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Un scrutin-test pour la démocratie nigériane

Les prochaines élections nigérianes prévues en avril 2007 pourraient être un véritable test pour la démocratie du Nigeria. En effet, pour la première fois de son histoire, le pays verra un président sortant transmettre les rênes du pouvoir à un nouveau président élu.

Cependant, compte tenu des dissensions au sein du parti au pouvoir, le People’s Democratic Party (PDP), et des tensions qui opposent le président Olusegun Obasanjo au vice-président Atiku Abubakar, certains craignent que les élections ne se soldent par un échec spectaculaire. Pour le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique et premier exportateur de pétrole du continent, une telle défaite pourrait déclencher une vague de secousses politiques dans une grande partie de l’Afrique et avoir des répercussions sur les cours mondiaux du pétrole.

« Tous les Nigérians ont pu se rendre compte que le gouvernement allait à la dérive », a déclaré Clement Nwankwo, un défenseur des droits de l’homme et fondateur du Constitutional Rights Project. « Les Nigérians n’ont pas confiance dans le processus électoral, je crains que nous n’allions droit dans le mur ».

Olusegun Obasanjo et Atiku Abubakar se livrent une guerre politique sans merci, le gouvernement fait preuve de moins d’engagement auprès des citoyens et les Nigérians doutent des capacités de la commission électorale à organiser correctement des élections, a souligné M. Nwankwo.

Six ans auparavant, la situation était bien différente. En effet, le gouvernement de transition, qui avait été mis en place après la mort soudaine du général Sani Abacha, avait organisé des élections démocratiques et mis ainsi fin à des décennies de régime militaire.

Autrefois, les généraux au pouvoir pensaient que seul un régime militaire pouvait maintenir la cohésion de la population nombreuse et diverse du Nigeria et empêcher l’éclatement de la fédération.

Aujourd’hui, les hommes politiques doivent lutter contre les divisions.

Des dissensions politiques

En septembre dernier, des machinations politiques au sien du PDP ont entraîné la suspension pour une période de trois mois d’Atiku Abubakar, accusé officiellement de corruption. Et comme le parti doit désigner son candidat aux élections présidentielles avant la fin de la suspension de M. Abubakar, le vice-président du Nigeria ne peut plus prétendre à briguer un mandat sous la bannière du PDP. Toutefois, il peut créer son propre parti et concourir pour la présidence de son pays.

Les Nigérians ont pendant longtemps soupçonné des tensions entre le président Obasanjo et le vice-président Abubakar. Il y a un peu plus d’un an, ces différends se sont révélés au grand jour, lorsque M. Obasanjo a accusé M. Abubakar de forfaiture et que ce dernier a reproché au chef d’Etat nigérian de vouloir instaurer une présidence à vie pour se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Mais les événements ont pris une autre tournure lorsque, début septembre, Olusegun Obasanjo a présenté deux rapports à l’Assemblée nationale accusant M. Abubakar de corruption.

Selon le bureau de M. Obasanjo, le ministère américain de la Justice avait ouvert une enquête sur le vice-président nigérian suite à l’implication de ce dernier dans une affaire de corruption à laquelle était mêlé le parlementaire William Jefferson. En début d’année, les enquêteurs américains ont perquisitionné le domicile de M. Abubakar à Washington.

Atiku Abubakar a nié ces allégations et a accusé à son tour Olusegun Obasanjo. Ainsi, le bureau du vice-président aurait divulgué des chèques et des documents faisant état d’un présumé détournement de trois milliards de nairas (soit 23 millions de dollars américains) qui auraient été versés à des agents et des proches du président.

D’après Atiku Abubakar, s’il est aujourd’hui accusé de corruption, c’est parce qu’il s’est opposé à un amendement constitutionnel qui aurait permis à Olusegun Obasanjo de briguer un troisième mandat consécutif. Cet amendement a été finalement rejeté en mai dernier par le parlement.

Cependant, selon la constitution de 1999, M. Obasanjo peut rester à la tête du pouvoir si l’élection de son successeur est entachée d’irrégularités.

« Les détenteurs du pouvoir législatif et exécutif tenteront de nouveau de proroger leur mandat de deux ans sous prétexte d’apaiser les tensions et d’éviter que le Nigeria ne sombre dans une impasse politique », a déclaré jeudi un groupe de sénateurs qui a voté contre la prorogation du mandat de M. Obasanjo.

Toujours selon le groupe de sénateurs, mené par Uche Chukwumerije, le parti au pouvoir pourrait tenter d’affaiblir l’opposition pour installer un gouvernement de substitution dirigé par Olusegun Obasanjo.

Escalade de la violence

Atiku Abubakar a joué un rôle déterminant auprès de l’électorat du nord du Nigeria, majoritairement musulman, pour permettre à Olusegun Obasanjo, un chrétien du sud, d’accéder à la présidence.

Les Nordistes ont généralement assumé le pouvoir au Nigeria, alors que la plupart des ressources du pays se trouvent dans le sud. Aussi, pour contraindre le gouvernement à impliquer davantage la région dans la gestion des ressources du pays, des militants de mouvements séparatistes de la région pétrolifère du Delta du Niger ont kidnappé des travailleurs expatriés et se sont attaqués ces dernières mois aux installations des compagnies pétrolières.

En règle générale, les cas d’agression politique se multiplient lorsque des groupes rivaux tentent d’imposer leur volonté à des opposants récalcitrants. Ainsi, comme lors des élections de 2003, trois importants prétendants au poste de gouverneur ont été tués au cours de deux derniers mois. De même, les rassemblements politiques sont souvent le théâtre de violents incidents.

Selon Maurice Iwu, responsable de la Commission électorale indépendante du Nigeria, son organisme est en mesure d’organiser des élections démocratiques. Il a toutefois reconnu que le climat de violence et de corruption qui règne souvent dans le monde politique nigérian pouvait compromettre le bon déroulement du scrutin.

« Je suis convaincu que si les règles du jeu et le climat politique ne changent pas, les élections ne parviendront pas à combler les aspirations de la population », a déclaré Maurice Iwu.

Malgré ses inquiétudes sur le scrutin, M. Obasanjo a assuré, cette semaine, aux Nigérians qu’il entendait mener à bien les élections.

« Pour la première fois depuis son indépendance en 1960, le Nigeria assistera au transfert démocratique du pouvoir d’un gouvernement à un autre, d’une personnalité à une autre », a-t-il déclaré à des diplomates occidentaux.

Cinq ans après l’indépendance, les élections s’étaient soldées par un échec et le Nigeria avait connu son premier coup d’Etat militaire. Le pays avait alors sombré dans la guerre civile, qui avait causé la mort de plus d’un million de personnes.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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