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L’ancien Premier ministre poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’Etat

Accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat, Idrissa Seck, ancien Premier ministre et nouvel adversaire politique du président Abdoulaye Wade, a été placé sous mandat de dépôt dans l’attente de son procès.

Seck, qui a occupé les fonctions de Premier ministre sous le régime du président Wade, entre novembre 2002 et avril 2004, a été officiellement inculpé samedi dernier après avoir passé une semaine en garde à vue.

Pendant sa garde à vue, Seck a répondu à certaines allégations faisant état d’un présumé détournement dans le cadre des travaux des chantiers de Thiès, dont il est le maire.

Les autorités n’ont pas officiellement expliqué pour quel motif M. Seck avait été accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat ni si les accusations portées contre lui avaient un lien avec l’affaire des chantiers de Thiès. On accuse en effet l’ex-Premier ministre d’avoir gaspillé 46 milliards de francs CFA (84 millions de dollars américains) dans le cadre de projets de construction entrepris à Thiès et qui avaient été initialement évalués à 25 milliards de francs CFA (45 millions de dollars).

Les sympathisants du politicien, aujourd’hui âgé de 46 ans, ont accusé le président Wade d’avoir porté de telles accusations dans le seul but de museler son adversaire politique.

M. Seck, qui a clairement exprimé son désir de devenir président, a été placé en garde à vue le 15 juillet. Il a été transféré à la prison principale de Dakar le week-end dernier après que des charges lui ont été officiellement notifiées.

Idrissa Seck a nié à plusieurs reprises toutes les accusations portées contre lui. Selon ses avocats, les charges retenues contre l’ex-Premier ministre relèvent de la manipulation politique.

« L’accusation n’a rien de tangible contre mon client. Elle n’a présenté aucune preuve ni aucun fait à son encontre », a déclaré Boucounta Diallo, coordinateur de l’équipe d’avocats français et sénégalais engagée pour défendre M. Seck.

« M. Seck est innocent. Il n’a commis aucune des infractions dont on l’accuse », a-t-il poursuivi.

Selon Ousmane Seye, avocat de l’accusation, M. Seck aurait refusé de répondre aux questions qui lui avaient été posées par la police au sujet des dépenses effectuées par la municipalité dans le cadre des chantiers de Thiès, la deuxième ville sénégalaise, située 70 km à l’est de Dakar, la capitale.

Considéré généralement comme l’adversaire et le successeur potentiel du président Wade, 78 ans, au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS), le parti au pouvoir, M. Seck n’a jamais dissimulé ses ambitions politiques.

Néanmoins, il a toujours affirmé qu’il ne s’opposerait pas à M. Wade si celui-ci décidait, malgré son âge, de se représenter aux prochaines présidentielles, prévues pour 2007.

En tant que numéro deux du PDS, Idrissa Seck a grandement contribué à faire élire M. Wade et à créer des alliances politiques avec des partis minoritaires, qui ont permis aux sympathisants de M. Wade d’obtenir 89 sièges sur 120 à l’Assemblement nationale à la suite des élections de 2001.

Il avait été nommé directeur de cabinet du chef de l’Etat juste après l’élection de M. Wade, des fonctions qu’il avait occupées pendant deux ans avant d’être nommé Premier ministre.

Mais les deux hommes se sont brouillés l’année dernière et M. Seck a été démis de ses fonctions.

Il pourrait s’avérer difficile pour le président Wade de poursuivre en justice son ancien allié « pour atteinte à la sûreté de l’Etat et à la défense nationale » puisque la constitution accorde à M. Seck certains privilèges en tant qu’ancien Premier ministre.

L’Assemblée nationale doit en premier lieu approuver les charges officielles retenues contre M. Seck à une majorité de 60 pour cent.

S’il en est ainsi, M. Seck comparaîtra devant une cour spéciale, où il sera jugé par une commission composée de huit juges titulaires et de huit membres de l’Assemblée nationale.

Jusqu’à présent, le Sénégal était connu pour être un pays démocratique et tolérant, une exception en Afrique de l’Ouest, une région dévastée par les coups d’Etat et les guerres civiles.

L’ancienne colonie française est dirigée par un gouvernement civil depuis son indépendance en 1960. A son arrivée au pouvoir, en 2000, le président Wade mettait fin, dans le calme et la paix, à la domination du Parti socialiste, qui gouvernait depuis quarante ans.

Mais cinq ans après le début du septennat de M. Wade, l’autorité de plus en plus rigide de celui-ci fait l’objet de critiques féroces.

Abdourahim Agne en a fait les frais. Le leader du Parti de la réforme (PR), un petit parti de la gauche modérée, ne rate pas une occasion de donner son avis sur le gouvernement actuel. En mai, il avait été arrêté et accusé d’avoir menacé l’Etat après avoir incité la population à manifester pour exiger la démission du président.

Peu après, des dissensions internes ont miné le PDS lorsque 12 parlementaires proches de M. Seck ont déserté temporairement la coalition dominante.

A la suite de cette décision, le domicile de Seck a été attaqué et un responsable du mouvement des étudiants pro-PDS a été poignardé.

De telles flambées de violence politique sont relativement rares au Sénégal. Elles sont toutefois plus fréquentes depuis quelques années.

Me Diallo, l’avocat principal de M. Seck, a observé, avec une pointe d’ironie, que le président avait porté plainte contre son ex-Premier ministre pour violation de quatre articles du code civil qu’il s’était précédemment engagé à abolir.

La « Haute cour de justice » qui devra juger Idrissa Seck s’est réunie pour la dernière fois en 1962. Elle devait à l’époque entendre Mamadou Dia, Premier ministre, qui avait été accusé de fomenter un coup d’Etat contre Léopold Senghor, le premier président du Sénégal. La cour l’avait reconnu coupable et condamné à perpétuité.

Sidiki Kaba, le président de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), une organisation sise à Paris, est lui aussi membre du collectif des avocats de M. Seck. Il n’a aucun doute sur le réel motif de l’incarcération de son client.

« Notre client est un prisonnier politique et nous le défendons », a déclaré Me Kaba.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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