« Nos cœurs saignent toujours car nous ne sommes pas satisfaits », a déclaré un amputé lors d’une rencontre organisée le 14 septembre à Freetown, la capitale du pays, et auquel participaient plusieurs membres du gouvernement.
Cette rencontre qui venait ponctuer deux mois de séminaires réunissant des amputés et d’autres victimes de la guerre civile, a été organisée par le Forum de la Conscience, le groupe national de défense des droits de l’homme.
Alors que la guerre civile sierra léonaise, qui a duré une décennie, s’est achevée en 2002, l’image de jeunes hommes drogués coupant les mains, les jambes et les oreilles de civils innocents est encore présente dans les mémoires.
L’indemnisation des amputés et des victimes – incluant la prise en charge sanitaire gratuite et le versement d’une pension mensuelle - est l’une des recommandations faites par la Commission Vérité et réconciliation en Sierra Leone (Sierra Leone’s Truth and Reconciliation Commission – TRC), dont le rapport final a été présenté au gouvernement en Octobre dernier.
La société civile et les groupes de défense des droits de l’homme ont depuis lors poussé le gouvernement à agir conformément aux recommandations de la TRC, en indemnisant les victimes, en assumant mieux ses responsabilités et en votant des lois visant à protéger les droits de l’homme.
Alhaji Ahmed Jusu Jarka, le président de l’association nationale des amputés et blessés de guerre, a rappelé lors de la rencontre de mercredi qu’après leur déposition devant la Commission, les autorités avaient promis de leur venir en aide.
« Rien n’a été fait et nous souffrons actuellement », a-t-il dit.
Il a ajouté que les victimes de guerre ne devaient pas rester sans assistance alors que ceux qui ont commis les atrocités reçoivent une prime de désarmement.
« Si les criminels qui ont coupé des mains ont reçu de l’argent pour avoir restitué leurs armes et même pour être retournés dans leurs villages, je ne vois pas pourquoi le gouvernement et la communauté internationale ne peuvent réunir suffisamment de fonds pour aider les victimes à vivre dignement ».
Les groupes de victimes étudient le montant de leurs demandes d’indemnisation, après que le gouvernement ait rejeté l’indemnité mensuelle de 3 000 dollars demandée par les amputés et les blessés de guerre.
Frederick Carew, le ministre de la justice, a en revanche présenté au gouvernement un programme d’aide aux victimes de la guerre, comprenant la gratuité de la scolarité dans le primaire et secondaire, des soins médicaux et des transports publics pour les victimes et leurs parents. Il a aussi promis des terrains cultivables.
Les groupes de victimes se rencontreront encore pour discuter de la proposition du gouvernement et présenter une nouvelle demande d’indemnisation, a dit jeudi John Caulker, responsable du Forum de la conscience.
M. Carew a confié à IRIN que le gouvernement était prêt à faire ce qu’il pouvait pour aider les amputés et les blessés de guerre, mais que les demandes de pension de 3 000 dollars américains par mois étaient irréalistes.
« Même les ministres ne gagnent pas autant d’argent par mois- comment pouvons nous payer une telle somme ? », s’est-il exclamé.
« Nous sommes prêts à améliorer leurs sorts dans la mesure de nos moyens. Mais le gouvernement a la responsabilité d’aider au développement et d’éradiquer la pauvreté dans le pays. Il y a d’autres personnes nécessiteuses et qui ont besoin d’aide également ».
M. Carew a indiqué que le gouvernement, avec l’aide de la Norvège, a déjà construit plus de 400 maisons pour les victimes de la guerre, et qu’il envisage d’en construire d’autres.
Le plan détaillé du gouvernement du Sierra Leone pour l’application des recommandations de la TRC, publiées en juillet, a suscité la consternation de la société civile et des groupes de défense des droits de l’homme. Certains ont critiqué les autorités pour leur manque d’engagement à aider concrètement les amputés et autres victimes de guerre.
Dans sa déclaration, le gouvernement indiquait qu’il « acceptait dans le principe » les conclusions et recommandations du TRC, ajoutant que « le gouvernement fera de son mieux pour mettre en œuvre totalement et dans les meilleurs délais des programmes d’indemnisation recommandés par la Commission, en fonction des moyens dont dispose l’état… »
Pour beaucoup de personnes, le gouvernement aurait dû mettre sur pied un programme de recherche de fonds auprès de la communauté internationale pour les indemnisations des victimes.
Les recommandations du TRC incluent : une prise en charge médicale gratuite et à vie pour les amputés, une assistance médicale gratuites pour les autres blessés de guerre, des soins médicaux gratuits pour les victimes de violences sexuelles et le versement d’une pension mensuelle pour les amputés, les blessés de guerre et les victimes de violences sexuelles qui ont perdu au moins 50 pour cent de leur capacité professionnelle, et des formations pour les amputés, les veuves de guerre et autres victimes.
Mais lors de la rencontre de mercredi, certaines victimes étaient sceptiques quant aux promesses d’aide de l’Etat.
Andrew Cooper, un amputé, a fait part de son inquiétude quant à l’efficacité de la mise en œuvre du programme de prise en charge médicale gratuite, étant donné que de nombreux hôpitaux n’ont pas de médicaments.
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