Le processus d’identification est une phase importante du plan de paix élaboré par les Nations unies pour mettre fin au conflit en Côte d’Ivoire et réunifier un pays où quelque 750 000 personnes ont été déplacées et près de 3 millions de personnes sont prises en charge par des agences humanitaires.
Officiellement, les phases nationales des audiences foraines auraient dû démarrer le 13 juillet à Abidjan, capitale économique du pays. Mais le Front populaire ivoirien (FPI) de M. Gbagbo, le parti au pouvoir, a dénoncé les conditions de lancement de ces audiences et vendredi, pour la deuxième journée consécutive, aucune opération d’identification n’avait démarré en l’absence de représentants de l’Etat et de requérants.
Le Premier ministre de la transition Charles Konan Banny a annoncé la reprise des audiences foraines pour le 15 juillet sur l’ensemble du territoire et a du même coup invité les chefs de partis du pays à veiller au bon déroulement des opérations.
Le FPI accuse Mamadou Koné, ministre de la Justice, d’avoir lancé les audiences foraines pour satisfaire aux exigences des rebelles qui contrôlent la moitié nord du pays. Mais selon lui, tout a été mis en œuvre pour que les équipes de magistrats et les formulaires administratifs soient disponibles pour démarrer les opérations. Il convient de noter que le gouvernement de transition de Banny compte plusieurs ministres issus de la rébellion des Forces nouvelles.
« Nous sommes opposés aux audiences foraines telles que conduites par le ministre de la Justice », a déclaré jeudi Pascal Affi N’Guessan, chef de file du FPI. « Nous nous y opposerons par tous les moyens ».
Sur les 17 millions de personnes vivant en Côte d’Ivoire, une personne sur cinq – soit 3,5 millions de personnes – ne possède pas de papier d’identité parce qu’à sa naissance elle n’a pas été déclarée à l’Etat civil. Et il s’agit généralement de personnes originaires de pays voisins de la Côte d’Ivoire, d’où ce sentiment de xénophobie qui s’est développé ces dix dernières années.
Selon certains observateurs, il se pourrait que beaucoup de personnes refusent de se présenter aux audiences foraines de peur d’être prises pour cibles par les militants du FPI, puisque des étrangers se sont déjà faits agresser à Abidjan.
« Depuis ce matin, nous attendons que soit donné le signal pour commencer. Mais apparemment personne ne s’intéresse », confie un agent recenseur dans la commune de Yopougon.
Selon les nouvelles dispositions de la loi, toute personne âgée de treize ans ou plus peut prétendre à la nationalité ivoirienne, si elle prouve qu’un de ses parents est né sur le territoire ivoirien. Des voisins peuvent alors se présenter pour attester de l’identité de la personne. Les audiences foraines ont démarré lundi dans certaines régions du pays et s’étaleront sur deux mois.
« Lorsque je suis né, mon père ne m’a pas reconnu, et ma mère qui devait me déclarer à l’Etat civil, n’a jamais été à l’école. Je ne me rendais pas compte de l’importance que cela avait », explique Mory Kouyate, un jeune cordonnier de vingt ans. « J’espère avoir ma fiche d’Etat civil ».
Le processus d’identification est une étape importante dans l’organisation des élections prévues théoriquement en octobre prochain, mais qui pourraient être reportées à une date ultérieure. L’identification permettra d’établir les listes électorales avant la tenue du scrutin présidentiel et l’inscription de nouveaux électeurs pourrait déterminer l’issue des élections.
« Les gens se plaignent de ne pas bénéficier du même traitement, en particulier à Abidjan, car dans les villages les gens se connaissent, ce qui n’est pas le cas à Abidjan », selon Koné.
« Je pense que ce n’est pas la bonne manière d’aborder le problème. Il y a des chefs de quartiers, des chefs de famille, enfin… des chefs dans bien des domaines et d’une manière ou d’une autre les gens se connaissent et peuvent témoigner », a-t-il ajouté.
L’identité nationale est un sujet sensible en Côte d’Ivoire, un pays où des millions de ressortissants de pays d’Afrique de l’Ouest se sont établis pour travailler dans les plantations de café et de cacao.
Mais dans les années 1990, la chute des cours mondiaux de ces produits et d’autres facteurs conjoncturels ont provoqué un ralentissement de l’économie ivoirienne et suscité un sentiment d’animosité envers les étrangers.
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