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La diminution de la MINUL pourrait affecter la lutte contre les violences sexuelles

Members of WISE Women, a network of women's rights groups across the country Rosie Collyer/IRIN
Au Libéria, des travailleurs humanitaires s’inquiètent du fait que la lutte contre les violences sexuelles soit affectée par une diminution programmée des interventions d’aide des Nations Unies et des ONG. Les institutions nationales disposent en effet d’une capacité limitée pour reprendre le flambeau.

La campagne de lutte contre les violences sexuelles, organisée par le ministère du Genre et du Développement, fait partie d’un vaste plan national sur quatre ans pour mettre en œuvre la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité. La résolution a été adoptée en 2000, mais le Libéria – où la guerre civile a sévi pendant 14 ans jusqu’en 2003 – n’a commencé que l’an dernier à l’appliquer.

Le financement du plan d’action dépend largement des organisations humanitaires et des bailleurs de fonds internationaux, a indiqué Anna Stone, coordonnatrice pour les violences sexuelles et la violence liée au genre auprès du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). « Mais après les élections [présidentielles et législatives] qui auront lieu l’an prochain, de nombreuses ONG internationales, y compris le NRC, diminueront leurs interventions au Libéria ».

De nombreuses organisations humanitaires, notamment le NRC et Médecins Sans Frontières (MSF) - également actif dans la lutte contre les violences sexuelles -, coupent graduellement dans leurs programmes au Libéria. Par ailleurs, on ignore encore quel sera le rôle de la mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) après les élections. Jusqu’à présent, la MINUL a apporté son soutien à la majeure partie des programmes gouvernementaux de lutte contre les violences sexuelles.

« Les organisations se retirent et il y a beaucoup de roulement », a reconnu Madhumita Sarkar, conseillère pour le programme conjoint des Nations Unies et du gouvernement en matière de violence sexuelle et liée au genre (SGBV, sexual and gender-based violence) dans la capitale, Monrovia. « C’est une préoccupation majeure. Ce n’est pas le moment de se retirer – même si le Libéria n’est plus en guerre. Jusqu’à présent, nous avons tenté de développer les compétences locales. Nous devons poursuivre notre travail et passer progressivement le relais au gouvernement ».

« Si les gens se retirent maintenant, nous risquons de revenir à notre point de départ », a-t-elle ajouté.

Pendant ce temps, le ministère du Genre se tourne vers les bailleurs de fonds pour financer ses programmes à long terme, conscient que le soutien international dont il bénéficie pourrait diminuer. Selon la ministre adjointe du Genre et du Développement, Annette Kiawu, le ministère aurait récemment reçu une aide de l’Italie et des États-Unis.

Aucun recours

Les violences sexuelles arrivent systématiquement en tête ou au deuxième rang (après le vol à main armée) des statistiques criminelles mensuelles de Monrovia. Selon MSF, la plupart des victimes sont des enfants.

Le recours légal est rarement une option pour les victimes, car la plupart d’entre elles manquent de moyens et la loi n’est pas souvent appliquée, ont indiqué des ONG qui travaillent dans le secteur de la santé au Libéria. La plupart des viols sont commis par des membres de la famille et ne sont pas rapportés, signale l’Institut norvégien des affaires internationales (NUPI) dans une étude publiée en 2009 et intitulée « Nobody Gets Justice Here » [personne n’obtient justice ici].

Puisque rien n’est « volé » pendant l’attaque, les avocats considèrent souvent le viol comme étant moins grave que le vol à main armée, a dit un travailleur humanitaire aux chercheurs du NUPI.

Par l’intermédiaire d’un collectif de groupes de femmes appelé WISE Women, présent dans l’ensemble du pays, le NRC tente d’encourager les femmes à signaler les crimes sexuels dont elles sont témoins ou victimes. L’organisation fait la promotion des droits des femmes et travaille à l’élaboration de réponses pratiques aux crimes sexuels comme le financement des examens médicaux.

Rita Kollie, 17 ans, était la plus jeune participante à la réunion de WISE Women qui a eu lieu plus tôt ce mois-ci dans le comté de Bong, dans le centre du Libéria.

« J’étais curieuse de connaître les droits des femmes. On ne nous enseigne pas ça à l’école », a-t-elle dit. « Bien entendu, je suis contente qu’on ait une femme pour présidente, mais nous n’avons toujours pas de modèles féminins dans le comté de Bong ».

Trop irrégulier

Quelle que soit l’institution en charge de la lutte contre les violences sexuelles, elle doit, selon le NUPI, se concentrer sur les raisons politiques, culturelles et économiques de ces crimes. D’après le NUPI, l’approche actuelle des Nations Unies est trop fragmentée et manque de vision. Les groupes qui cherchent à éradiquer les violences sexuelles devraient harmoniser leurs règles formelles et traditionnelles, sachant que les acteurs internationaux ne maîtrisent pas ces dernières, a également souligné le NUPI.

Le gouvernement a fait quelques progrès au niveau des politiques : il a récemment adopté une politique de promotion des droits des femmes, révisé la législation en matière de viol et d’héritage et créé un secrétariat pour faire appliquer la résolution 1325. Mais la mise en œuvre se fait au ralenti, a dit à IRIN la représentante de la MINUL et du gouvernement, Mme Sarkar.

En effet, bien que le Libéria soit l’un des deux pays du monde à avoir mis sur pied un tribunal spécial pour les crimes commis contre les femmes et les enfants et qu’il ait créé des unités de police spéciales pour la protection des femmes et des enfants, ces unités n’ont permis de condamner que cinq coupables en 2009, a indiqué Mme Stone, du NRC.

Le NRC forme les unités pour qu’elles sachent comment composer avec les crimes sexuels, mais ses efforts sont entravés par le manque de moyens et d’équipements, a indiqué le NUPI.

En outre, peu de policiers formés souhaitent quitter Monrovia pour aller travailler dans des zones rurales. Il ne s’agit là que d’un seul des nombreux problèmes qui font obstacle à la lutte [contre les violences sexuelles] dans les régions rurales : on peut aussi penser à l’état des routes, le manque d’infrastructures, la difficulté d’accès à certaines communautés et le manque de fonds alloués aux comtés, a dit le NRC.

rc/aj/cb/np/gd

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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