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La « solution militaire » en ligne de mire

Dans le respect d’une longue tradition d’intervention militaire étrangère, officielle ou clandestine, des forces internationales sont prêtes à aider le gouvernement de l’Union des Comores à restaurer son autorité sur l’île dissidente d’Anjouan et à empêcher l’éclatement du fragile Etat des trois îles de l’Océan indien.

Après la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) du 20 février, l’organisation panafricaine a revu sa position vis-à-vis de la crise politique qui secoue l’Union des Comores. Après les négociations infructueuses, engagées pour tenter de désamorcer le conflit, l’UA soutient désormais la décision du gouvernement de l’Union de recourir à la force militaire. Quatre pays de l’UA – la Libye, le Soudan, le Sénégal et la Tanzanie – ont promis des troupes et un soutien militaire.

« La réunion réitère l’attachement de l’UA à l’unité, à l’intégrité territoriale et à la souveraineté des Comores » et « confie à la Mission d’assistance électorale et sécuritaire (MAES) de l’Union africaine aux Comores le mandat de se déployer à Anjouan afin de faciliter la restauration de l’autorité de l’Union sur l’île », pouvait-on lire dans le communiqué final de la réunion de l’UA.

L’assemblée « a convenu de mesures pratiques, militaires et sécuritaires, visant à appuyer la décision prise par le gouvernement de l’Union pour restaurer son autorité à Anjouan ».

Le conflit entre les autorités d’Anjouan et celles des deux autres îles - la Grande-Comore et Mohéli – dure depuis l’organisation d’élections individuelles dans chacune des trois îles, en juin 2007.

Le système électoral complexe de l’archipel prévoit que les îles - Anjouan, la Grande-Comore et Mohéli – aient chacune leur propre gouvernement semi-autonome et leur propre président, et se voient confier à tour de rôle la présidence du gouvernement fédéral de l’Union.

Mais ni le président autoproclamé d’Anjouan, Mohamed Bacar, ni le gouvernement de l’Union des Comores, qui exige de nouvelles élections, ne sont prêts à faire des concessions.

Quant à l’UA, elle a indiqué qu’elle dépêcherait une équipe d’évaluation militaire et sécuritaire pour finaliser le processus de planification.

Une plus grande implication de la communauté internationale

La France a proposé de prendre en charge le transport des troupes de l’UA vers l’archipel de l’Océan indien.

« Nous confirmons la disponibilité de la France à fournir un appui aux troupes tanzaniennes et sénégalaises pour leur transport jusqu’aux Comores, c’est-à-dire jusqu’à l’île de [la] Grande-Comore ou de Mohéli, mais pas à Anjouan », a indiqué l’Agence France-Presse, citant Pascale Andreani, la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

« Nous souhaitons marquer notre soutien à l’Union africaine et à sa détermination à préserver l’intégrité et l’unité des Comores ». La réaction de la France, ancienne puissance coloniale, intervient à la suite d’informations faisant état d’un sentiment anti-français de plus en plus persistant au sein de la population de l’ancienne colonie, certaines rumeurs laissant même croire à un soutien possible de la France à M. Bacar.

« Il y a eu quelques manifestations et des slogans anti-français peints sur les murs – certaines personnes pourraient soupçonner la France de soutenir M. Bacar et beaucoup d’autres s’attendaient à ce que la France dénonce au moins ce qui se passe actuellement à Anjouan », a confié à IRIN Abdourahime Saïd Bakar, porte-parole du gouvernement de l’Union.

Après plus de 130 années de régime colonial, les Comores, qui ont acquis leur indépendance de la France en 1975, ont connu trois décennies d’instabilité politique émaillées de 19 coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat.

Bob Denard, célèbre mercenaire français décédé récemment, avait organisé quatre de ces coups d’Etat. Il a joué un rôle déterminant dans les combats politiques comoriens, destituant et remplaçant à sa guise les présidents au fil des années, jusqu’à sa dernière tentative de renversement, déjouée par la France en 1995.

« La première fois [en 1997] que l’armée est intervenue, nous l’avons boutée hors de l’île. La deuxième fois [en mai 2007], elle a aussi été battue. Cela signifie que si elle tente d’intervenir une troisième fois, elle sera encore battue »
Le gouvernement de l’Union a pu acquérir deux hélicoptères ukrainiens avec leur équipage pour appuyer ses opérations militaires, car « nous n’avons qu’un seul pilote d’hélicoptère », a indiqué M. Saïd Bakar.

Des centaines de soldats de l’Union sont actuellement regroupés sur l’île de Mohéli, plus proche d’Anjouan que l’île plus vaste de la Grande-Comore, et ces hélicoptères devraient servir au transport des troupes et du matériel, et à l’évacuation des blessés, a-t-il précisé.

Et le gouvernement de l’Union aura besoin de toute l’aide qu’il pourra obtenir. En effet, la plupart des experts reconnaissent que les forces de M. Bacar sont mieux entraînées, mieux équipées et plus nombreuses. En 1997 et 2007, les tentatives du gouvernement de l’Union de restaurer par la force son autorité sur l’île s’étaient soldées par un échec.

Lors d’un précédent entretien avec le correspondant d’IRIN, Mohamed Bacar avait écarté toute menace d’intervention des forces armées de l’Union sur l’île d’Anjouan.

« Le [président national Ahmed Abdallah Mohamed] Sambi ne connaît rien aux opérations militaires et si j’avais un conseil à lui donner, je lui dirais que ce n’est pas la solution. La première fois [en 1997] que l’armée est intervenue, nous l’avons boutée hors de l’île. La deuxième fois [en mai 2007], elle a aussi été battue. Cela signifie que si elle tente d’intervenir une troisième fois, elle sera encore battue ».

