutenir le peuple et rejeter le gouvernement militaire ».

En l’absence de Charles Taylor, l’ancien président libérien exilé au Nigeria, qui est accusé d’avoir financé et approvisionné en armes les rebelles sierra léonais du Front uni révolutionnaire (RUF) de Foday Sankoh, le fondateur du RUF qui est mort de crise cardiaque pendant sa détention, M. Norman est la seule haute personnalité à comparaître devant la justice internationale pour crimes guerre.

La guerre civile sierra léonaise a choqué le monde entier par sa barbarie. Les combattants rebelles du RUF ont exécuté et mutilé des milliers de civils, instaurant un véritable règne de la terreur. Des deux côtés, des combattants drogués, au nombre desquels de nombreux enfants, ont amené la guerre jusque dans les villages les plus reculés du pays, et fait fuir près de la moitié de la population du pays.

Au premier jour de son procès, M. Norman, 66 ans, s’est présenté dans le box des accusés en s’appuyant sur une canne, pour répondre de huit chefs d’inculpation dont crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

L’arrestation de M. Norman en 2003, alors qu’il était ministre de l’intérieur, et son inculpation par la Cour spéciale dont le mandat est de poursuivre ceux qui portent « la plus grande responsabilité » dans les massacres, viols et mutilations perpétrés dans ce pays d’Afrique de l’Ouest entre 1996 et 2001, avaient été fort controversées.

Selon de nombreux Sierra Léonais, M. Norman est un héros national qui devrait être remercié pour avoir contribuer à repousser les rebelles du RUF.

Arborant comme à son habitude un caftan brodé et une toque assortie, M. Norman s’est présenté comme étant « le premier enfant soldat » recruté par l’armée britannique en 1954, alors qu’il avait à peine 14 ans.

M. Norman occupait la fonction de vice ministre de la défense dans le gouvernement du président Kabbah en 1997 lorsque ce dernier a été renversé et a dû se réfugier en Guinée. C’est peu de temps après, que le président lui aurait demandé de former une milice pro-gouvernementale.

En Guinée où il s’était lui aussi enfui, M. Norman a dit avoir reçu la visite de « quatre personnages respectables » qu’il a identifiés comme John Hirsh, l’ambassadeur des Etats-Unis en Sierra Leone, Peter Penfold, le Haut commissaire britannique, Alhaji Abubakar, le commandant nigérian des forces de l’ECOMOG en Sierra Leone, et Berhanu Dimka, l’envoyé spécial des Nations unies dans le pays.

C’est le diplomate nigérian qui aurait incité le chef d’Etat et son ministre à s’entendre de manière à obtenir le soutien de la communauté internationale.

« Nos pays sont prêts à aider la Sierra Leone et l’empêcher de s’enfoncer davantage », a déclaré Norman, rapportant les paroles du diplomate à la Cour. « Mais la résistance du pays repose sur vos épaules, M. le président et vous, chef Norman. Si vous vous décidez à travailler ensemble dans l’intérêt de la Sierra Leone, alors nous apporterons notre soutien à votre pays ».

Selon M. Norman, c’est à l’issue de cette rencontre que le président Kabbah l’a officiellement nommé Coordinateur national de la défense civile pour « coordonner tous les efforts de défense mis en œuvre par des civils et soutenir les opérations militaires de l’ECOMOG visant à restaurer le pouvoir du gouvernement démocratiquement élu ».

L’ancien ministre a déclaré que les Kamajors étaient placés sous le commandement direct des forces de l’ECOMOG.

Il a ajouté que les activités des forces de défense civile étaient financées par le gouvernement de M. Kabbah.

Les troupes de l’ECOMOG, de l’ONU et de la Grande Bretagne appuyées par les CDF ont permis à M. Kabbah de retrouver son fauteuil de président en 1998. Quatre ans plus tard, il a remporté les élections, et obtenu un second mandat présidentiel de cinq ans.

Deux autres leaders des CDF doivent également comparaître devant la Cour spéciale, ainsi que des leaders de la junte du Conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC) qui a renversé le président Kabbah en 1997, et du RUF.

Mais les principaux accusés de l’AFRC et du RUF ont réussi à se soustraire à la Cour. Johnny Paul Koroma, le dirigeant de l’AFRC, a pris la fuite. Foday Sankoh, le fondateur du RUF et Sam Bockarie, son lieutenant, sont décédés.

Et les chances que Charles Taylor comparaisse devant la Cour avant l’année prochaine, lorsqu’elle fermera ses portes, s’amenuisent. Le Nigeria a toujours déclaré qu’il ne remettrait Charles Taylor à la justice qu’à la demande des autorités libériennes.

Mais Ellen Johnson-Sirleaf, la nouvelle présidente du Liberia a récemment déclaré à la presse que l’extradition de Charles Taylor ne constituait pas une priorité au vu des tâches herculéennes qui l’attendent, notamment la restauration de l’électricité dans son pays.

En l’absence de M.M. Taylor, Sankoh, Koroma et Bockarie, le dernier accusé d’envergure est le Chef Norman, héros aux yeux de certains, dont le procès continue.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article

Our ability to deliver compelling, field-based reporting on humanitarian crises rests on a few key principles: deep expertise, an unwavering commitment to amplifying affected voices, and a belief in the power of independent journalism to drive real change.

We need your help to sustain and expand our work. Your donation will support our unique approach to journalism, helping fund everything from field-based investigations to the innovative storytelling that ensures marginalised voices are heard.

Please consider joining our membership programme. Together, we can continue to make a meaningful impact on how the world responds to crises.

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join