1. Accueil
  2. Afrique
  3. Afrique de l'Est
  4. Ouganda

Le nord-est, une région particulièrement affectée par la pandémie de sida

[Cote d'Ivoire] Dr Olivier Oura, the only doctor providing HIV/AIDS support and ARVs in the whole of the Ivorian north east. He is based in Bondoukou.
Olivier Oura, le seul médecin formé pour traiter les personnes vivant avec le VIH/SIDA dans la région (IRIN)

Seul médecin formé pour traiter les personnes vivant avec le VIH/SIDA à Bondoukou, Olivier Oura craint que des conditions de sécurité précaires ne fassent de cette ville du nord-est de la Côte d’Ivoire la région au taux de prévalence le plus élevé du pays.

"Regardez. En 2002, la région de Bondoukou avait un taux de prévalence de 11 pour cent, le deuxième taux le plus élevé du pays, bien supérieur à celui de la capitale Abidjan qui s’établissait à 7,4 pour cent", a indiqué Oura en consultant la page de données affichées à l’écran.

A peine a-t-il fini sa phrase qu’une soudaine coupure d’électricité éteint l’écran de son ordinateur.

Les statistiques dont il dispose sont tirées d’une étude sentinelle nationale menée en 2002, au début de la guerre civile qui a divisé le pays en deux après l’échec de la tentative de coup d’état des forces rebelles contre le président Laurent Gbagbo.

La ligne de démarcation entre la région sud, aux mains des forces gouvernementales, et la région nord, contrôlée par les forces rebelles, traverse la région de Zanzan dont Bondoukou est la capitale.

"Si l’on tient compte des effets de la guerre, les statistiques pourraient être plus élevées, notamment dans les zones sous contrôle des forces rebelles, mais aussi en raison des frontières très ouvertes avec le Ghana et le Burkina Faso et de la persistance de coutumes telles que la polygamie", a indiqué Oura.

La ville de Bondoukou est restée sous le contrôle des autorités ivoiriennes, mais Bouna, la deuxième grande ville de la région, 150 kilomètres plus au nord, est aux mains des forces rebelles et coupée de tous les services publics, administratifs et sanitaires.

Dans la ville rebelle, il n’y a pas de campagne de sensibilisation pour prévenir la population des dangers du VIH/SIDA.

"C’est un problème majeur dans une région qui dispose de deux frontières ouvertes avec le Burkina Faso et le Ghana", s’est plaint Oura.

Mêmes des moyens de prévention aussi élémentaires que les préservatifs sont difficilement accessibles, à plus forte raison les traitements, plus onéreux.

"A Bouna, les gens n’ont pas accès aux traitements. Ils ne peuvent même pas se payer des préservatifs. Je suis le seul médecin responsable du VIH/SIDA dans la région et, pour venir en consultation, les malades doivent passer tous les barrages routiers, ce qui implique des dépenses et des tracasseries", a expliqué Oura.

"Je n’ai qu’une seule patiente de Bouna, elle vient tous les trimestres pour recevoir son traitement antirétroviral (ARV). Je ne sais pas comment elle fait pour pouvoir les acheter", s’est interrogé le docteur.

En Côte d’Ivoire, où le taux de prévalence est l’un des plus élevés d’Afrique de l’Ouest, les traitements antirétroviraux coûtent 5 000 francs CFA (10 dollars) par trimestre et par personne.

Néanmoins, le traitement des maladies opportunistes, qui se développent sur des organismes affaiblis par le virus, n’est pas pris en charge par l’Etat et les patients doivent souvent se rendre à Abidjan pour obtenir les soins et les médicaments dont ils ont besoin.

Des problèmes aggravés par la guerre

Mais se rendre dans la capitale économique ou dans des centres de santé éloignés peut être pénible et coûteux pour les patients.

Les rebelles et les troupes gouvernementales ont installé des points de contrôle de part et d’autre de la zone tampon et les combattants des deux camps sont connus pour les taxes qu’ils perçoivent sur les passagers et les véhicules qui entrent sur leur territoire.

Par ailleurs, l’omniprésence des militaires, quelque soit le camp auquel ils appartiennent, pose d’autres problèmes aux travailleurs humanitaires qui tentent de juguler la pandémie.


Les militaires sont omniprésents, en 'civil' ou en tenue de combat dans les rues de Bouna et Bondoukou

"Le taux de prévalence est généralement plus élevé parmi les militaires qu’au sein de la population civile. Et vous savez comment ils se comportent lorsqu’ils passent leur temps dans les maquis avec les jeunes femmes", a dit Oura.

Avant même que cette région de la Côte d’Ivoire ne subisse les affres de la guerre, il était déjà difficile de lutter contre le sida compte tenu de l’extrême pauvreté et de l’ignorance de la population.

Le conflit n’a fait qu’aggraver la situation, y compris dans les zones sous contrôle des forces loyales.

"De nombreuses familles ont dû se saigner pour héberger des parents venus du nord qui fuyaient les combats", a expliqué Oura.

”Quand ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas payer les traitements, ou qu’ils doivent aller à Abidjan, plus au sud, pour en chercher, les gens disparaissent et on ne les revoit plus”, a t-il ajouté.

