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La loi anti-trafic « pas suffisante »

The eyes of a trafficking victim. Thousands of women in the Philippines fall victim to traffickers each year Courtesy Mitch Mauricio
Sur le banc des accusés se tiennent ses parents, un avocat et une intermédiaire, une femme qui gagne sa vie en mariant des filles mineures égyptiennes à de riches et vieux hommes du Golfe. Ils ont plaidé non coupables de trafic lors de leur première audition au tribunal le 20 avril.

« S’il s’agissait de moi, je ne vous mettrais jamais en prison », a dit la jeune fille de 14 ans, en larmes, à ses parents. La jeune fille a été forcée de se marier à un Saoudien, de 50 ans son aîné ; son père a été payé 10 000 livres égyptiennes (soit 1 881 dollars) en échange. 

Mais quelques jours plus tard, la jeune fille a téléphoné à son père et lui a dit qu’elle se suiciderait s’il ne l’aidait pas à fuir son mari saoudien. Elle a dit que l’homme lui faisait des choses « bizarres » et plus tard, les médecins ont dit qu’elle avait été abusée.

Des cas similaires ont fait les gros titres des média locaux, soulignant le problème du tourisme sexuel.

Les avocats de ses parents ont dit que des centaines de riches hommes arabes venaient en Egypte pour un mariage temporaire. Certains parents, particulièrement dans les campagnes défavorisées et dans les bidonvilles du Caire, marient leurs filles mineures à des hommes riches – souvent plus âgés de 30 ou 40 ans – pour de l’argent. Le mariage dure quelques mois et coûte à un touriste arabe 3 000 dollars au plus.

Marier ses filles pour de l’argent offre un répit temporaire hors de la pauvreté dans un pays où plus de 23 pour cent des 80 millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS).

« Maux sociaux »

« L’extrême pauvreté se trouve derrière la montée de ce phénomène », a dit Ahmed Seif el-Islam, avocat et défenseur des droits humains. « Ces parents ont besoin d’argent et ils voient leurs filles comme un marché qui peut leur rapporter de l’argent ».

A map of Egypt
Photo: ReliefWeb
Joy Ngozi Ezeilo, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le trafic d’êtres humains, s’est rendue en Egypte le 21 avril, elle a demandé au gouvernement de prendre des mesures plus dures pour combattre ce qu’elle appelle « une liste de maux sociaux ».

« Il y a une tendance en augmentation de l’exploitation sexuelle et économique des filles mineures à travers le mariage saisonnier/temporaire, la servitude domestique, d’autres formes d’exploitation sexuelle et de prostitution », a dit Mme Ezeilo.

« Au lieu d’offrir une protection à leurs filles, les parents les forcent à se marier de cette façon », a dit Farkhunda Hassan, Secrétaire générale du Conseil national de la femme, une agence affiliée au gouvernement. « Ils sont payés pour faire cela et c’est là le point crucial du trafic d’êtres humains », a-t-elle dit lors d’une récente conférence au Caire.

L’Egypte est une source, un pays de transit et de destination des femmes et des enfants victimes du trafic d’êtres humains pour le travail forcé et l’exploitation sexuelle, selon le  Rapport 2009 sur le trafic d’êtres humains du département d’Etat américain.

« La culture à blâmer »

La nouvelle loi anti-trafic, qui a été votée par la Chambre haute du Parlement égyptien le 24 avril et par la Chambre basse le 2 mai, déclare que les individus ou les groupes qui se livrent au trafic d’êtres humains seront condamnés à des peines d'emprisonnement à perpétuité et à des amendes allant de 50 000 (9 090 dollars) à 200 000 livres égyptiennes (36 363 dollars).

Le gouvernement est responsable de la protection des survivants et doit leur offrir l’assistance médicale, sociale et l’éducation nécessaires pour qu’ils puissent à nouveau faire partie de la société, selon la nouvelle loi. Un fond spécial sera créé pour offrir l’assistance financière nécessaire aux victimes du trafic d’êtres humains.

Mais certains activistes des droits ne sont pas convaincus. « Les lois seules ne peuvent pas mettre fin à une maladie sociale comme celle-ci », a dit Mr Seif el-Islam. « C’est un problème d’habitudes culturelles et sociales. Nous devons nous attaquer aux racines de ce problème afin de le résoudre », a-t-il dit.

ae/at/mw/sk/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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