Alors que les Nigériens se remettent difficilement d’une crise alimentaire qui a fait des milliers de morts et touché quelque 3,5 millions de personnes, les représentants du gouvernement, les organisations humanitaires et les bailleurs de fonds se rencontrent cette semaine à Dakar, la capitale sénégalaise, pour discuter des moyens à mettre en place pour endiguer la faim dans la région sahélienne.
« Tout le monde sait ce qu’il convient de faire - nous devons investir plus pour éviter de telles crises », a déclaré lundi à la presse, Margareta Wahlstrom, la coordinatrice adjointe de l’ONU pour l’aide d’urgence.
Mais selon elle, une telle action requiert une stratégie à long terme, plus axée sur le développement.
C’est la première fois que des représentants des secteurs du développement et de l’aide humanitaire se réunissent afin de définir et de s’attaquer aux causes immédiates et chroniques de la malnutrition dans la région.
Cette réunion a pour objectif de trouver les solutions qui permettront d’éviter les futures crises de sécurité alimentaire, grâce à une politique durable de réduction de la pauvreté dans la région », a déclaré le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dans un communiqué rendu public le 10 novembre.
L’invasion acridienne de 2004, combinée à la forte sécheresse, est à l’origine de la crise que connaît le Niger cette année, et des pénuries alimentaires qui ont touché certains pays de la région du Sahel. Mais selon des travailleurs humanitaires, des problèmes plus profonds et persistants rendent les familles très vulnérables aux moindres ruptures d’approvisionnements en nourriture.
La pauvreté est à l’origine de ces crises, a affirmé Wahlstrom.
« Au Niger, il y a un système très fragile ; lorsque qu’un événement dérègle le système, les gens passent très rapidement du stade de malnutrition chronique à celui de malnutrition sévère ».
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), les résultats préliminaires d’une enquête menée auprès d’un échantillon de 974 ménages vivant en milieu rural ont montré que 45 pour cent de ces ménages ont une consommation alimentaire limite ou acceptable et des réserves de nourriture couvrant au moins 9 mois, 22 pour cent ont des stocks couvrant une période de trois à cinq mois et une consommation pauvre ou limite, et 20 pour cent sont dans une situation modérée, avec moins de dettes et plus de moyens pour générer des revenus.
Les 13 pour cent des ménages considérés comme étant en situation d’insécurité alimentaire sévère ont moins de trois mois de réserve de céréales, ont vendu la plupart de leurs animaux et ont contracté des dettes importantes.
En se basant sur les résultats de cette enquête menée du 15 septembre au 2 octobre, le PAM a conclu que sur les 9,24 millions de Nigériens vivant en milieu rural, environ 1,22 millions sont en situation d’insécurité alimentaire sévère.
L’insécurité alimentaire sévère et modérée est concentrée dans les régions de Dosso et de Tahoua et touche près de 50 pour cent des ménages, 33 pour cent des ménages à Tillaberi et Agadez, 30 des ménages pour cent à Maradi et 15 pour cent à Diffa et Zinder.
Selon OCHA, en dépit de la baisse des prix des denrées alimentaires et de la hausse de ceux du bétail, de nombreux ménages nigériens en milieu rural subiront encore pendant longtemps les conséquences de la récolte catastrophique de l’année dernière.
Durant la crise alimentaire, des familles ont vendu leur bétail – la seule source de revenu pour beaucoup de familles - et ont contracté de lourdes dettes, ce qui fragilise énormément leur situation malgré la récolte prometteuse de cette année.
Seidou Bakari, coordinateur de la cellule de crise alimentaire au Niger, a affirmé que bien que la situation agricole semble prometteuse, le gouvernement reste très vigilant.
« La situation dans son ensemble n’est pas redevenue normale », a-t-il déclaré. « Certaines familles sont encore dans une situation difficile. C’est pour cela que nous devons rester vigilants et voir comment aider ces familles ».
Le comité de prévention et de gestion de crise au Niger se réunira la semaine prochaine pour évaluer la sécurité alimentaire des populations et les résultats de la tournée que des fonctionnaires du ministère de l’agriculture effectuent actuellement, a-t-il confié à IRIN depuis la capitale, Niamey.
Selon Yacouba Hama de Famine Early Warning Systems network (FEWS NET), un organisme financé par les Etats Unis, une production agricole plus abondante dans la région devrait permettre au Niger de faire face à la crise.
« Le point positif actuellement est que les récoltes ont été bonnes au Bénin, au Burkina Faso, au Mali et au Nigeria, ce qui explique que la pression du marché ne sera pas comparable à celle de l’année dernière ».
En 2004, les prix des denrées alimentaires avaient subi une hausse vertigineuse après l’invasion de criquets et la sécheresse, en partie parce que les marchands, prévoyant la pénurie, avaient stocké les céréales plutôt que de les mettre sur le marché.
FEWS NET, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le PAM, le CILSS et le gouvernement du Niger ont achevé le 5 novembre une évaluation préliminaire de la campagne agricole de 2005, a déclaré Hama.
Les résultas seront publiés dans les prochains jours.
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