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Un Néerlandais jugé aux Pays-Bas pour des crimes de guerre commis en Afrique de l'ouest

Pour certains Libériens, c’est un criminel de guerre ; pour d’autres, cet homme essayait tout simplement gagner sa vie. Mais une chose est certaine : Guus Kouwenhoven entretenait d’excellentes relations avec l'ex-président Charles Taylor jusqu’à la chute de ce dernier en 2003.

Guus Kouwenhoven, dont le procès a démarré le 24 avril devant le tribunal international de La Haye, aux Pays-Bas, est accusé de crimes de guerre et de violation de l’embargo décrété par l’Organisation des Nations unies sur les ventes d’armes au Liberia. Il pourrait être condamné à 20 ans d’emprisonnement, si la Cour suit les réquisitions du procureur.

Agé de 63 ans, ce ressortissant néerlandais et négociant en bois que les Libériens appellent encore « Mister Gus », pourrait être la seule personne à comparaître devant une juridiction pour son rôle durant la guerre civile libérienne.

En effet, l’accord de paix qui a mis fin aux 14 années de conflit, n’a pas prévu la création d’un tribunal spécial pour le Libéria.

Pendant la première semaine du procès, Cindor Reeves, l’ex-beau-frère de Charles Taylor, a déposé devant la Cour et confirmé que Guus Kouwenhoven était impliqué dans des trafics d’armes et dans la mise en place d’un plan pour repousser les attaques des rebelles contre les milices assiégées de Charles Taylor.

Cindor Reeves a également indiqué qu’il avait servi d’intermédiaire pour le transfert des armes du siège de la compagnie forestière de Guus Kouwenhoven vers la résidence luxueuse de Charles Taylor située à Monrovia, la capitale libérienne. Mais toutes ces allégations ont été rejetées par l’accusé qui a affirmé ne pas connaître Cindor Reeves.

Bien que ce procès ne soit pas suffisamment couvert par la presse néerlandaise ou libérienne, il a a une résonance particulière. En effet, c’est la première fois qu’une juridiction occidentale poursuit un ressortissant européen pour violation d’un embargo décrété par les Nations unies.

Après une enquête sur le présumé trafic d’armes auquel il se serait livré au Liberia entre 1999 et 2003, Guus Kouwenhoven a été appréhendé en 2005 par la police néerlandaise dans une gare des Pays-Bas.

Selon David Crane, procureur du Tribunal Spécial des Nations unies pour la Sierra Leone (TSSL), cette arrestation est un « coup important porté aux profiteurs occidentaux qui s’enrichissent sur le dos des Africains ».

Pour certaines organisations de défense de l’environnement telles que Green Advocate et l’ONG britannique, Global Witness, cette affaire pourrait constituer « un fait sans précédent » pour la justice internationale, puisque c’est grâce à l’action de ces deux ONG que le trafic d’armes de Guus Kouwenhoven a été mis au jour.

« Le temps où des chefs d’entreprise peu scrupuleux pouvaient, au nom du profit, exploiter en toute impunité et de manière éhontée des populations innocentes et pauvres, est désormais révolu », a souligné Alfred Brownell, avocat chez Green Advocates.

La deuxième semaine du procès a mis en lumière le rôle contestable que des hommes d’affaires véreux jouent dans les zones de conflit. Elle a également permis de souligner la nouvelle volonté de certains Etats occidentaux de sanctionner les individus qui violent les embargos.

« Le gouvernement néerlandais veut signifier à la communauté internationale que les Pays-Bas ne sont pas un havre de paix pour les criminels de guerre ou les tortionnaires », a déclaré Desiree Leppens, porte-parole du parquet.

En 2003, les Pays-Bas ont commencé à poursuivre les criminels de guerre internationaux après la création de la Cour pénale internationale à la Haye. Deux Afghans installés aux Pays-Bas y ont été jugés et condamnés pour crimes de guerre, ainsi qu’un Néerlandais accusé d’avoir livré des produits chimiques à l'ancien chef de l'Etat irakien, Saddam Hussein.

