Le 23 mai, les forces de sécurité congolaises ont appréhendé à Kinshasa, la capitale, 32 ressortissants étrangers - trois Américains, 10 Nigérians et 19 Sud africains - tous accusés de complot visant à déstabiliser les institutions du pays. Dix opposants, candidats à l’élection présidentielle, ont également été arrêtés pour les mêmes raisons.
Les ressortissants sud africains étaient des collaborateurs du groupe international Omega, une société sous contrat avec le gouvernement de RDC pour former le personnel chargé de la sécurité du port. Selon Henri-Mova Sakanyi, porte-parole du gouvernement congolais, les agents de sécurité qui ont appréhendé les « mercenaires » ont également trouvé dans leurs appartements des documents compromettants.
« 32 personnes prétendant travailler pour une agence de sécurité ont été arrêtées », a déclaré M. Sakanyi à Kinshasa. « Il disent travailler pour une agence de sécurité, mais les informations dont nous disposons nous font penser qu’ils avaient d’autres objectifs. Ils voulaient déstabiliser les institutions du pays, c’est-à-dire fomenter un coup d’état ».
M. Sakanyi a également indiqué que les personnes appréhendées ont avoué qu’elles s’apprêtaient à commettre un coup d’état avec l’appui de certains opposants congolais dont ils n’ont pas révélé les noms. Henri Boshoff, analyste à l’ISS, a affirmé jeudi qu’il n’y avait aucune menace réelle de coup d’état ou de déstabilisation des institutions en RDC. Ces arrestations pourraient donc être liées à des problèmes de politiques internes.
En outre, précise M. Boshoff, le fait que les ressortissants sud africains aient été arrêtés dans la société de trois Américains recrutés pour assurer la protection de l’opposant Oscar Kashala, un des 33 candidats à la présidentielle, laisse penser que les deux sociétés pour lesquelles ces hommes travaillaient agissaient en parfaite légalité.
« On est en droit de penser que l’arrestation des prétendus mercenaires est liée à leurs relations avec un candidat de l’opposition », a expliqué M. Boshoff.
Cette arrestation pourrait aussi être en rapport avec la récente déclaration du ministre congolais de la défense qui affirmait que les candidats de l’opposition ne devraient pas avoir plus de 25 gardes du corps, un nombre bien insignifiant comparé aux quelque 10 000 hommes chargés de la protection du Président Joseph Kabila.
« La communauté internationale, notamment les missions diplomatiques et des Nations unies ne croient pas en la version des autorités congolaises et attribuent plutôt cette arrestation aux rivalités politiques », a indiqué M. Boshoff.
La déposition d’Alex De Witt, directeur général de la société Omega, devant la Commission de la défense du Parlement sud africain a été « utile et déterminant », a déclaré l’ISS, à un moment où la Commission examine le projet de loi anti-mercenaire. Depuis, la société Omega a exprimé ses vifs regrets expliquant que l’arrestation des ses collaborateurs est dû à un malentendu.
Il aurait été insensé de fomenter un coup d’état pendant que près de 16 500 casques bleus de l’ONU sont déployés dans le pays, a commenté M. Boshoff.
L’analyse de l’ISS a été publiée à un moment où Etienne Tshisekedi, leader de l'Union pour la Démocratie et le progrès social (UDPS), un des principaux partis de l’opposition, a affirmé que le prétendu coup d’état est un complot ourdi par les autorités pour détourner l’attention de l’opinion publique des élections et l’échec du gouvernement de transition.
Rapportant les propos d’un officier de renseignements congolais, des journaux ont indiqué que les allégations de coup d’état sont sans fondement et que les récentes arrestations pourraient être liées à des problèmes de politique interne.
Toutefois, le Président sud africain Thabo Mbeki a demandé que la loi congolaise soit appliquée dans toute sa rigueur contre les ressortissants sud africains arrêtés, si les soupçons qui pèsent sur eux sont confirmés.
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