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Extrait du journal intime d'un jeune Libérien à Beyrouth

Une cinquantaine de ressortissants libériens vivant à Beyrouth subissent également les bombardements de l’armée israélienne et se trouvent coincés dans la ville sans espoir d’être évacués.

Il y a douze ans, beaucoup d’entre eux avaient trouvé refuge au Liban avec leurs conjoints libanais, fuyant la guerre civile du Libéria. Chaque jour, ils voient partir des milliers d’étrangers évacués par leurs ambassades avec le sentiment d’être abandonnés, puisque le Liberia n’a pas d’ambassade au Liban.

Le récit qui suit est basé sur le journal intime de Saide Chaar, un jeune Libérien de 25 ans qui se retrouve coincé avec 22 autres Libériens et Libano-Libériens dans une pièce d’un petit appartement de la banlieue de Jnah, au sud-ouest de Beyrouth.

IRIN a eu une conversation téléphonique avec Chaar et retranscrit quelques événements consignés dans son journal intime.

MARDI, 25 juillet – Encore une autre journée, avec son lot de frustrations. Nous sommes quatre familles de déplacés, coincées dans une petite pièce. Nous n’avons plus assez d’argent et de nourriture. Pour tout petit déjeuner ce matin, nous avons eu du pain sec et de l’eau. Ce que nous achetions auparavant à un dollar, coûte désormais cinq dollars. Tout le monde pleure.

Et le pain de ce matin…nous n’avons même pas pu le manger tellement nous avions peur. La petite fille d’un an qui se trouve avec nous a aussi très peur et ne cesse de pleurer. Les femmes, ma mère et mes sœurs pleurent, même ma grand-mère. Elles ont peur et ne savent plus quoi faire.

Je vois une épaisse colonne de fumée s’élever vers le ciel ; des voitures roulant à toute vitesse et transportant des soldats… Nous sommes assis toute la journée et nous prions. On ne sait pas où la prochaine bombe tombera.

D’autres ressortissants libériens sont aussi coincés dans le pays. Ils nous appellent pour nous demander de les rejoindre. Ils n’ont même pas de quoi manger. Pas d’eau à boire non plus, parce qu’ils ne peuvent pas sortir.

Ce matin, s’ils [les belligérants] conviennent d’un cessez-le-feu, je prendrai la voiture pour tenter d’aller les chercher et les ramener dans notre petit appartement. Au moins nous serons tous ensemble.
Avant hier, la détonation d’une bombe a causé la mort d’une Ghanéenne, victime d'un arrêt cardiaque. Tous les pays font des efforts pour évacuer leurs ressortissants. Les Ghanéens quitteront demain. Mais nous n’avons aucune chance [de partir avec eux] parce qu’ils sont déjà prêts.

Nous nous sommes rendus à plusieurs reprises aux bureaux des Nations unies, mais à chaque fois nous tombons sur des militaires ou des policiers libanais qui ne nous laissent pas entrer. Nous leur expliquons que nous sommes du Liberia, que nous avons fui la guerre civile là-bas pour vivre au Liban.

Notre gouvernement n’est pas en mesure de nous envoyer de l’aide. Nous venons d’élire un nouveau Président et notre gouvernement ne peut pas nous venir en aide actuellement. Nous sollicitons l’aide de tout le monde. Nous sommes coincés ici.

Nous avons appelé notre ministère des Affaires étrangères pour être évacués du Liban. Ils nous ont répondu qu’ils vont voir ce qu’ils peuvent faire.

Donc nous continuons à rechercher de l’aide et si nous parvenons à quitter ce pays, nous serons très reconnaissants envers Dieu et tous ceux qui auront contribué à notre départ.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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