Après une semaine d’attaques contre diverses localités du territoire tchadien, les rebelles du Front uni pour le changement démocratique, dont l’objectif est de renverser le Président Idriss Déby, ont lancé jeudi dernier une attaque de grande envergure sur la capitale N’djaména où les combats ont fait près de 200 victimes.
A plusieurs reprises, le président Deby a accusé le Soudan de soutenir les rebelles et a menacé la semaine dernière d’expulser les 200 000 réfugiés soudanais vivant au Tchad. Mais selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ces menaces ne seront pas mises à exécution.
« Le président Deby a réaffirmé que les réfugiés ne seraient pas refoulés et que le Tchad respecterait ses engagements internationaux. Le président Deby a exprimé ses inquiétudes légitimes concernant la sécurité des réfugiés et des organisations humanitaires qui les aident », a déclaré dans un communiqué Antonio Gueterres, le directeur du HCR.
Toutefois, le Tchad a fermé sa frontière avec le Soudan, une décision qui entrave la distribution de nourriture aux 400 000 déplacés vivant dans des camps installés dans le Darfour, de l’autre côté de la frontière, a déclaré l’agence humanitaire.
« Le HCR lance un vibrant appel à la Communauté internationale et à ses organisations pour qu’elles fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour instaurer urgemment un climat de paix et de sécurité au Darfour. Il est également indispensable d’assurer la sécurité des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur du Darfour et du Tchad et des autres pays de la région », a déclaré M. Guterres.
Vendredi dernier, le président Deby avait menacé d’expulser les réfugiés soudanais recueillis dans des camps dans l’est du pays, si l’ONU et l’Union africaine (UA) ne résolvaient pas le conflit secouant actuellement la région du Darfour, au Soudan, ce qui, selon M. Deby, permettrait de restaurer la stabilité dans son propre pays.
Pour M. Déby, la guerre civile du Darfour, au Soudan, ainsi que la situation de non-droit qui prévaut dans cette région ont favorisé l’émergence de milices qui, depuis fin 2005, passent la frontière poreuse et lancent des raids sur les localités de l’est du Tchad. Ces mêmes milices seraient responsables de l’attaque perpétrée sur N’djaména, la semaine dernière.
Le Darfour est une « zone de non-droit » dans laquelle des groupes armés – dont beaucoup seraient soutenus par les gouvernements tchadiens et soudanais - violent et pillent les communautés locales, a indiqué des travailleurs humanitaires.
Accusant explicitement le Soudan de soutenir les rebelles, le Tchad a rompu les siens diplomatiques avec ce pays et expulsé l’ambassadeur soudanais. Le ministre des Affaires étrangères de Khartoum a à plusieurs reprises réfuté les allégations selon lesquelles son pays soutenait les milices opposées à Deby.
S’agissant du contentieux qui oppose l’Etat tchadien à la Banque mondiale, le Premier ministre tchadien a déclaré samedi dernier devant des diplomates que le Consortium pétrolier et la Banque Mondiale devaient payer au Tchad au moins 100 millions de dollars avant le 18 avril. Le cas échéant, l’Etat tchadien se verrait dans l’obligation d’interrompre la production de pétrole brut.
« Le pétrole est tchadien. Son exploitation devrait en premier lieu profiter au peuple tchadien », a déclaré le Premier ministre, Pascal Yoadimnadji.
Lundi, le gouvernement tchadien a indiqué qu’il prolongeait le délai jusqu’à la fin du mois d’avril, après que le Département d’Etat américain ait proposé sa médiation pour résoudre le différend avec la Banque mondiale.
Depuis quelques mois, les analystes préviennent que l’aggravation de la situation de non-droit et la transposition dans l’est du Tchad de la guerre du Darfour, ainsi que les attaques fréquentes de la rébellion, soutenue par le Soudan, contre les positions des forces tchadiennes fidèles aux Deby, pourraient créer une nouvelle crise humanitaire et interrompre la distribution de l’aide humanitaire tant attendue par près 250 000 Tchadiens et Soudanais déplacés par les combats.
Selon certains analystes, les 7 000 hommes des forces de maintien de la paix de l’Union africaine (UA) déployés au Darfour n’ont pu arrêter les violences. L’ONU estime que la guerre du Darfour déjà fait plus de 200 000 morts parmi la population civile.
A la mi-mars, International Crisis Group, une organisation multinationale basée à Bruxelles, a prévenu que la stratégie internationale pour gérer la crise du Darfour était dans l’« impasse », et a recommandé que des casques bleus soient immédiatement déployés au Darfour. Le Soudan s’est récemment opposé au déploiement de casques bleus de l’ONU dans la région.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions