Parce que certains fermiers zimbabwéens réinstallés n’ont pu fournir une production suffisante, faute d’intrants agricoles et de financements, le gouvernement leur a repris leurs fermes, ont révélé certains analystes.
Didymus Mutasa, ministre de la Réforme agraire et de l’Aménagement du territoire, a récemment déclaré au Herald, le quotidien gouvernemental, que le gouvernement avait repris possession de 1 449 fermes de type A2 – la catégorie correspondant à une production commerciale – après l’audit foncier de 2007, qui avait révélé que ces fermes n’étaient pas exploitées de manière productive.
En 2000, dans le cadre d’un programme de réforme agraire très controversé, le gouvernement zimbabwéen avait exproprié plus de 4 000 exploitants commerciaux blancs et leurs fermes avaient ensuite été réaffectées, souvent après avoir été morcelées en petites unités, à des milliers de Zimbabwéens noirs sans terre.
« Le gouvernement reprend possession de toutes les fermes de type A2 inoccupées et non utilisées, et nous ne reviendrons pas sur ce programme. Nous retirerons les lettres d’engagement et les donnerons à de nouveaux candidats méritants », pouvait-on lire dans le quotidien, citant M. Mutasa.
Selon M. Mutasa, le gouvernement tente de résoudre certains des problèmes auxquels font face les nouveaux fermiers, et la reprise des fermes ne doit pas être perçue comme une remise en question du programme de réforme agraire.
Les propriétaires de la plupart des fermes qui sont reprises actuellement par le gouvernement n’avaient même pas occupé ces fermes, a expliqué Sam Moyo, un expert foncier qui avait conseillé le gouvernement sur son programme de réforme agraire. « Plusieurs terrains sont restés inoccupés, ce qui signifie que, pour des raisons diverses, les bénéficiaires n’ont pas pu se rendre dans leurs fermes et s’y installer ».
L’économie du Zimbabwe est en voie d’effondrement. Selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), le taux d’inflation annuelle du pays a atteint les 100 000 pour cent et continue de grimper. La pénurie de devises a paralysé les approvisionnements en intrants agricoles et en carburant. Résultat : bon nombre de fermiers n’ont pu tirer de l’agriculture les gains à court terme qu’ils en espéraient et ont abandonné leurs fermes, a dit M. Moyo.
« Au final, la plupart de ces fermiers n’ont pas réussi à assurer une production suffisante pour justifier leur maintien sur leurs fermes. Ceux qui y sont parvenus ont eu la chance d’hériter de bonnes infrastructures, trouvées dans les fermes, ou sont des privilégiés, qui ont bénéficié des faveurs du gouvernement », selon l’économiste John Robertson.
M. Robertson a par ailleurs souligné que les bénéficiaires n’étaient pas réellement motivés par l’agriculture parce que ces fermes leur avaient été octroyées gratuitement et que le gouvernement s’était empressé de les morceler « par populisme politique », sans s’assurer que les bénéficiaires avaient les moyens financiers et les intrants agricoles requis et qu’ils avaient reçu la formation nécessaire.
« Certains de ces fermiers avaient pris possession de ces fermes pour le plaisir. C’est pour cette raison qu’ils ont vendu les intrants et le carburant qui leur avaient été livrés, et dans certains cas, les fermes ont été transformées en lieux de villégiature pour barbecue le week-end, une pratique courante chez les propriétaires de plusieurs fermes », a expliqué M. Robertson.
Les difficultés financières dans lesquelles les fermiers se sont retrouvés ont été aggravées par la réticence des banques à accorder des prêts aux nouveaux fermiers, les baux de 99 ans offerts par le gouvernement ne constituant pas une garantie de sécurité suffisante.
Pas de solution
Si la reprise des fermes est bel et bien justifiée, a expliqué M. Robertson, comment les propriétaires de fermes de type A2 pourront-ils rembourser les prêts qu’ils ont pu contracter ?
« Nous espérons seulement que le gouvernement ne va pas faire de la reprise des fermes une stratégie de campagne pour appâter les électeurs avec des lopins de terre qui leur seront retirés une fois la victoire obtenue ».
Fin mars, des élections législatives, communales et présidentielles auront lieu dans le pays et, comme cela s’est déjà produit en 2000, à la veille d’un autre scrutin capital, le problème foncier risque d’être utilisé pour influencer le vote des électeurs.
Le programme de réforme agraire a coïncidé avec une succession de sécheresses qui ont affecté la production et décimé le bétail. Les fermes ont également été mal exploitées par des personnes n’ayant pas les compétences agricoles requises, en particulier pour certaines cultures spécialisées comme le tabac.
La plupart des fermes ont été morcelées en petites unités, d’où la difficulté pour les bénéficiaires de produire à grande échelle, et les nouveaux fermiers ont dû parfois se partager les infrastructures laissées par les anciens fermiers expropriés.
Mais M. Moyo avait pourtant affirmé à l’époque : « Etant donné que les nouveaux fermiers ne disposent pas de ressources financières suffisantes […] les petites parcelles sont une solution plus viables ».
Une décision injuste, disent les fermiers
Les nouveaux fermiers dont les terres viennent d’être reprises ont été surpris par la décision du gouvernement et sont en colère, certains qualifiant cette décision de discriminatoire.
« Je ne sais pas sur quels critères ils se basent pour reprendre ma ferme », a déploré Stanley Banga, un fermier de 56 ans à qui l’Etat avait donné une ferme de 60 hectares dans le district de Goromonzi, à quelque 50 kilomètres au sud-est de Harare, la capitale.
« C’est vrai que j’ai eu des difficultés pour produire suffisamment, mais ce n’est pas ma faute. Si certains fermiers ont réussi à avoir des intrants, j’ai dû me battre pour en obtenir parce que je ne suis ni un vétéran de guerre, ni un membre actif du parti au pouvoir [ZANU-PF] », a affirmé M. Banga.
« Mon seul espoir est que les autorités comprendront [...] Il y a eu des sécheresses, j’ai perdu des revenus et je n’ai pas pu obtenir des intrants facilement. Actuellement, ce sont les fortes pluies qui tombent sans discontinuer ».
Si l’Etat lui retire son exploitation – envahie par de hautes herbes, à l’exception de quelques petites parcelles de maïs dans les champs inondés au milieu desquels se dresse la maison délabrée laissée par l’ancien propriétaire – M. Banga n’aura nulle part où aller.
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