La semaine dernière, l’UA a prorogé pour la troisième fois les sanctions à l’encontre des dirigeants d’Anjouan, mais le gouvernement de l’Union des Comores a fermement rejeté cette décision, estimant que les sanctions – embargo maritime et gel des avoirs – n’avaient aucun effet sur M. Bacar et qu’elles ne faisaient que prolonger la crise.

L’éventualité de l’envoi d’une nouvelle mission de haut niveau, sous les auspices de l’UA, pour tenter de négocier une solution pacifique à la crise, a conduit M. Saïd Bakar à réitérer la position du gouvernement d’envoyer des troupes gouvernementales à Anjouan pour y restaurer son autorité.

« Nous savons que sa réponse [de M. Bacar] sera encore la même. Pourquoi donc lui donner plus de temps ? ». Cette nouvelle mission, proposée par l’UA, serait composée de représentants de la Tanzanie, de l’Afrique du Sud, de la France et des Etats-Unis, mais on ignore encore quand la délégation arriverait à Moroni, capitale nationale, située sur l’île de la Grande-Comore.


Photo: Tomas de Mul/IRIN
'Nice day for dying' - bateau qu'aurait utilisé le mercenaire français Bob Denard lors d'un de ses nombreux coups d'Etat aux Comores
L'engagement des Etats-Unis à ce niveau est relativement nouveau, a commenté M. Saïd Bakar. « Les Comores ont une position stratégique dans l’Océan indien et par rapport au Moyen-Orient », et la « lutte contre le terrorisme » pourrait également être une raison, a-t-il souligné, se réjouissant toutefois de l’aide de la communauté internationale à la résolution de la crise.

Fazul Abdullah Mohammed, citoyen comorien, est toujours recherché par les Etats-Unis pour son rôle présumé dans les attentats des ambassades américaines de Dar es-Salaam, en Tanzanie, et de Nairobi, au Kenya, le 7 août 1998.

« Nous continuons de rechercher ce criminel connu et je voudrais vous renouveler notre demande d’assistance pour arrêter cet homme, qui a terni la réputation internationale des Comores. Ce n’est que lorsqu’il sera appréhendé que les Comores pourront se débarrasser de cette triste réputation qu’il fait porter au pays », a déclaré l’ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’île Maurice, des Seychelles et de l’Union des Comores, lors de son discours d’adieu en 2005.

« Mais soyons très clairs. Les Etats-Unis sont là pour vous aider et cette aide se poursuivra même après la capture de ce terroriste ».

Déplacement de population

Alors que l’armée de l’Union, les troupes internationales et les forces fidèles à M. Bacar se préparent à une confrontation, la population d’Anjouan est dispersée et cherche refuge dans les îles voisines ou quitte Mutsamudu, la capitale de l’île, pour se mettre à l’abri dans les collines ou les petits villages.

Quant à Opia Kumah, Coordinateur résident des Nations Unies aux Comores, il a indiqué qu’une récente évaluation des Nations Unies, menée conjointement avec le mouvement du Croissant-Rouge comorien, avait confirmé les mouvements de population d’Anjouan vers d’autres îles. Toutefois, a-t-il ajouté, les rumeurs selon lesquelles des milliers de personnes se dirigeraient vers Mohéli ne sont qu’exagération. « Il y aurait tout au plus 200 ou 300 personnes ».

Selon M. Saïd Bakar, plus de 2 500 Anjouanais se seraient installés à la Grande-Comore depuis le déclenchement du conflit, en juin 2007. Les personnes déplacées sont généralement hébergées par des parents, mais l’île a de moins en moins les moyens de les accueillir, ce qui accroît le sentiment de frustration chez ces déplacés.

Pour M. Kumah, il y a deux raisons à ces déplacements : la menace et la violence associées à l’intervention militaire, et le fait que certaines personnes, considérées comme favorables au gouvernement de l’Union, soient prises pour cible par les partisans de M. Bacar. « Selon certaines rumeurs, des violations des droits humains, des passages à tabac et même des actes de torture ont été perpétrés. Notre plus grande préoccupation est l’éventualité d’une crise humanitaire et des droits de l’homme ».


Photo: ReliefWeb
Carte des Comores
Selon M. Kumah, quelle que soit l’issue de l’action militaire, il y aura des règlements de compte entre partisans de M. Bacar et du gouvernement de l’Union sur l’île d’Anjouan.

« Ce que nous craignons, ce sont les représailles contre les partisans de M. Bacar. Les gens voudront peut-être se venger, mais nous, nous voulons les traduire en justice. M. Bacar a commis un acte de haute trahison », a fait remarquer M. Saïd Bakar.

Outre la crise interinsulaire qui secoue actuellement l’Union des Comores, il y a aussi la crise entre l’Union des Comores et le territoire français de Mayotte. Le gouvernement comorien revendique en effet sa souveraineté sur l’île de Mayotte – une des quatre étoiles du drapeau comorien représente cette île –, une revendication soutenue par les Nations Unies et l’Union africaine.

Compte tenu du passé tourmenté de l’archipel, les Comoriens dépendent largement de l’aide étrangère et font partie des populations les plus pauvres d’Afrique. Selon M. Saïd Bakar, « ce pays devrait enterrer ses idées séparatistes et permettre à tous les Comoriens de se projeter dans un avenir stable et pacifique ». Un avis que bon nombre de citoyens de cet archipel partageraient sans doute.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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