Dans les villes et villages du sud-ouest de la Côte d’Ivoire, les corvées d’eau quotidiennes ne sont plus exclusivement réservées aux femmes et aux enfants, une conséquence de la pénurie d’eau qui frappe la région.
Depuis que la sécheresse de décembre dernier a tari les puits de cette région, des hommes de tous âges, munis de seaux, parcourent également la brousse pour aller chercher de l’eau dans les sources d’eau les plus proches.
« Il y a longtemps que nous n’avons pas connu pareille sécheresse », a affirmé Lucie Ziadé, une ménagère de Pinhou, un gros village situé sur l’axe Duekoué-Guiglo, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.
Depuis décembre, il ne pleut plus dans la région de Duekoué, une localité située à quelque 400 kilomètre d’Abidjan, la capitale économique du pays. Le sud-ouest fournit une bonne partie de la production de riz, d’ignames et de manioc, mais aussi celle de cacao, de café et de latex, les principales cultures de rente du pays.
Les premières pluies auraient dû commencer à tomber en février, mais la période sèche persiste. La production agricole est en baisse et près de la moitié des foyers souffrent de pénurie d’eau.
Les habitants sont contraints de marcher pendant des heures pour aller chercher de l’eau dans les rivières et les puits les plus proches.
Un problème circonscrit à la région ouest
Le problème de pénurie d’eau dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire a été exacerbé par la précarité des infrastructures qui ne cessent de se dégrader depuis la fin de la courte guerre civile qui a éclaté en Côte d’Ivoire en 2002 et divisé le pays entre le nord, occupé par la rébellion et le sud aux mains des loyalistes.
Les habitants de la région se demandent si le nouvel accord de paix signé le mois dernier à Ouagadougou, la capitale burkinabè, donnera de meilleurs résultats que ceux conclus au cours des années précédentes et qui ont tous échoués. En effet, le nouvel accord ne fait nullement référence aux différentes crises humanitaires que traverse le pays.
Les problèmes de pénurie d’eau dans le sud-ouest sont si graves que la SODECI (Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire) fournit l’eau en alternance dans les quartiers de Duekoué et Guiglo et n’envoie qu’occasionnellement des camions citernes dans les villages alentours pour ravitailler la population.
« Nous n’avons pas assez de forages », a affirmé un agent de la SODECI, sous le couvert de l’anonymat. « A Guiglo et ses environs, nous avons une demande de près de 600 m3 d’eau par jour, alors que notre débit de la nappe phréatique se situe à 300 m3 d’eau par jour. Nous ne pouvons pas satisfaire tout le monde », a-t-il ajouté.
Selon lui, le problème de pénurie d’eau pourrait s’aggraver dans les prochains mois.
« Il faut attendre la saison des pluies pour espérer résoudre le problème. Mais avec la persistance de cette période sèche, je crains fort que nous ne courions droit à un assèchement de tous les robinets et autres puits », a-t-il prévenu.
Pénurie d’eau dans les écoles
La pénurie d’eau accroît également les risques de maladie, en particulier chez les enfants. Dans la quasi totalité des 20 écoles de Duekoué et des environs, les enfants n’ont pas accès à l’eau potable.
« Il leur faut bien boire quelque chose dans la journée et pour cela ils vont chercher l’eau partout », même dans les sources où l’eau est impropre à la consommation, a expliqué un enseignant de Duekoué.
A l’école, les enfants n’ont même pas d’eau pour se laver les mains, a dit à IRIN Pascal Niando, le trésorier général adjoint d’une des écoles.
« Lorsqu’ils vont aux toilettes, les enfants ne se lavent pas les mains et retournent en classe », a déploré M. Niando. « Il y a des moments où nous avons été confrontés à des cas de diarrhée et des risques d’épidémie de choléra ».
Une production agricole menacée
Les paysans locaux craignent d’être confrontés à une pénurie alimentaire cette année. Et comme preuve d’une prochaine période de soudure, ils montrent le jaunissement des arbres et des herbes de la brousse.
Depuis 2001, une sécheresse frappe la région tous les deux ans, selon les Nations Unies. Les récoltes de céréales ont baissé de 27 pour cent en 2003 par rapport à l’année précédente.
« Avant, les premières pluies tombaient en février et cela nous donnait de l’espoir », a affirmé Lionel Kpaïdé, un paysan de Guiglo. « Cela fait deux mois [cette année] que je ne me rends plus dans mon champ de manioc. Je sais que je n’aurai rien à manger ».
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