Les croyances traditionnelles et les coutumes empêchent de lutter efficacement contre la fistule en Mauritanie.
« La fistule est vécue comme une sanction », a expliqué Jacques Milliez, un gynécologue qui se rend deux fois par an en Mauritanie dans le cadre d’un programme de traitement des femmes fistuleuses. « La tradition veut qu’une femme qui rencontre des difficultés pour accoucher soit soupçonnée de tous les torts possibles. On pense qu’elle trompe son mari », a-t-il ajouté
Pour Thierno Ousmane Coulibaly, chargé du programme de la santé et de la reproduction auprès du bureau du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) à Nouakchott, le problème de la fistule est aussi lié à certaines pratiques traditionnelles, avec les mariages et les maternités précoces chez les filles.
« Les filles n’ont pas le bassin suffisamment formé pour faire passer le bébé », a-t-il fait remarquer, et « malheureusement, il est difficile de lutter contre ces pratiques socioculturelles », s’est-il désolé.
Avec seulement une soixantaine de femmes soignées en trois ans, dans le cadre d’un programme mis en place par le gouvernement mauritanien et l’organisation non-gouvernementale (ONG) française Equilibres et Populations, les autorités sanitaires locales considèrent qu’elles ont encore beaucoup à faire pour accroître les campagnes de sensibilisation sur la prévention et le traitement de la maladie.
La fistule obstétricale est une déchirure des tissus qui survient lorsque la circulation du sang vers les tissus du vagin, de la vessie et/ou du rectum est bloquée au cours d’un travail avec obstruction prolongée. Lorsque les tissus se nécrosent, un orifice se forme qui laisse passer l’urine et les fèces.
Les autorités mauritaniennes ne disposent d’aucune évaluation chiffrée du nombre de femmes souffrant de la fistule. Toutefois, selon l’UNFPA, il y en aurait deux millions dans le monde.
« Opérer une vingtaine de femmes par an, ce n’est pas suffisant », a fait remarquer Mimi Mint Moulaye Cherif, ancienne sage-femme, aujourd’hui chargée des fistules auprès du Programme national de la santé et de la reproduction. « Notre sensibilisation n’est pas adéquate ».
Les chirurgiens français d’Equilibres et Populations admettent qu’il faudrait mener des actions plus soutenues.
« Nous en venons que deux fois par an », a indiqué l’urologue Ludovic Falandry. « C’est déjà mieux que rien, c’est loin d’être suffisant. Il faudrait des équipes permanentes, capables d’opérer dans chaque capitale régionale ».
Selon le programme, les chirurgiens se rendent en Mauritanie pour de courtes périodes pour soigner des femmes fistuleuses, apporter du matériel médical et mais aussi faire de la formation. Avant l’arrivée des chirurgiens, des associations de la société civile et des agents de santé se rendent dans les villages pour recruter des femmes fistuleuses, mais par honte, bon nombre d’entre elles préfèrent se cacher.
L’UNFPA consacre chaque année 250 000 de dollars américains à la lutte contre la fistule en Mauritanie. Cet argent sert à la prévention, mais aussi à la prise en charge psychologique des femmes fistuleuses, ainsi qu’à leur réinsertion sociale, a expliqué M. Coulibaly.
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