Le mouvement pour la réalisation de l’Etat souverain du Biafra (MASSOB) avait décrété une journée ville morte pour soutenir la demande d’indépendance des Igbos, le groupe ethnique majoritaire de la région. Le mouvement protestait également contre la détention de son leader, Ralph Uwazurike, accusé de haute trahison par les autorités nigérianes.
Selon un militant du MASSOB, la grève était un message “d’avertissement” en prévision de ce qui pourrait se passer si leur leader n’était pas relâché.
La manifestation coïncide avec la reprise mardi à Abuja, la capitale fédérale, du procès de M. Uwazurike qui a officiellement été accusé de haute trahison en novembre dernier.
Selon le Procureur, M. Uwazurike et six autres militants du MASSOB sont poursuivis pour incitation à la guerre contre l’Etat du Nigeria.
Lundi, dans la ville commerçante d’ Onitsha – un bastion du mouvement séparatiste – les forces de sécurité et la police ont fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser la foule de militants du MASSOB descendus dans les rues pour soutenir le mouvement.
Dans d’autres grandes villes de la région - Enugu, Aba, Owerri et Abakaliki - essentiellement peuplée d’Igbos –, les commerces et les écoles étaient fermées et de nombreux fonctionnaires n’ont pu se rendre au bureau puisque les services de transport observaient le mot d’ordre de grève, paralysant ainsi l’ensemble des activités dans les villes.
« Ce n’est qu’un avertissement et une démonstration de ce qui peut arriver si notre leader n’est pas relâché », a déclaré à IRIN Nnamdi Ohiagu, responsable à l’organisation du MASSOB.
« Les Biafrais rejettent ce mariage forcé appelé Nigeria, et ni l’intimidation ni le harcèlement ne nous fera renoncer à noter demande d’un Etat du Biafra souverain », a-t-il ajouté.
Les Igbos – qui font partie des trois grands groupes ethniques du Nigeria – représentent à peu près 30 millions de personnes sur les 126 millions que compte la population du Nigeria. Les Haoussas/Peulhs (Foulanis) sont majoritaires dans le nord et les Yorubas, dans le sud-ouest du pays.
Toutes les personnes qui ont observé le mot d’ordre de grève du MASSOB ne sont pas forcément des militant de la cause biafraise, a indiqué Okwudili Otti, résidant et homme d’affaires à Onitsha.
« Beaucoup de gens sont restés à la maison pour échapper aux actes de violence tels que ceux qui se sont produits lors des précédents affrontement entre les militants du MASSOB et la police, mais pas par militantisme », a précisé M. Otti.
Pour d’autres la grève n’était pas tant un soutien au MASSOB, mais une manifestation de leur mécontentement contre les autorités nigérianes. C’est le cas d’Ernest Maduka, artisan soudeur à Aba.
« Le gouvernement de M. Obasanjo n’est pas compétent. Tout l’argent du pétrole gagné par le Nigeria est détourné par les membres du gouvernement alors que les masses souffrent », a déclaré Maduka, en indiquant que le mécontentement général est la principale raison de l’observation du mot d’ordre de grève.
Le MASSOB souhaite recréer la république du Biafra dont la brève existence a été à l’origine de la terrible guerre civile qui a ensanglanté le Nigeria de 1967 à 1970 et qui a fait plus d’un million de victimes mortes principalement de faim.
Les récriminations du leader du mouvement séparatiste, Uwazurike, contre les gouvernements successifs du Nigeria qu’il accuse d’avoir opprimé les populations igbos ont touché des milliers de jeunes Igbos sans emploi nés après la guerre, mais militants du MASSOB.
Selon certaines associations de défense des droits de l’homme, de nombreux militants pro-biafrais ont été tués ces dix dernières années pour avoir défendu leur cause, et des centaines d’autres ont été mis en prison après leur arrestation au cours de marches ou de rassemblements organisés par le MASSOB.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions