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Des milliers de personnes expulsées avant la saison des pluies

One of 90 areas of Abidjan that have been razed to ensure waterways are clear in preparation for this year's rains Alexis Adele/IRIN
Siaka Traoré, âgé de 48 ans, charpentier et père de quatre enfants, est accroupi sous une tente de fortune soutenue par des bâtons, qui protège son bébé de huit mois du vent froid. Il vit à Adjamé, un quartier commercial de la capitale économique, Abidjan, depuis qu’il a été expulsé de sa maison par le gouvernement, et il n’a pas encore trouvé de logement convenable pour sa famille.

« Un matin de mai, nous avons été réveillés par des bulldozers qui se dirigeaient vers nous. Ils ont détruit notre maison. J’ai à peine eu le temps de ramasser les affaires de mes enfants. Depuis, nous n’avons reçu aucune aide », a dit à IRIN M. Traoré, épuisé après avoir cherché pendant des semaines un logement abordable.

En mai 2010, les autorités ivoiriennes ont déclenché le plan d’urgence Opération des secours (ORSEC) pour évacuer 23 000 familles des plaines inondables et des canaux de drainage de 90 quartiers en prévision de la saison des pluies.

Selon le gouvernement, 21 personnes sont décédées à la suite d’inondations à Abidjan en 2009 et huit en 2008.

« Il a été décidé qu’à l’arrivée des premières pluies, nous devrions reloger davantage de familles », a dit le coordonnateur du plan ORSEC, Sam Etiassé, aux journalistes à Abidjan. Le plan ORSEC est soutenu par des bailleurs de fonds, et le gouvernement risque de perdre un financement important de la part de la Commission européenne s’il ne met pas le plan à exécution, a ajouté M. Etiassé.

« Les maisons sont mal construites. Des bidonvilles sont bâtis dans les décharges. Nous devons expulser ces populations de force pour permettre aux eaux usées de s’écouler et éviter des inondations qui pourraient entraîner des glissements de terrain », a dit un responsable du plan ORSEC qui a souhaité garder l’anonymat.

M. Traoré gagne 3,50 dollars par jour, ce qui lui permet tout juste de nourrir sa famille, mais ne suffit pas pour payer le loyer d’un logement d’une pièce à Abidjan, qui coûterait, selon lui, environ 27,50 dollars par mois.

Son voisin, Martin Kouabenana, âgé de 38 ans, a réussi à récupérer son permis de travail juste avant que sa maison soit détruite. « Le gouvernement nous a donné un mois de préavis d’expulsion, mais il nous a également promis de reloger les 400 familles [du quartier] et de nous aider avec l’acompte du loyer. Mais ça ne s’est jamais produit et nous avons été abandonnés à nous-mêmes », a-t-il dit.

Certains habitants ont refusé de quitter leur maison.

« Nous ne cherchons pas à nous opposer à la décision des autorités. Mais elles nous ont promis de nous donner des fonds pour que nous puissions nous payer une maison convenable avant de partir, et nous ne les avons pas encore obtenus », a dit Daouda Coulibaly, âgé de 28 ans, habitant dans le quartier de Washington, près de Cocody.

« Même si cela signifie que les bulldozers devront abattre les murs sur nous, nous resterons ici. Car nous ne pouvons pas partir sans argent ».

Clémentine Adjoua, âgée de 35 ans, vendeuse ambulante et mère de trois enfants, a dit à IRIN : « Nous avons entendu dire que chaque famille allait recevoir 185 dollars. Ce n’est pas assez ! Cela couvrira l’acompte [d’un nouveau logement], mais pas nos loyers plus élevés », a-t-elle dit.

Son loyer mensuel est de 18,50 dollars depuis trois ans, alors qu’elle gagne environ 63 dollars par mois. « Évidemment, je ne peux pas payer 37 ou 45 dollars de loyer par mois », a-t-elle dit à IRIN.

Le ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro, a dit aux journalistes, le 16 juin, que le gouvernement avait alloué 3,5 millions de dollars à la « protection des populations déplacées », mais il n’a pas spécifié quel montant recevrait chaque famille ni quand cet argent serait versé.

« Si rien n’est fait, la saison des pluies va encore plonger la Côte d’Ivoire dans le deuil », a-t-il dit. « En relogeant des populations vivant dans des zones à risque, nous pouvons sauver des vies humaines ».

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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