Rejoice avait 10 ans quand elle a été vendue et emmenée dans un village pêcheur du lac Volta, dans la région centre du Ghana. Ses parents avaient besoin d’argent et ils ont cru que Victoria, l’acheteuse, prendrait soin de leur fille.
Pendant les sept années qui ont suivi, Rejoice a lavé, récuré, cuisiné et nettoyé avec deux autres jeunes filles également achetées par Victoria. Très vite, elles ont compris les règles de la maison : travailler ou se faire battre.
Elles démarraient leur journée à l’aube par les corvées ménagères pour ensuite préparer les poissons fraîchement pêchés du lac qui devaient être vendus au marché. Elles n’avaient aucun repos avant midi, où elles avaient alors leur premier repas de la journée. Puis, elles se remettaient au travail pendant encore cinq heures d’affilée.
« Victoria nous avait demandé de nous cacher lorsque quelqu’un venait », confie Rejoice qui est maintenant une jeune femme de 17 ans. « Elle nous disait que si nous nous entendions pour fuguer, elle le découvrait et nous serions battues ».
Les jeunes filles n’étaient pas autorisées à sortir seules de la maison et elles allaient chez le médecin uniquement quand elles étaient gravement malades. Les parents de Rejoice ne sont jamais venus la voir.
Aujourd’hui, Rejoice a retrouvé l’optimisme de la jeunesse et elle a retrouvé ses parents. Elle est l’une des 69 enfants qui ont été placés dans un centre d’accueil du gouvernement situé à la périphérie d’Accra, la capitale.
Utilisé autrefois comme centre de formation pour enseignant, ce centre d’accueil a rouvert en octobre dernier avec pour mission de venir en aide aux victimes du trafic des enfants.
Le trafic d’êtres humain est un problème mondial. Selon le gouvernement américain, entre 600 000 et 800 000 personnes seraient victimes de trafic transfrontalier. Beaucoup d’autres, comme Rejoice, sont victimes de trafic interne.
Le centre d’accueil d’Accra sert de maison de transition à plus de 50 enfants âgés entre 5 et 17 ans. C’est un lieu de « réhabilitation » avant le retour dans leurs familles biologiques. La réhabilitation dure plusieurs mois et comprend des traitements médicaux, un service conseil, une éducation de base et des principes de vie, telle l’hygiène personnelle.
« Nous aidons les enfants à surmonter leurs traumatismes et à pardonner », explique Sharon Abbey, directrice du centre d’accueil. « Nous voulons également les préparer à l’école, en les soumettant à des travaux scolaires, et à revoir leurs parents. »
La plupart des enfants nous arrive avec des problèmes de santé, des manifestations physiques de négligence, tels que des irruptions cutanées, la bilharzie ou les poux, qui sont traités dans les dispensaires locaux. Très peu d’enfants ont eu accès à une éducation de base et plusieurs d’entre eux ont des problèmes de comportement.
« Plusieurs enfants arrivent turbulents et violents, marqués par l’environnement dans lequel ils ont grandi, » explique Dorris Yiboe, coordonnatrice de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mme Yiboe a recueilli et placé plusieurs d’enfants au centre. « Quand ils arrivent, ils n’arrêtent pas de parler, ils n’ont aucune manière et ne se respectent pas ».
Mais après un mois ou deux au centre, les enfants sont transformés. Ils sont en meilleure santé, ils ont davantage de bonnes manières, ils écoutent les consignes et abordent leurs différends sans recourir à la violence.
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| La pauvreté rend les enfants plus vulnérables au trafic des enfants |
Lorsque les enfants sont prêts, ils retournent auprès de leurs parents. On leur fournit des uniformes scolaires et ils sont inscrits dans une école. Les fonctionnaires du district, avec l’aide de la police, veillent à ce que les familles ne récidivent pas en vendant leurs enfants.
PROBLEME SERIEUX, REPONSE SERIEUSE
La plupart des organisations de défense des droits de l’enfant pensent que plusieurs milliers jeunes ghanéens sont victimes du trafic d’enfants, même s’il n’existe pas pour l’instant de statistiques fiables. La plupart des enfants victimes du trafic interne travaillent comme domestiques, dans l’industrie de la pêche, de l’exploitation minière ou dans les secteurs de l’agriculture.
Le trafic des enfants se fait pour des motivations commerciales, explique Lookie Amuzu, coordonnatrice de l’Afrique de l’Ouest pour l’ONG Free the Slaves. Les enfants sont exploités par des hommes et des femmes qui ont généralement payé à peine 60 dollars américains aux parents pour s’acheter les services des enfants.
Les parents se laissent généralement persuader par la promesse d’un meilleur avenir pour leurs enfants, l’idée qu’ils seront bien traités et qu’ils pourront garder contact avec eux.
Souvent, on leur promet qu’après une certaine période, les enfants reviendront avec une somme d’argent importante, ce qui n’arrive que très rarement.
Les acheteurs brossent habituellement un tableau idyllique de la réalité, affirme Amuzu. Il y a des déceptions et les attentes des parents ne se réalisent généralement pas. Aucun parent conscient des réalités n’accepterait volontairement d’envoyer son enfant effectuer un tel travail. La plupart d’entre eux ne connaissent même pas les conditions dans lesquelles vivent leurs enfants.
Même si la pauvreté et la demande d’une main-d’oeuvre bon marché sont à la source du trafic d’enfants, la pratique culturelle ghanéenne de l’adoption, qui consiste à envoyer ses enfants chez des membres de la famille éloignée plus fortunée, a permis de créer un environnement favorable au développement de ce trafic.
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| Plusieurs enfants du centre vont en classe pour la première fois après avoir échappés aux trafiquants |
Le trafic d’enfants est comme une affaire, un commerce ou une profession. Les gens y acquièrent des compétences et veulent continuer à le pratiquer, affirme Jack Dawson, directeur de l’Association of People for Practical Life Skills (APPLE) qui a secouru de nombreux enfants ghanéens.
Mais une résistance à ce trafic s’organise au Ghana. En août 2005, un projet de loi sur le trafic des êtres humain a été adopté. La loi vise à arrêter et à sanctionner les trafiquants d’enfant, et prévoit des financements pour la réhabilitation et la réinsertion des victimes.
De plus en plus, les services sociaux, la société civile, les ministères et les services de répression compétents coordonnent et intensifient leurs actions pour venir à bout de ce trafic. Le nouveau centre est un exemple de cette collaboration.
Même si ces actions relèvent de la compétence du service social, ce sont généralement des groupes comme APPLE et OIM qui identifient les parents, viennent au secours des enfants et les orientent ensuite vers le centre d’accueil.
Ces groupes donnent également aux parents les moyens de mener des activités génératrices de revenus, ce qui les rend moins vulnérables face aux trafiqueurs et leur évitent de récidiver. APPLE offre des formations aux parents dans le domaine de la fabrication de savon, de la teinture et des batiks ou les aide à créer de petites entreprises.
Pour sa part, l’OIM apprend aux parents l’épargne, la planification et des techniques commerciales de base. OIM et le Département du bien-être social ont également des projets de micro-crédit.
Mais les organisations de défense des droits de l’enfant affirment que sans une meilleure éducation et une structure répressive efficace, le trafic des enfants continuera au Ghana.
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