Au cours de la conférence de presse qui s’est tenue samedi dernier, les responsables des partis politiques réunis au sein du FRAD (Front républicain pour une alternance démocratique) ont exigé le départ immédiat du président pour éviter que le pays ne sombre dans le chaos.
« Vous êtes devenu un frein, un obstacle au développement de la Guinée », a déclaré Jean-Marie Dore du parti de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG), dans une déclaration adressée au chef de l’Etat.
« Vous n’êtes pas l’homme de la situation, vous êtes malade, vous devez prendre une sage décision pour vous en aller maintenant avant que d’autres ne le fassent à votre place ».
Le FRAD, qui regroupe sept partis de l’opposition, compte également parmi ses membres l’ancien Premier ministre Sidya Touré et Alpha Condé, un homme politique très influent qui a passé deux années en prison pour un prétendu complot visant à renverser le président pendant la campagne électorale de 1998.
Devant les représentants de l’Union européenne, du Japon et du Canada, la coalition a affirmé son engagement à trouver une solution pacifique à la crise économique et politique que traverse le pays actuellement.
Le gouvernement de transition proposé inclurait des représentants des divers partis politiques, de la société civile, de l’armée et serait chargé d’organiser des élections pour désigner le successeur de M. Conté.
Toutefois, aucun détail n’a été fourni sur la manière dont le FRAD comptait mettre en œuvre son programme de transition.
Dans une entrevue accordée à IRIN, Elhadj Amadou Bailo Diallo, le secrétaire général du ministère chargé de l’organisation des élections a accusé l’opposition de faire de la politique politicienne, car selon lui, l’objectif de l’opposition est de persuader les bailleurs internationaux de suspendre leurs aides. Toutefois, a-t-il prévenu, la paralysie économique du pays affecterait le peuple plutôt que le président.
De sources diplomatiques, on indique que l’opposition guinéenne a été contrainte de se présenter comme une solution viable malgré des différends personnels et ethniques qui la divise.
Ces différends ont été mis en exergue en juillet dernier lorsque M. Condé, à son retour d’un exil forcé, a quitté ses partenaires de la coalition en annonçant que son parti boycotterait les élections municipales prévues en fin d’année.
La déclaration de samedi dernier semble cependant suggérer que tous les partis étaient unanimes pour rejeter l’élection municipale, dans l’attente de la création de la Commission électorale indépendante.
L’élection locale est considérée comme un premier pas vers un régime démocratique en Guinée. Mais, en l’absence d’une opposition forte et d’un successeur désigné au sein du parti du président, l’éventualité d’une vacance du pouvoir inquiète sérieusement certains observateurs.
Arrivé au pouvoir à la faveur du coup d’Etat de 1984, M. Conté est âgé de 71 ans et ne peut plus se déplacer sans assistance. Bien qu’il ait autorisé l’existence de partis d’opposition depuis 1992, les actions des groupes politiques et de la presse indépendante sont strictement contrôlées. M. Conté a remporté les dernières élections présidentielles de décembre 2003 en totalisant 95 pour cent des voix, mais ce scrutin avait été boycotté par les grands partis de l’opposition.
Selon la cellule de réflexion International Crisis Group (ICG) basée à Londres, il est possible que Conte n’aille pas au bout de son mandat présidentiel de sept ans. Dans cette éventualité, un coup d’Etat militaire serait bien accueilli.
Dans son rapport du mois de juin, ICG invitait les hommes politiques guinéens et la communauté internationale à accorder plus d’importance à la réforme du code électoral et à la limitation des mandats présidentiels qu’au sort de M. Conté.
Alors que le climat d’incertitude persiste dans le pays, l’inflation est au plus haut et la suspension de l’aide financière des bailleurs internationaux rend de plus en plus difficile la vie du guinéen moyen dans un pays déjà réputé pour sa pauvreté et sa corruption endémique.
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