La police et les autorités de la ville de Kano, dans le nord du Nigeria, ont signalé une recrudescence des viols d’enfants et ont indiqué que les jeunes filles n’étaient désormais plus en sécurité dans la ville.
Dans un cas, il s’agit d’un homme de 70 ans qui aurait violé une fillette de trois ans, a indiqué jeudi dernier à IRIN Suleiman Abba, adjoint au commissaire de police de la ville de Kano.
« Le viol d’enfant est devenu endémique à Kano et nous craignons que si rien n’est fait pour mettre un terme à ce phénomène, la situation sera incontrôlable ».
Au cours des six derniers mois de l’année 2007, la police de Kano, le carrefour commercial du nord du Nigeria, a enregistré 54 cas de viol d’enfants et interpelé 60 personnes dans le cadre de ces délits. Ce qui présente une augmentation de près de 70 pour cent par rapport au nombre de viols enregistrés pendant les six premiers mois de la même année.
« Dans certains cas, les victimes ont subi des viols collectifs », a précisé M. Abba.
En 2001, l’Etat de Kano a rétabli la loi islamique (Charia) dans toute sa rigueur, une loi qui prévoit la peine de mort pour les viols. Mais selon Aminuddeen Abubakar, un intellectuel musulman, la gravité des sanctions n’a pas pour autant résolu le problème.
« Je connais un cas précis où la victime a été violée jusqu’à ce qu’elle en décède » a-t-il déclaré à l’Agence France Presse.
Les suspects sont généralement des hommes âgés entre 45 et 70 ans alors que les victimes sont pour la plupart des fillettes de trois à 11 ans.
« Nous avons des cas de jeunes hommes ayant commis des viols sur mineures mais leur nombre est bien inférieur à celui des hommes âgés impliqués dans des viols », a noté M. Abba, adjoint au commissaire de police.
Et le nombre de cas rapportés ne représente qu’une partie de la réalité. « Bon nombre de viols ne sont pas rapportés parce que les parents des victimes entendent sauver l’honneur de leurs filles et ne veulent pas embarrasser la famille », a expliqué M. Abba.
La police a commencé à enregistrer une augmentation des cas de viols d’enfant depuis 2004, a-t-il indiqué, ajoutant que la tendance s’était confirmée en 2005 puis avait atteint un taux alarmant en 2007.
Les raisons
Pour certains experts, plusieurs raisons expliquent ce phénomène. « Certains [hommes] ont cette croyance superstitieuse qu’il peuvent guérir d’une [maladie sexuellement transmissible], en particulier du VIH/SIDA, [à travers le viol] », a affirmé M. Abubakar.
« D’autres pensent qu’ils peuvent devenir riches en commettant cet acte d’irresponsabilité gratuit », a-t-il ajouté. « Les victimes les plus vulnérables de cet acte inhumain sont les petites filles qui vendent des articles dans les rues et ruelles de cette ville ».
En effet, il est fréquent de voir dans Kano des jeunes vendeuses portant sur leur tête des plateaux de noix de cola, de sachets d’arachides et de détergents.
« Ces filles se font piéger par les violeurs qui prétendent vouloir acheter leurs produits », a poursuivi M. Abubakar.
Plusieurs parents ont confié à IRIN que leur réponse à cette menace était de faire systématiquement accompagner leurs filles lorsqu’elles sortaient.
« La situation est devenue si grave qu’il faut surveiller le moindre déplacement de vos filles », a déploré la mère de famille Hadiza Kabir. « Il faut mettre en garde les filles de ne pas s’approcher d’une personne qu’elles ne connaissent pas et de courir se réfugier à la maison lorsqu’un individu leur fait signe de venir ».
Poursuites judiciaires
Selon la police, la poursuite des suspects se heurte à de nombreux obstacles, même lorsqu’elle dispose d’assez de preuves pour les inculper, car bon nombre de parents hésitent à porter plainte à cause des stigmas sociaux.
« Nous ne pouvons engager des poursuites judiciaires sans qu’il y ait des témoins », a dit M. Abba, « [donc] l’affaire est classée sans suite et vous êtes tenus de libérer le suspect », a-t-il ajouté.
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