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Signes de tensions sectaires grandissantes

A Coptic Christian Church in St Bishoy Monastery between Cairo and Alexandria Wikimedia Commons
L’église chrétienne copte du monastère Saint-Bishoy, entre Le Caire et Alexandrie. Le pays compte environ huit millions de Coptes
Le 6 janvier dernier, des coups de feu tirés depuis une voiture et visant les membres d’une congrégation de chrétiens coptes quittant la messe de minuit la veille du Noël copte à Nagaa Hammadi, dans le sud de l’Égypte, ont attiré l’attention sur des tensions vieilles de plusieurs dizaines d’années entre les musulmans et les chrétiens d’Égypte.

Six Coptes et un garde de sécurité musulman ont été tués dans l’attaque, qui a envoyé une onde de choc dans toute la communauté copte et provoqué des affrontements sporadiques entre des manifestants chrétiens et les forces de sécurité ainsi qu’entre chrétiens et musulmans.

« Tout, dans ce pays, nous entraîne vers une situation où les non musulmans sont détestés, dénigrés et même marginalisés », a dit à IRIN Youssef Sidhom, rédacteur en chef de l’hebdomadaire égyptien copte Watany. « Notre [système d’] éducation n’apprend aux élèves qu’à détester et à craindre ceux qui sont différents ».

Selon M. Sidhom, c’est depuis le début des années 1980, avec la montée de l’extrémisme islamique, que le sentiment antichrétien a gagné du terrain dans cette société majoritairement musulmane. Les chrétiens coptes comptent pour environ 10 pour cent des 80 millions d’habitants du pays, a-t-il dit.

A map of Egypt highlighting the town of Nagaa Hammadi, about 650km south of Cairo and 60km north of Luxor
Photo: ReliefWeb
Une carte d’Égypte montrant la ville de Nagaa Hammadi, à environ 650 kilomètres au sud du Caire et 60 kilomètres au nord de Louxor
Parmi les incidents récents, on peut notamment citer les émeutes qui se sont prolongées pendant plusieurs jours dans le village de Farshout, près de Nagaa Hammadi, et lors desquelles des maisons appartenant à des chrétiens ont été brûlées suite à un viol présumé d’une musulmane par un chrétien.

Les Coptes affirment fréquemment que les autorités ne punissent pas les auteurs des actes de violence et ne cherchent pas à comprendre les causes premières du problème sectaire.

« Après chacune des attaques visant des Coptes, le gouvernement – lorsqu’il cherche les responsables – ne fait qu’arrêter un grand nombre d’individus et tenter de les réconcilier sans chercher à comprendre les raisons de l’attaque », a dit Kamal Zakhir, un analyste appartenant à la communauté chrétienne. « Les causes premières de la violence ne sont pas traitées, ce qui m’encourage à dire que les tensions sectaires feront toujours partie de la vie en Égypte ».

Injustices présumées

Depuis des années, les groupes de défense des droits de l’homme cherchent à mettre fin à ce qu’ils considèrent comme des injustices systématiques envers la communauté chrétienne.

En 2008, un rapport d’Amnesty International affirmait que les attaques sectaires contre les Coptes avaient augmenté en 2008 et que les « affrontements sporadiques entre les chrétiens coptes et les musulmans avaient fait huit victimes ».

Coptic Christians gather around the coffins of the victims of the 6 January drive-by shooting
Photo: US Copts Association
Des chrétiens coptes se recueillent autour des cercueils des victimes de la fusillade du 6 janvier
À la mi-2009, l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (Egyptian Initiative for Personal Rights, EIPR), une ONG locale qui défend les droits des minorités en Égypte, a publié un rapport sur la situation difficile des Coptes d’Égypte. Le rapport indiquait que les Coptes étaient persécutés, qu’ils ne pouvaient pratiquer leur religion comme ils l’entendaient et qu’ils étaient soumis à certaines restrictions concernant la construction d’églises.

Le Conseil national des droits de l’homme d’Égypte a demandé à plusieurs reprises que les Coptes bénéficient des mêmes droits pour la construction des lieux de culte. Selon les dirigeants coptes, l’Égypte ne compte que 4 000 églises contre quelque 400 000 mosquées.

Intolérance alimentée

« Cette intolérance est nouvelle dans notre société », a dit Soad Saleh, professeur de jurisprudence islamique à l’université d’al-Azhar. « Les enseignants et les imams sont nombreux à attiser ces sentiments sectaires ».

D’après elle, certaines chaînes de télévision contribuent également à alimenter les tensions entre les communautés en diabolisant les adeptes des autres religions ou en les dépeignant comme de mauvaises personnes.

« Combien de temps encore ferons-nous l’autruche ? », s’interroge M. Sidhom, de l’hebdomadaire copte. « Les programmes scolaires doivent changer. Ces programmes diabolisent les non musulmans et apprennent aux élèves à détester ceux qui sont différents ».

Fouad Allam, ancien directeur des services de sécurité de l’État, blâme lui aussi le système d’éducation et « un grand nombre de chaînes de télévision religieuses qui ne font que propager la haine ». Il a critiqué la manière dont le gouvernement tentait de régler le problème en affirmant que traiter le problème comme une simple question de sécurité était « une grossière erreur ».

« Le gouvernement doit élaborer une stratégie sociale, éducationnelle et politique complète pour y mettre fin », a-t-il ajouté.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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