Fatou (un nom d’emprunt) est une patiente d’Oura qui se bat pour pouvoir payer son traitement ARV. Agée d’une trentaine d’années, analphabète, elle vit de son petit commerce de légumes et de produits alimentaires.

"Auparavant, je pouvais me contenter de ce que je gagnais, mais aujourd’hui je ne gagne plus assez pour pouvoir payer mes médicaments. Chaque mois, je dois demander de l’argent à mon père, mais il est vieux et sans le sou", a-t-elle confié à IRIN.

Fatou s’est mariée lorsqu’elle avait 14 ans et a eu son premier enfant un an après son mariage. Son mari est décédé du sida il y a cinq ans.

"Elle sait au moins qu’elle est séropositive. Il y a beaucoup de gens dans son cas que nous ne connaissons pas qui ne prennent aucun traitement ou même qui ne connaissent pas leur statut sérologique", a expliqué Oura.

Pour Oura, le cas de Fatou est assez rare : elle a révélé sa séropositivité à ses parents et ils ne l’ont pas rejetée.

"Ici la stigmatisation est un problème majeur. J’ai une trentaine de patients sous traitement et aucun d’entre eux n’a révélé sa séropositivité à sa famille", a dit Oura.
Environ 10 pour cent de ses patients qui consultant le dispensaire sont séropositifs, selon Oura.

“Grâce à ma présence, à mes discours, les gens sortent peu à peu, les confrères m’envoient de plus en plus de patients, les familles commencent à les soutenir”, a-t-il ajouté.

Fatou se souvient qu’à 13 ans à peine, un homme qui devait avoir plus du double de son âge était venu la demander en mariage à son père. Cet homme allait devenir son mari.

"J’étais sa première femme. Il en a pris trois autres après moi, elles étaient toutes plus jeunes. Deux sont déjà mortes", raconte Fatou en malinké, la langue parlée par la majorité des populations du nord de la Côte d’Ivoire et dans la plupart des pays sahéliens.

La polygamie, une vieille pratique qui accroît aussi les risques d’infection au VIH

Fatou n’en veut pas à son mari. Malgré leur différence d’âge, ils ne se sont jamais disputés. De toute façon, il était très souvent absent de Bondoukou.

"Il était chauffeur routier et se rendait à Abidjan, au Burkina Faso ou au Niger. Une fois, il a été absent toute une année ; une autre fois, il est parti pendant cinq mois", a-t-elle fait remarquer calmement.

Conformément aux coutumes locales, après le mariage, Fatou et ses co-épouses continuaient de vivre chez leurs parents et lorsque leur mari rentrait de ses tournées, il partageait son temps entre ses quatre femmes.

Selon Oura, cette coutume locale tend à propager le virus du VIH.

"Il est très facile pour un homme d’avoir plusieurs femmes. Et, contrairement à ce qui est pratiqué dans les autres régions où la polygamie existe, il peut laisser ses femmes chez leurs parents", a expliqué le docteur.

Le plus jeune fils de Fatou a cinq ans et est séropositif lui aussi. Elle affirme qu’elle paye 22 000 francs CFA (45 dollars) par trimestre pour eux deux.

Les analyses de sang et les tests de laboratoires sont gratuites dans le centre médical d’Abengourou, la plus grosse bourgade au sud de Bondoukou et la plus proche des zones rebelles, dépourvues de tout établissement de prise en charge.

Les patients, a dit le docteur Oura, doivent se rendre une première fois à Abengourou afin de faire les tests et la radio des poumons préliminaires à la mise sous traitement. Ils doivent ensuite y retourner tous les six mois, à leur frais, soit 18 dollars.

Mais ce n’est pas seulement le coût des médicaments qui pose problème à Fatou.



Vendeuses de rue à Bondoukou

"Lorsque vous êtes séropositif, vous devez manger correctement et, pour cela, vous avez besoin d’argent", explique Oura.

"Lorsque vous êtes séropositif, vous devez manger correctement et, pour cela, vous avez besoin d’argent", a expliqué Oura.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) offre des rations alimentaires de base aux personnes séropositives, mais ces rations ne sont pas suffisantes, a déploré le médecin.

La très mince Fatou admet qu’elle n’a pas les moyens de s’offrir des repas équilibrés. Et elle se préoccupe de la santé de son fils.

Fatou souhaiterait économiser suffisamment d’argent pour poursuivre son traitement ARV, sans lequel son temps est compté. Elle voudrait voir ses deux filles aînées, négatives, finir leur scolarité.

"Je souhaite que la vie leur réserve un meilleur sort", a-t-elle conclu.




This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article
Participez à la discussion

Right now, we’re working with contributors on the ground in Ukraine and in neighbouring countries to tell the stories of people enduring and responding to a rapidly evolving humanitarian crisis.

We’re documenting the threats to humanitarian response in the country and providing a platform for those bearing the brunt of the invasion. Our goal is to bring you the truth at a time when disinformation is rampant. 

But while much of the world’s focus may be on Ukraine, we are continuing our reporting on myriad other humanitarian disasters – from Haiti to the Sahel to Afghanistan to Myanmar. We’ve been covering humanitarian crises for more than 25 years, and our journalism has always been free, accessible for all, and – most importantly – balanced. 

You can support our journalism from just $5 a month, and every contribution will go towards our mission. 

Support The New Humanitarian today.

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join