Les Nations Unies ont averti qu’environ 3,5 millions de personnes risquaient de contracter des maladies en raison des crues qui ont coûté la vie à 90 personnes et touché 400 000 habitants dans l’ensemble du pays. L’avertissement suivait un appel de fonds lancé par l’organisation et le gouvernement soudanais à hauteur de 20 millions de dollars, destinés à aider les victimes des crues.
Plus de 12 000 têtes de bétail et 16 000 têtes de volaille ont péri dans les crues qui ont inondé plus de 40 000 hectares de terres agricoles, selon les Nations Unies. Les crues ont également détruit 250 écoles, obligeant environ 56 000 élèves à se déplacer.
« Cet appel porte sur un montant total de 20,2 millions de dollars, pour traiter, au cours des six prochains mois, les besoins humanitaires urgents des populations touchées et un certain nombre (limité) de leurs besoins en rétablissement immédiat », peut-on lire dans un communiqué des Nations Unies, publié le 28 août.
Selon le directeur de la Commission gouvernementale d’aide humanitaire (HAC), seul un petit nombre des 26 Etats du Soudan a été épargné par la fureur des pluies torrentielles et des crues-éclairs qui ravagent le pays depuis deux mois.
« Dix-neuf Etats sur 26 ont été touchés, huit gravement », a déclaré Hassabo Abdel Rahman à la presse, à l’occasion du lancement de l’appel.
Le Sud-Soudan, qui avait en grande partie échappé aux ravages causés par les inondations précédentes, a été durement touché cette année : en effet, dans six Etats sur les 10 qui le composent, les habitants et leurs moyens de subsistance se trouvent menacés par les fortes pluies.
« Ces six Etats sont vraiment très gravement touchés », a déploré Simon Kuhn, membre de la Commission de réhabilitation et de secours au Sud-Soudan (SSRRC). Selon lui, les dommages causés aux terres agraires ainsi que les pertes de bétail, dont dépend la plupart des populations du sud, pourraient provoquer la famine.
« L’ampleur de ce qui se passe au Soudan est extraordinaire, je pense, en comparaison avec les précédentes années », a estimé John Clarke, le représentant des Nations Unies chargé de mener les opérations de secours.
Records battus
Selon plusieurs responsables, de mémoire d’homme, les pluies et les crues de cette année sont les plus graves jamais observées.
Dans l’est du Soudan par exemple, les eaux du Gash se sont élevées à un niveau record de 3 mètres, contre 2,7 mètres en 2003, lorsque le fleuve avait failli submerger la ville de Kassala.
« Les dégâts sont considérables et des efforts considérables doivent être déployés pour rétablir les moyens de subsistance perdus [des populations] », selon M. Clarke.
L’appel éclair vise à récolter des fonds consacrés à plusieurs projets, dans six secteurs principaux : la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance, la santé et la nutrition, les denrées non-alimentaires et l’hébergement, l’eau et l’assainissement, le développement des infrastructures de base et des zones d’habitation et l’éducation.
Selon les estimations initiales, la somme de 3,5 millions de dollars sera nécessaire dans le secteur de l’alimentaire et de la sécurité. Elle sera utilisée pour financer des projets gérés par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM), et les entités gouvernementales et autres ONG concernées.
Entre 65 et 80 pour cent de la population réside dans des zones rurales, principalement dépendantes de l’agriculture de subsistance et/ou de l’élevage de bétail et de la pêche.
« Dans le nord du Soudan, six Etats sont en mal d’une aide d’urgence dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage de bétail », selon les Nations Unies.
Ces Etats sont le Nil bleu, Kassala, le Nord-Kordofan, l’Etat de la Mer rouge, le Sud-Kordofan et le Nil blanc.
Au Sud-Soudan, les foyers les plus vulnérables, parmi ceux touchés par les crues, se trouvent dans les Etats du Haut-Nil, de Jongolei et d’Unity.
On estime que 200 000 personnes seront dépendantes de l’aide alimentaire d’urgence jusqu’à la fin de la saison des pluies, en septembre, ou au-delà.
Le PAM aide déjà 55 000 personnes touchées par les crues.
Risques sanitaires
Dans le cadre de l’appel, 3,8 millions ont également été demandés pour financer les programmes sanitaires et nutritionnels mis en place dans le pays ; une grande partie de cette somme sera versée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et à ses partenaires.
« On estime qu’environ 3,5 millions de personnes touchées par les crues sont exposées aux épidémies, en raison de leur manque d’accès à l’eau salubre et aux services d’assainissement », selon un rapport publié cette semaine par les Nations Unies.
Photo: Simon Peter Apiku/IRIN ![]() |
| Abris provisoires créés pour les victimes des crues le long l'axe routier Kassala-Port Soudan |
« Du fait des fortes pluies et des crues actuellement observées dans de nombreuses régions du pays, la situation d’urgence et ses conséquences devraient s’aggraver », ont prévenu les Nations Unies.
Les projets planifiés dans le cadre du programme santé et nutrition visent à « contrôler et prévenir les maladies en fournissant les médicaments ainsi que les fournitures et les équipements médicaux essentiels », toujours selon les Nations Unies.
L’UNICEF et ses partenaires approvisionnent 1,6 million de personnes en eau propre, et l’OMS, le ministère fédéral de la Santé et ses partenaires ont participé à la construction de 17 centres de traitement.
Les Nations Unies ont également besoin d’une somme de 3,3 millions de dollars pour l’approvisionnement en denrées non-alimentaires et l’hébergement d’urgence, une somme gérée par le Centre logistique commun des Nations Unies et ses partenaires.
Quelque 40 000 foyers touchés par les crues ont reçu de l’aide par le biais de ce programme, qui leur fournit du matériel essentiel, et notamment des bâches en plastique, des couvertures, des ustensiles de cuisine, des jerrycans et des tapis de couchage.
« La demande en DNA [denrées non-alimentaires] a toutes les chances d’augmenter considérablement au cours des prochains mois, puisque les pluies continuent d’aggraver les conditions de crues, que les régions touchées sont de plus en plus vastes et que les résultats des états des lieux parviennent lentement des zones les moins accessibles », selon les Nations Unies.
Les programmes d’approvisionnement en eau et en systèmes d’assainissement devront être financés à hauteur de 5,2 millions de dollars environ.
« On estime que 300 000 personnes, déplacées ou dont les systèmes hydrauliques ont été endommagés en raison des crues, sont en mal d’un approvisionnement en eau et de services d’assainissement », selon les Nations Unies.
Les personnes qui vivent dans des zones touchées par les crues, toujours d’après l’organisation, « sont davantage exposées au risque de contracter des maladies essentiellement du fait de leur manque d’accès à l’eau potable, de leur hygiène et de leurs systèmes d’assainissement insuffisants, de la réduction de l’accès aux soins fondamentaux de santé primaire, elle-même due à la dégradation des routes et à l’inaccessibilité ou au non-fonctionnement des centres de santé ».
Selon les estimations des Nations Unies, la somme de 2,4 millions sera nécessaire pour reconstruire le secteur de l’éducation. Au nord du Soudan, les crues ont interrompu le cursus scolaire de 44 000 élèves en détruisant les infrastructures et l’équipement.
Plusieurs responsables des Nations Unies ont exprimé leur optimisme quant à la réalisation de la plupart de ces objectifs. « Jusqu’ici, nous sommes satisfaits de la réaction générale », s’est félicité Oluseyi Bajulaiye, coordinateur résident et coordinateur humanitaire des Nations Unies par intérim.
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