« Le FRAD veut aller à ces élections tout en étant absolument convaincu qu’il n’y aura pas de garantie », a déclaré samedi à la presse Jean-Marie Dore, le porte-parole du FRAD.
« Mais nous irons pour montrer à la communauté internationale que nos sommes disposés à faire ne sorte que le pays aille de l’avant », a-t-il ajouté.
La déclaration du FRAD indiquant que le mouvement présentera un front uni aux prochaines élections fait suite à un débat interne de près de deux semaines sur les progrès réalisés dans le domaine des réformes démocratiques exigées par l’opposition et la communauté internationale.
Le gouvernement guinéen avait engagé un vaste programme de réformes pour attirer les bailleurs internationaux qui, ces dernières années, avaient coupé leur aide en raison des nombreux cas de corruption et d’abus des droits de l’homme constatés dans ce pays d’Afrique de l’ouest.
L’opposition, qui avait boycotté les élections législatives de 2002 et la présidentielle de 2003, avait posé les mêmes conditions que la communauté internationale pour la reprise de sa participation au processus politique. Elles impliquaient notamment la libération des média, une plus grande liberté pour les membres de l’opposition et la création d’une commission électorale indépendante.
Des élections multipartites et des résultats crédibles – le parti au pouvoir qui dirige la Guinée depuis de nombreuses années avait l’habitude de remporter les élections avec plus de 90 pour cent des suffrages – sont également indispensables à la reprise de l’aide internationale.
Et des observateurs mettent en exergue certaines preuves récentes pour attester que le processus de démocratisation en Guinée fonctionne correctement. Les Nations unies, l’Union européenne et les Etats-Unis se sont tous engagés à verser 3 millions de dollars américains pour leur contribution à l’organisation des élections municipales.
La participation du FRAD avait fait l’objet de nombreuses interrogations ce mois-ci après le rejet par ce dernier de la commission électorale créée par le gouvernement. Selon le FRAD cette commission n’a pas les pouvoirs et l’indépendance nécessaires pour organiser des élections juste et transparentes.
Le scepticisme était encore de mise après la nomination vendredi des représentants de la société civile, du gouvernement et des parties de l’opposition qui constituent la commission électorale.
Le FRAD, qui n’est pas représenté dans la commission, a indiqué que la création de la Commission constituait un recul dans le processus démocratique. Il a critiqué la nomination à la présidence de cette institution d’un homme qui, par le passé, avait déjà présidé des commissions similaires pendant des campagnes électorales très controversées.
Et certains nouveaux représentants n’ont pas hésité a exprimé ouvertement leurs doutes sur cette nomination.
« Jamais dans ce pays les commissions électorales n’ont fait ce qu’il fallait pour organiser des élections libres, justes et impartiales », a déclaré à la presse Chernor Maadjou Sowe, défenseur des droits de l’homme et un des 22 nouveaux membres de la commission électorale, après avoir prêté serment.
« Nous ferons avec ce que nous avons et dès que nous constaterons que les choses ne semblent pas aller vers des élections libres et transparentes, nous démissionnerons ».
L’absence d’une commission électorale satisfaisante a joué un rôle important dans les précédents boycotts des élections. Et Alpha Condé, le chef de file du Rassemblement du peuple guinéen (RPG) et l’une des figures emblématiques du FRAD, avait initialement annoncé en juillet que son parti ne participerait pas aux prochaines élections.
Mais dans le rapport où elle déclarait que la Guinée était sur le point de devenir le prochain Etat d’Afrique de l’ouest en situation de faillite, l’organisation International Crisis Group invitait l’opposition à participer aux élections qui serviraient de baromètre de la démocratie dans le pays.
« Plutôt que de réagir au premier signe de répression, les parties de l’opposition doivent continuer à exiger des autorités qu’elle respectent leurs promesses », avait indiqué le rapport.
La Guinée, où plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour, est dirigé par le président Lansana Conte depuis qu’il a pris le pouvoir en 1984, à la faveur d’un coup d’Etat. Mais son mauvais état de santé et l’absence d’un successeur désigné aussi bien au sein du gouvernement que de l’opposition, font craindre une vacance du pouvoir en cas de décès du président de la république.
Crisis Group souligne dans ce rapport qu’il est possible d’éviter cette situation, si l’opposition et la communauté internationale s’engagent pleinement dans le processus de réformes, en commençant par prendre part aux prochaines élections municipales.
« Ces élections détermineront en grande partie la qualité de la démocratie guinéenne. Si elles échouent, la succession du président sera probablement catastrophique ».
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