Selon les experts de la santé, de la nutrition et de l’agriculture des 15 pays de la CEDEAO, la nutrition n’attire généralement l’attention qu’en cas de crise et d’intervention d’urgence ; pourtant, si les pays souhaitent prévenir la malnutrition infantile, cette dernière devrait faire partie intégrante des programmes de développement et des programmes agricoles.
« Aujourd’hui tout le monde est d’accorde que les secteurs de la sante/la nutrition et de l’agriculture doivent travailler ensemble [mais] … ces deux secteurs ne se comprennent pas », a dit Ismael Thiam, responsable de la nutrition au sein de l’Organisation ouest-africaine de la santé, un organisme de la CEDEAO. « Parce qu’ils ont des politiques qui sont élaborées de façon séparée, ils ont des outils de collecte des données de manière séparée ».
« Ce que [le secteur de] l’agriculture collecte n’est pas ce dont on a besoin pour voir les implications nutritionnelles ; une disponibilité alimentaire n’a rien à voir avec [la composition] biologique ».
Dans les secteurs de l’agriculture et de la santé, on sait ce qu’il faut faire, mais dans la plupart des cas, les pays n’ont pas mis en place les mécanismes nécessaires pour assurer que leurs populations soient bien nourries et prévenir les crises, a dit M. Thiam à IRIN.
« Il faut qu’on cesse de prendre la nutrition comme un programme d’urgence et qu’on la prenne comme un programme de développement et qu’on l’intègre dans tous les programmes de développement, » a estimé Mamady Daffe, directeur du service de nutrition du ministère guinéen de la Santé.
« Il faudrait qu’on intègre dans le programme de sécurité alimentaire un volet nutrition, » a-t-il dit à IRIN. « La production [agricole] doit être de qualité et de quantité. Mais si c’est seulement la quantité, on va toujours tomber soit dans l’obésité, soit dans la malnutrition ».
Selon les participants, le secteur agricole vise une production maximale sans être suffisamment attentif à la qualité nutritive de ce que produisent les agriculteurs.
« La première étape est que les techniciens agricoles aient une bonne compréhension de ce qu’est la nutrition », a estimé Narcisse Litaaba-Akila, du ministère togolais de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.
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Photo: Nancy Palus/IRIN ![]() |
| Des femmes travaillent dans un potager communautaire à Korhogo, en Côte d'Ivoire (photo d’archives) |
Dans de nombreux ministères, la nutrition ne reçoit pas l’attention qu’elle mérite car les décideurs ne sont pas conscients de son importance, selon Victoria Lebbie, directrice du service des Femmes dans l’agriculture et la nutrition, au ministère sierra-léonais de l’Agriculture, des Eaux et Forêts et de la Sécurité alimentaire.
« Pour eux, c’est tout simplement de la cuisine », a-t-elle dit à IRIN. « Mais la nutrition, ce n’est pas seulement la cuisine – cela va plus loin. C’est l’agriculture ; c’est toute une question de production, de transformation, de conservation et d’utilisation ».
Utiliser ce qui existe déjà
Les experts de la nutrition et de la sécurité alimentaire présents lors du forum ont expliqué que les coopératives agricoles représentaient un vecteur efficace permettant d’insuffler des informations sur la nutrition dans la production vivrière ainsi que dans les habitudes alimentaires des ménages : une méthode éducative très prometteuse, à moindres coûts.
« Si nous voulons que les messages sur la nutrition soient bien assimilés, nous devons passer par les groupes locaux », a dit Bernadette Mordi-Onota, du programme national de sécurité alimentaire du ministère nigérian de l’Agriculture.
« Dans la plupart des pays, comme au Nigeria par exemple, nous avons beaucoup de groupes [agricoles] – des groupes d’éleveurs, des groupes d’aviculteurs, des groupes de pêcheurs et des groupes de femmes, qui sont bien formés et qui participent à de nombreuses activités agricoles », a-t-elle dit à IRIN.
« Les femmes sont responsables de la majeure partie de la production agricole, de la transformation, du stockage et de l’utilisation. Alors si ... [elles] sont formées en matière de nutrition ... nous pourrons lutter contre la malnutrition ».
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