« Tout le monde est retourné dans les camps de Breidging, et Treguine, après que le HCR et les ONG aient réévalué la situation lundi », a déclaré mardi à IRIN Ginette Le Breton, la porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés (HCR).
La semaine dernière, le HCR et plusieurs organisations humanitaires avaient réduit de moitié leur personnel travaillant dans les camps de réfugiés, en raison de la tension qui règne dans la région où, selon le gouvernement, de nombreux soldats déserteurs s’y seraient retranchés.
Les services de base ont cependant été assurés dans les deux camps qui hébergent 40 000 des 200 000 réfugiés soudanais installés dans l’est du Tchad et, à en croire les autorités tchadiennes, la situation dans la région est calme et sous contrôle.
Pourtant, la tentative du gouvernement d’engager des négociations avec les déserteurs s’est soldée par un échec le week-end dernier, lorsque les mutins ont exigé au préalable que leurs revendications soient satisfaites.
« Nous avons demandé, en préalable à la discussion, la libération des prisonniers d’opinion », a déclaré mardi à IRIN Yaya Dillo Djerou, un ingénieur en télécommunications qui dit être le chef de file des mutins réunis sous la bannière du Socle pour le changement, l’unité nationale et la démocratie (SCUD).
Yaya Dillo Djerou s’est dit prêt à négocier avec le gouvernement, mais à condition qu’il lui envoie une délégation officielle.
« Le gouvernement a envoyé des gens proches du régime, qui participent à la gestion mafieuse du pays, mais nous avons exigé que la délégation soit officielle et représente toutes les institutions de la république, tels le gouvernement et le parlement, et diverses considérations politiques », a déclaré Djerou.
Il a démenti les affirmations gouvernementales selon lesquelles le mouvement du SCUD ne compterait que quelques dizaines d’hommes, précisant qu’il est à la tête de « beaucoup plus de 600 hommes armés qui disposent de blindés».
Il a également nié les allégations gouvernementales selon lesquelles les forces régulières tchadiennes auraient délogé les déserteurs de la ville de Hadjer Hadid.
« Une partie de nos éléments, près de 200 éléments à bord de 21 véhicules, ont bien quitté Hadjer Hadid pour nous rejoindre, mais il n’y a pas eu un seul échange de tir ou un affrontement », a déclaré Djerou. « Le gouvernement n’a pas les moyens de nous faire quoi que ce soit, mais quand on change de position, il l’occupe et dit qu’il nous a chassé ».
Un correspondant d’IRIN qui s’est rendu dans la ville d’Hadjer Hadid lundi a constaté que la situation y était calme. Selon les résidents de la ville, une centaine d’éléments armés ont séjourné deux semaines dans les grottes au sud de la ville et l’ont quittée la semaine dernière.
Lundi, le Premier ministre tchadien a assuré que les autorités maîtrisaient la situation.
« Je dois rassurer le peuple tchadien que tout va bien. La situation est sous contrôle. Il y a eu beaucoup d’extrapolation dans cette histoire, mais dans les jours à venir, la situation rentrera dans l’ordre », a déclaré lundi Pascal Yoadimnaji au sortir d’une audience avec le chef de l’état dans sa résidence d’Abéché, à l’est du pays.
Ce n’est pas la première fois que le président Idriss Déby, qui est arrivé au pouvoir en 1990 à la faveur d’un coup d’Etat, et s’est par la suite fait élire en 1996 et en 2001, doit faire face à des contestations au sein de l’armée.
L’année dernière, des soldats issus de sa Garde rapprochée, la Garde républicaine et la Garde nomade et républicaine avaient orchestré une insurrection. Selon des sources diplomatiques, la plupart des mutins appartenaient à l’ethnie zaghawa, comme le président Déby et une grande partie de la hiérarchie militaire tchadienne. Ces mutins étaient mécontents du peu de soutien que le pouvoir a apporté à leurs frères du Darfour.
L’est du Tchad, contiguë à la région soudanaise du Darfour, est en proie à de vives tensions depuis plus de deux ans. Le conflit qui s’est transposé au Tchad oppose le gouvernement soudanais aidé par des milices qui lui sont alliées à des rebelles majoritairement zaghawa.
Mais selon Djerou, qui appartient pourtant à l’ethnie zaghawa, les problèmes ethniques n’ont rien à voir avec les dissensions survenues au sein de l’armée. Il a également précisé que son mouvement n’était pas lié aux rebelles du Darfour.
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