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La leishmaniose refuse de lâcher prise

Ses cheveux bruns et bouclés étalés sur son oreiller, Shandana Khan dort dans la maison, composée de deux pièces exiguës, où elle vit avec sa famille, dans le quartier de Saddar, à Peshawar, la capitale de la province pakistanaise de la Frontière du Nord-Ouest (PFNO).

La fillette de cinq ans cligne un instant des yeux tandis qu’elle s’éveille et, s’asseyant, passe sa main presque inconsciemment sur la marque distincte et violacée qu’elle porte sur la main gauche. Sa jeune sœur Faiqa, qui joue sous le lit en ficelles, porte une marque semblable au front.

« C’est un terrible malheur. Si ces marques ne disparaissent pas, personne n’épousera mes filles », s’inquiète Aziza Bibi, 30 ans, mère des deux filles et d’un fils, encore nourrisson, qu’elle tient sur ses genoux.

Selon le style de vie traditionnel des Pachtounes qui détermine encore la façon dont la plupart des habitants de la PFNO vivent leur vie, le mariage revêt une importance cruciale pour l’avenir et le bien-être des filles : toute cicatrice portant atteinte à la beauté physique constitue une solide barrière à la constitution d’une union réussie.

La famille de Shandana et Faiqa n’a jamais entendu parler de la leishmaniose, une maladie de peau provoquée par les piqûres de phlébotome. Bien que cette maladie, dans sa forme la plus courante, soit tout à fait curable et ne mette pas en péril la vie des personnes atteintes, si elle n’est pas traitée, elle peut causer des lésions permanentes et s’accompagner d’une stigmatisation considérable, les personnes atteintes étant souvent marginalisées par peur de la contamination.

« Shandana ne va pas à l’école depuis deux semaines parce qu’elle dit que les autres enfants refusent de jouer avec elle », a expliqué Aziza Bibi.

La leishmaniose est endémique dans certaines régions du Pakistan, et notamment dans la PFNO, la province du Baloutchistan, dans le sud-ouest, ainsi que dans certaines régions du sud de la province du Sindh ; toutefois, étant donné l’analphabétisme et l’insuffisance du réseau sanitaire, les populations ne sont presque pas au courant de son existence, de ses causes ni des manières de la prévenir.

« Bien que la leishmaniose sévisse dans la région depuis de nombreuses années, bon nombre de victimes ne savent pas du tout qu’elle peut être traitée. Etant donné qu’elle est étroitement liée à des conditions de vie insalubres et à la pauvreté, l’éradiquer nécessiterait une réforme d’assez grande envergure », a estimé Faisal Said, un dermatologue qui travaille dans un centre de santé caritatif de Peshawar.

Le phlébotome

Le phlébotome est un petit parasite qui vit dans les coins et recoins de la maison. Grâce à sa taille minuscule, cet insecte peut se faufiler entre les mailles de la plupart des moustiquaires, rendant inefficace cette mesure de protection couramment utilisée contre les piqûres de moustiques.

Les parties exposées du corps, et notamment le visage, les bras et les mains sont les zones de piqûre les plus fréquentes.

La maladie véhiculée par le phlébotome se transmet lorsqu’une personne infectée est piquée par le parasite, et que celui-ci pique ensuite une personne saine. Généralement, la piqûre fait apparaître un petit bouton, qui se développe pour former, à terme, une lésion disgracieuse.

La plupart du temps, les lésions guérissent d’elles-mêmes en quelques mois, mais si elles ne sont pas traitées, elles peuvent laisser des cicatrices. Plus rarement, la maladie peut toucher des organes internes et s’avérer mortelle.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au moins 1,5 million de personnes, dont la majorité vit dans des pays en voie de développement, ont été touchées par cette maladie.

La première expérience du Pakistan avec la leishmaniose a eu lieu à la fin des années 1990, époque à laquelle la maladie s’est propagée principalement dans la PFNO. La maladie se serait d’abord établie dans des camps de réfugiés afghans, après avoir passé la frontière.

Depuis lors, la maladie s’est propagée rapidement, touchant des milliers de personnes au fil des années. Il est difficile de donner une estimation précise du nombre de personnes touchées ; en effet, de nombreux cas ne seraient pas déclarés.

En 2002, l’OMS a déclaré qu’au moins 700 cas avaient été signalés dans la seule PFNO, la plupart chez des enfants âgés de moins de 15 ans.

Des mesures prises pour endiguer la maladie

Des réserves de glucantime, une solution injectable utilisée pour traiter la maladie, ont été acheminées sur place par voie aérienne et des opérations de vaporisation aérienne ont été mises en place – mais elles se sont avérées insuffisantes pour endiguer la maladie.

En 2005, des épidémies de leishmaniose à grande échelle ont été signalées dans les provinces pakistanaises du Sindh et du Baloutchistan, et 1 200 cas ont été déclarés dans la seule province du Sindh. Des épidémies se sont également déclarées dans de nombreuses régions de la province du Baloutchistan.

Selon Hadi Bux Jatoi, le directeur général des services de santé du Sindh, la maladie serait aujourd’hui « mieux maîtrisée qu’auparavant », bien que des cas soient encore signalés dans la province. M. Jatoi a expliqué que la situation faisait toujours l’objet d’un « suivi ».

Dans la PFNO, au mois de mars de cette année, selon plusieurs rapports de presse, des milliers de nouveaux cas de leishmaniose ont été déclarés, et au moins 3 000 patients ont été traités par l’OMS ou d’autres organisations sanitaires.

Selon plusieurs sources au département de la Santé, le fait que les hôpitaux publics n’aient pas été dotés de médicaments contre la leishmaniose constitue une difficulté de plus.

Toutefois, selon un porte-parole du département de la Santé de la PFNO, « les premiers problèmes ont été surmontés ».

Pour celui-ci, il existe un lien entre la propagation de la maladie et une épidémie qui sévit à l’heure actuelle en Afghanistan et, de là, s’est propagée dans certaines régions voisines, au Pakistan.

En dépit d’une intensification des mesures de prévention prises depuis 2000 par le gouvernement pakistanais, qui a notamment tenté d’éliminer les phlébotomes par vaporisation et en encourageant l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide, des épidémies de leishmaniose continuent de sévir aux quatre coins du pays.

Ceux qui se trouvent dans la même situation qu’Aziza Bibi soutiennent qu’il ne leur est « pas facile » de faire appel aux médecins, ni de payer les quelque 30 dollars que coûte un traitement. Au vu de la pauvreté et de l’analphabétisme qui prévalent dans le pays, la maladie n’a donc pas encore desserré son étreinte sur les populations du Pakistan.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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