Le vice-président Atiku Abubakar a rejoint et pris la tête d’un groupe de hauts responsables politiques opposé à une campagne en faveur d’un amendement de la Constitution afin de permettre au Président Olusegun Obasanjo de se présenter aux élections de 2007, alors que ses deux mandats de quatre ans autorisés par la Constitution sont épuisés.
Désormais, les lignes de front des adversaires et partisans de la modification de la Constitution sont clairement définies. Bien qu’Olusegun Obasanjo n’ait jamais déclaré vouloir briguer un troisième mandat, ses partisans ont récemment soumis un projet de loi qui, s’il est voté par les deux chambres à la majorité des deux tiers, autorisera Olusegun Obasanjo à se présenter à nouveau.
Après avoir annoncé publiquement son intention de se porter candidat à l’élection présidentielle de 2007, Atiku Abubakar a alerté la nation sur le stratagème du chef de l’Etat qui, selon lui, vise à instaurer la présidence à vie.
« Si le projet de loi est adopté, le Nigeria aura un président à vie. Je m’insurge contre cette idée et j’exhorte tous les Nigérians à s’opposer fermement à toute tentative visant à amender la Constitution », a-t-il déclaré à ses partisans, à Yola, la capitale de l’Etat d’Adamawa, d’où il est originaire.
Mais le parti au pouvoir, le PDP - Parti démocratique du peuple - qui semble être étroitement contrôlé par les partisans d’Olusegun Obasanjo, s’est officiellement prononcé en faveur d’un troisième mandat et a mis sur pied un comité chargé d’enquêter sur les actions subversives menées par Atiku Abubakar contre son parti.
« Le Conseil national exécutif du PDP demande à ses membres de faire pression sur nos représentants dans les Assemblées nationale et locale pour qu’ils adoptent le projet de loi [sur le troisième mandat présidentiel] », a déclaré Ojo Maduekwe, le secrétaire du PDP.
Selon lui, le Président Olusegun Obasanjo a jeté les bases solides d’un développement durable au Nigeria et ce processus ne doit pas s’arrêter à cause de certaines « mesures d’exclusion », comme l'article de la Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.
Division d’un pays sur fond de fracture sociale
Les tensions entre Olusegun Obasanjo et Atiku Abubakar divisent non seulement le PDP, mais également le pays tout entier.
Les Etats-Unis ont récemment déconseillé à Olusegun Obasanjo d’amender la Constitution, arguant que beaucoup de Nigérians pensent que cette révision ne se fera dans la transparence.
Et des divisions apparaissent déjà entre le nord et le sud du pays, puisque de hautes personnalités politiques du nord à majorité musulmane, notamment Muhammadu Buhari - le principal candidat de l’opposition aux élections de 2003 - se sont alliées à Atiku Abubakar contre Olusegun Obasanjo, un chrétien du sud-ouest du Nigeria.
Quelques jours après s’être prononcé publiquement contre l’éventualité d’un troisième mandat du président, le vice-président Atiku Abubakar s’est attiré les foudres des militants du parti d’Olusegun Obasanjo qui lui ont réservé un accueil hostile lors de sa visite à Lagos, la plus grande ville du Nigeria et fief de l’ethnie yoruba, dont est issu le président.
La coalition Arewa pour la démocratie et la bonne gouvernance, un groupe de pression du nord du pays, a menacé de lancer des actions de représailles.
« Une attaque contre le vice-président est une attaque contre le nord du pays », a souligné Mohammed Ringim, le chef du groupe.
« Et dans le cas d’une autre attaque, le nord n’hésitera pas à riposter. »
La semaine dernière, des manifestants ont jeté des pierres sur le convoi présidentiel, alors qu’Olusegun Obasanjo se rendait à Kano, la plus grande ville du nord du pays.
La division nord-sud, musulman-chrétien, a été la source de nombreux conflits au Nigeria et depuis l’indépendance du pays, accordée en 1960 par l’Angleterre, la plupart des chefs d’Etat civils ou militaires étaient des musulmans originaires du nord.
En 1993, le général Ibrahim Babangida a fait annuler les élections présidentielles alors que Moshood Abiola, un homme d’affaires du sud, était donné gagnant du scrutin. Aux yeux des Sudistes chrétiens, cette décision s’inscrivait dans un projet plus vaste, mis en place par les Nordistes pour conserver le pouvoir.
Élu en 1999, avec le soutien d’officiers militaires nordistes, Olusegun Obasanjo, a mis un terme au règne de la clique des généraux musulmans qui se sont succédés au pouvoir pendant quinze ans. Les Nordistes pensaient qu’Olusegun Obasanjo défendrait leurs intérêts et qu’il maintiendrait un gouvernement central fort, capable de faire face à la montée des pressions régionales.
Pour beaucoup de Nordistes, Olusegun Obasanjo a déjà prouvé en 1979 qu’il était un homme digne de confiance. Après avoir succédé au général Murtala Mohammed, assassiné lors d’une tentative de coup d'Etat, Olusegun Obasanjo a été le premier chef d’Etat militaire nigérian à remettre volontairement les rênes du pouvoir à un gouvernement civil présidé par un Nordiste.
L’attrait de la manne pétrolière
Au Nigeria, le contrôle du pouvoir politique détermine la manière dont la manne pétrolière est répartie entre les 36 Etats de la Fédération et les quelque 250 ethnies du pays.
Deux ans après l’arrivée au pouvoir d’Olusengun Obasanjo, de nombreux Nordistes se plaignent d’être marginalisés.
« Un nouveau mandat pour le Président Obasanjo serait une mauvaise nouvelle pour le Nord », a déclaré Bolade Omonijo, analyste politique et chroniqueur d’un journal nigérian. « Mais les Nordistes ont décidé de se faire entendre et d’agir ».
Les populations du Sud, vivant dans les régions pétrolières du delta du Niger et dans les régions du sud-est du pays, dominées par l’ethnie Igbo, exigent elles aussi leur part du gâteau.
Les Igbo, qui ont tenté en vain une sécession pendant la guerre civile de 1967-1970, se plaignent d’avoir été opprimés par les gouvernements successifs et de n’avoir jamais eu à la tête de l’Etat fédéral un membre de leur ethnie.
Cette frustration est aussi vivement ressentie dans le delta du Niger, une région riche en pétrole, où les populations accusent les gouvernements nigérians successifs de les priver des revenus du pétrole exploité sur leurs terres. Et depuis, des groupes de militants ont de plus en plus recours à la violence pour faire entendre leur voix.
Ainsi, depuis le mois de janvier, les attaques répétées du Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (MEND) sur les stations de pompage ont réduit de plus de 20 pour cent le volume des exportations de pétrole du Nigeria dont la production est de 2,5 millions de barils par jour. Le MEND, qui revendique le contrôle de la manne pétrolière, est aussi hostile au maintien au pouvoir du Président Obasanjo.
« Nous serons la voix de la nation si Obasanjo se présente pour un troisième mandat », a récemment déclaré un militant du MEND.
Selon les analystes, un amendement de la Constitution pourrait effectivement plonger le pays dans le chaos.
« Si Olusegun Obasanjo obtient un troisième mandat sans tenir compte de l’opinion du reste du pays, il mettra le feu au pays », a souligné l’analyse Simon Kolawole.
« Nous connaîtrons une nouvelle ère de protestations, de manifestations, d’émeutes, d’agressions policières au gaz lacrymogène, de désobéissance civile, d’arrestations, de détentions arbitraires et de meurtres ».
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