Pour un téléphone portable, offert par deux sympathisants des Talibans, Abdoul Malik, 17 ans, avait rejoint les rangs des insurgés talibans, dans le sud du pays. Peu de temps après, sa dépouille était ramenée à sa famille.
« Il a été tué au cours d’une opération militaire, près du district de Moussa Qala [dans la province de Helmand] », a confié à IRIN son frère aîné, à Lashkargah, capitale de la province de Helmand.
« Bon nombre de jeunes garçons de notre district acceptent de rejoindre les rangs des Talibans contre de l’argent de poche, un téléphone portable ou pour d’autres motivations financières », a expliqué Safiullah, un habitant de Sangin, un district de la province de Helmand.
Cette province a été le théâtre de très nombreux actes de violence, commis par les insurgés et, ces derniers mois, des centaines de personnes sont mortes, victimes d’attentats suicide, d’explosion d’engins piégés, placés le long des routes, et d’opérations militaires.
Les taux élevés de pauvreté et de chômage en milieu rural expliquent probablement pourquoi des jeunes gens comme Abdoul Malik vont rejoindre les rangs des Talibans.
Compte tenu de l’insécurité qui prévaut dans les provinces du sud, il n’existe pas de statistiques sur le chômage. Toutefois, d’après un rapport de la Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan sur les droits économiques et sociaux des Afghans, le taux de chômage atteindrait jusqu’à 60 pour cent dans certaines régions du pays.
Le nombre élevé de pauvres dans les régions rurales s’explique également par le fait que l’agriculture, qui emploie plus de 60 pour cent des quelque 26,6 millions d’habitants que compte le pays, n’a bénéficié que de 300 à 400 millions de dollars américains sur les plus de 15 milliards d’aide au développement versés par la communauté internationale à l’Afghanistan depuis 2002, selon un rapport d’Oxfam International, publié au mois de janvier.
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| Un jeune candidat kamikaze arrêté à Lashkar Gah. La pauvreté, le chômage et le désenchantement de la population vis-à-vis du gouvernement afghan ont conduit de nombreux jeunes à rejoindre les rangs des insurgés, selon des experts |
« Le gouvernement [aghan] n’a pas les moyens de subvenir aux besoins de ses citoyens et, pour une bonne partie de la population, il n’est pas en mesure de créer des opportunités d’emploi durable. En conséquence, le sud est une zone de recrutement de plus en plus importante pour les Talibans », a indiqué le Senlis Council, un centre international d’études politiques, implanté à Londres, dans un rapport publié en février 2008.
« Partout où le gouvernement n’est pas en mesure d’assurer des services de base, les Talibans pallient souvent les insuffisances de l’Etat avec des solutions plus radicales. Cela signifie que ce sont les militants radicaux, et non le gouvernement élu, qui jouissent de la confiance tant recherchée de la population afghane », selon le rapport Afghanistan – Point de décision 2008.
« L’étude menée par le Senlis Council depuis 2005 montre de manière probante que l’aide destinée au sud ne parvient pas à la population », pouvait-on lire dans le rapport.
Un énorme sentiment de frustration
Edward Girardet, journaliste spécialiste des problèmes humanitaires et directeur du programme d’études à Media21 Global Journalism Network, une organisation sise à Genève, a expliqué à IRIN que juste après la chute du régime des Talibans, les Afghans avaient nourri de grands espoirs quant à la reconstruction rapide de leur pays et à l’amélioration de leurs conditions de vie.
Mais six ans après, il y a un énorme sentiment de frustration, « en particulier chez les jeunes Pashtouns qui sont rentrés du Pakistan [où l’influence des Talibans est très forte dans les écoles coraniques], mais n’ont trouvé aucun emploi », a-t-il affirmé.
Selon M. Girardet, Oxfam et d’autres organisations, les milliards de dollars d’aide versés à ce pays déchiré par la guerre ont été détournés et/ou mal gérés et n’ont produit que très peu de résultats.
Rapport du FMI
Pour le Fonds monétaire international (FMI), la situation est tout autre. En effet, d’après un rapport du FMI, le pays a connu un fort taux de croissance économique au cours des six dernières années et le produit intérieur brut par habitant a augmenté de 53 pour cent, passant de 200 dollars en 2001 à 306 dollars en 2007.
« Le taux de croissance réel se situait entre 26 pour cent en 2002-03 et 14 pour cent en 2005-06 », peut-on lire dans le rapport 2008 du FMI relatif aux avancées en matière de réduction de la pauvreté en Afghanistan, et publié le 20 février.
L’augmentation des dépenses militaires est-elle la solution ?
Pour combattre efficacement les insurgés, certains bailleurs de fonds ont exigé une augmentation des effectifs des troupes de l’OTAN.
Photo: Abdullah Shaheen/IRIN ![]() |
| Certains experts pensent que les bailleurs de fonds devraient augmenter leur aide au développement à l'Afghanistan et créer des emplois durables pour les jeunes afin de combattre l'insurrection des Talibans |
Selon la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) placée sous le commandement de l’OTAN, outre les plus de 10 000 soldats – américains pour la plupart – engagés dans la lutte contre les insurgés talibans, la FIAS comprend plus de 33 000 soldats.
D’après Oxfam International, dans la lutte contre les insurgés talibans, l’armée américaine dépense toutes les minutes 65 000 dollars en Afghanistan (35 milliards en 2007).
Les organisations humanitaires et certains experts doutent cependant que l’augmentation des dépenses militaires soit la solution pour enrayer la montée de la violence en Afghanistan. « Il n’y a pas de solution militaire en Afghanistan ; donc au lieu d’investir si massivement dans le maintien des troupes de l’OTAN dans le pays, il faudrait consacrer plus d’argent à la résolution de ce long et sérieux problème », a déclaré M. Girardet.
Un avis que partage Obaidullah, un habitant de Kajaki, un district de la province de Helmand.
« Tout ce nous voulons, c’est un emploi, gagner de l’argent et subvenir aux besoins de nos familles ».
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