La cour devait se prononcer sur la validité du mandat d’arrêt international et de la demande d’extradition délivrés en septembre par un tribunal belge à l’encontre de M. Habré.
Mais selon El Hadj Diouf, avocat de M. Habré, l’avis de la cour a été reporté à la demande du procureur.
La décision d’extrader l’ancien chef d’Etat tchadien serait une victoire juridique pour les organisations de défense des droits de l’homme car elle mettrait fin à l’impunité. Mais la perspective de voir une personnalité africaine jugée hors du continent fait l’objet de débats très animés au Sénégal.
Pendant des heures, de nombreuses personnes – notamment les membres de la famille de M. Habré et ses sympathisants, les avocats des organisations des droits de l’homme et les victimes des présumées atrocités de l’ancien régime tchadien – ont attendu dans la cour du tribunal une décision qui devait être annoncée mardi matin, mais qui a finalement été reportée à la fin de la semaine.
M. Habré, qui vit au Sénégal depuis 15 ans, est accusé d’être responsable de nombreuses atrocités commises entre 1982 et 1990. En 1992, une commission réconciliation et vérité a notamment accusé son régime d’être responsable d’au moins 40000 actes de torture et d’assassinat politique.
Si la chambre d’accusation donne un avis favorable à la demande d’extradition, il reviendra au président sénégalais Abdoulaye Wade de décider si M. Habré doit être livré à la justice belge. La semaine dernière, M. Wade avait indiqué qu’il consulterait l’Union africaine avant de prendre une décision.
Selon les avocats des organisations de défense des droits de l’homme, le report de la décision de la cour est un signe encourageant car il pourrait signifier que malgré la forte mobilisation contre l’extradition, au Sénégal, les juges ne se laissent pas influencer.
Certains défenseurs des droits de l’homme ont indiqué mardi à la presse qu’ils demanderaient l’intervention d’Olusegun Obasanjo, chef d’Etat nigérian et président en exercice de l’Union africaine.
« Le Sénégal doit livrer M. Habré », a déclaré Jacqueline Moudeina, avocate des victimes de l’ancien régime tchadien.
Mais face aux partisans de l’extradition, de plus en plus de personnes refusent que le gouvernement livre M. Habré à la justice belge.
Dans les émissions de radio, beaucoup de Sénégalais remettent en question le principe même de l’extradition de l’ancien président tchadien vers l’Europe. Pour certains, on devrait laisser M. Habré tranquille, tandis que pour d’autres, il devrait être jugé et emprisonné en Afrique.
« Nous pouvons le juger ici », a déclaré à IRIN Pape Sarr, 33 ans. « On l’accuse d’avoir commis des crimes. Je pense qu’il devrait être jugé et condamné. Mais il n’est pas normal de l’extrader vers l’Europe ».
Pour Babacar Diop, 40 ans, M. Habré ne devrait même pas être appelé à comparaître.
« Je suis tout à fait contre son extradition », a lancé M. Diop. « Le Sénégal est le pays de la téranga » – le terme wolof désignant l’hospitalité. « Cela signifie qu’il faut protéger le faible. C’est un principe sacré ici ».
Et à en croire M. Diop Hissène Habré représente le faible parce qu’il se retrouve « seul » dans un procès contre la Belgique. « Nous devons le protéger. Il est désormais un des nôtres ».
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