Guus Kouwenhoven est né en septembre 1942 et a grandi dans la ville portuaire de Rotterdam avant de s’installer à Monrovia, la capitale libérienne, pour se lancer dans l’importation de voitures de luxe. En outre, il y a réhabilité un hôtel casino cinq étoiles, situé à la périphérie de la ville, lieu de rencontre favori des barons de l’ancien régime du feu président Samuel Doe.

Mais Guus Kouwenhoven s’est rallié à Charles Taylor dès que ce dernier a commencé à dominer la scène politique, en tant que chef d’un mouvement insurrectionnel, puis en tant que Président, après sa victoire aux élections présidentielles de 1997.

« Pour faire des affaires en Afrique, vous devez impérativement entretenir de bonnes relations avec le pouvoir », avait déclaré Guus Kouwenhoven, dans un entretien accordé à un hebdomadaire néerlandais il y a deux ans.

Pendant la guerre du Liberia, Charles Taylor s’est rendu tristement célèbre en recrutant des enfants soldats drogués qui ont commis de nombreuses exactions contre la population civile. Ce conflit a fait au moins 200 000 morts et des milliers d’autres victimes.

Guus Kouwenhoven a nié toutes les accusations portées contre lui, arguant qu’il ne savait pas ce qui se passait au Liberia. Mais pour la plupart des Libériens, ce n’était pas possible.
« Il fallait vraiment faire l’autruche pour ne pas voir ce qui se passait et les crimes odieux qui ont été perpétrés », a confié à IRIN un analyste occidental, sous le couvert de l’anonymat.

En 2000, Guus Kouwenhoven était à la tête de plusieurs compagnies forestières, dont l’Oriental Timber Compagny (OTC), la plus grande compagnie forestière du Liberia, installée dans la ville portuaire de Buchanan.

Exploitant une région grande comme la Belgique, l’OTC est accusée d’avoir pillé les ressources des vastes forêts du Liberia pour financer l’effort de guerre de Charles Taylor.

Le Président Taylor échangeait alors des diamants contre des armes. Il a formé, financé et armé les rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF) durant la guerre civile en Sierra Leone.

Craignant de ne plus pouvoir disposer de sources de financement, après l’embargo de l’ONU décrété en 1999 sur la vente des diamants libériens et sierra léonais, il s’est tourné vers l’exploitation du bois, considérant l’OTC comme sa « mine d’or ».

En 2000, un groupe d’experts de l’ONU a reconnu Guus Kouwenhoven et sa société, l’OTC, coupables de soutenir par leur commerce les rebelles sierra léonais RUF. En 2001, il était interdit de voyage suite à une sanction du Conseil de sécurité.

Pour Global Witness, une bonne partie des importations d’armes transitait par le Buchanan, entièrement contrôlé par Guus Kouwenhoven et, à en croire certains témoignages, il participait au chargement et au transfert des armes jusqu’à Monrovia.

Guus Kouwenhoven est également accusé d’avoir entretenu la milice de 2 500 hommes qui défendait Charles Taylor lorsque les rebelles bombardaient la ville de Monrovia.

Bien que son avocat ait tenté de discréditer la plupart des témoins, arguant qu’ils étaient payés par la police néerlandaise pour faire ces dépositions devant la Cour, des sources proches du dossier, Guus Kouwenhoven a peu de chance de s’en sortir étant donné les nombreux éléments qui prouvent son implication dans le trafic d’armes.

Et son ami Charles Taylor pourrait également comparaître retrouver devant la Cour spéciale, aux Pays-Bas. Il est accusé d’avoir financé la guerre civile en Sierra Leone.

M. Taylor a été arrêté en mars dernier, après trois années d’exil au Nigeria. La Cour a demandé le dépaysement de son procès, mais jusqu’à présent aucun pays n’a accepté de l’accueillir sur son territoire pour qu’il y purge sa peine, s’il était condamné.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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