Mais Momo, 33 ans, est encore là, s’inquiétant de savoir s’il parviendra à rentrer à temps dans son comté natal pour les élections d’octobre.
« On nous a abandonnés. Regardez un peu autour de vous. Les toilettes, les douches, les points d’eau…tout a été détruit, mais nous sommes toujours là », a déclaré Momo à IRIN, en montrant du doigt un champ de paille et de gravats.
Le camp de Perry Town est situé à moins de 20 km de Monrovia, la capitale. Il fait partie de quatre sites qui vont être fermés : les personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDIP) sont en effet de plus en plus nombreuses à quitter ces camps pour entamer le périple qui les conduira vers leurs villes et leurs villages d’origine, dévastés par la guerre, et tenter de reconstruire leur vie.
Les représentants des Nations unies estiment que près de deux ans après la fin de la guerre civile au Libéria et huit mois après le début du rapatriement, quelque 160 000 déplacés sont déjà rentrés chez eux. Aujourd’hui, 140 000 réfugiés vivent encore dans les camps.
Pour ceux qui, comme Momo, se sont inscrits sur les listes électorales de leur comté d’origine, il est crucial de rentrer avant les élections présidentielle et législative, prévues le 11 octobre.
Momo devra pour cela parcourir 250 km en direction du nord pour rejoindre le comté de Lofa, un ancien bastion des rebelles, au nord-est du Libéria.
Mais Lofa, tout comme le reste du pays, a été dévasté par 14 années de guerre civile. Par ailleurs, en cette période de pluies, les routes, déjà accidentées, se sont transformées en véritables parcours du combattant.
Comme les autres déplacés inscrits au programme de rapatriement, Momo a reçu un kit contenant de la nourriture et d’autres articles (draps et seaux en plastique), ainsi qu’une somme d’argent pour payer son voyage.
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| Une bonne partie des structures du camp Perry Town a été détruite |
« Une candidate au poste de sénateur dans mon comté est venue et nous a promis de nous aider à rentrer chez nous gratuitement si on votait pour elle », a expliqué Momo. « Alors j’ai dépensé l’argent qu’on m’avait donné pour acheter de la nourriture et des vêtements pour ma famille. Si elle ne vient pas nous chercher, maintenant, comment rentrerons-nous chez nous ? ».
Abou Moussa, le responsable par intérim de la Mission des Nations unies au Libéria (MINUL), reconnaît que la politique s’est mêlée au rapatriement.
« Les partis politiques se sont rendus dans les camps, et y ont envoyé des cars pour ramener les déplacés chez eux », a déclaré Moussa lors d’une entrevue accordée à IRIN, au siège de la MINUL.
Cela ne signifie pas qu’il faille en arriver à un chantage pour s’assurer des voix aux élections, a-t-il déclaré.
« Nous devons agir davantage pour informer les électeurs de telle sorte qu’ils ne tombent pas dans le piège de ces politiciens qui leur promettent du riz et des autocars », a-t-il expliqué.
Course contre la montre
Plus de 1,3 millions de Libériens se sont inscrits sur les listes électorales pour participer au scrutin destiné à entériner le retour de la paix dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Bien qu’à peine cinq pour cent d’entre eux soient des PDIP, presque tous les habitants des camps qui se sont inscrits ont choisi de voter chez eux.
« Nous allons faire notre possible pour faciliter le retour de tous les PDIP qui souhaitent rentrer chez eux », a promis Moussa. « D’après les indications que nous avons, ce processus de rapatriement va se poursuivre jusqu’en septembre ou en octobre. Il est très difficile de donner une date précise…mais au moment des élections, il ne restera presque plus personne ».
D’autres ne sont pas aussi optimistes.
« Dans l’idéal, tout le monde devrait être rentré avant les élections. Mais nous ne vivons pas dans un monde parfait », a déclaré à IRIN un représentant des Nations unies, qui a requis l’anonymat.
De son côté, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) mène une opération destinée à rapatrier quelque 350 000 réfugiés libériens qui ont fui vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Pour l’instant, l’opération progresse lentement.
A la mi-juin, seuls 21 000 réfugiés avaient été rapatriés par le HCR. Ces réfugiés se trouvaient principalement au Sierra Leone et en Guinée, deux pays voisins. Toutefois, selon les Nations unies, 100 000 autres réfugiés seraient rentrés chez eux spontanément.
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| Selon les travailleurs humanitaires, de nombreux parents ont gardé leurs enfants dans les camps de de déplacés parce qu'il n'y a plus d'écoles dans leur région d'origine |
Des préoccupations dont se sont fait l’écho certains des PDIP restés dans les camps.
« A ma connaissance, nous n’avons plus de maison à Lofa, mais je vais essayer de couper des branches pour nous construire un toit », a expliqué Flomo Mulbah, un vieillard de 67 ans qui vit depuis deux ans au camp de Mount Barclay, à la périphérie de Monrovia.
« Pour ce qui est des écoles et des cliniques, je ne connais pas la situation. Ici, mes enfants vont à l’école. Là-bas, je ne sais pas ce qui se passera », a-t-il soupiré.
Sam Sulonteh, un voisin, est originaire du comté de Gbarpolu, juste au sud de Lofa, près de la frontière sierra léonaise. Pour lui, l’insécurité est le problème le plus préoccupant.
« Les nouvelles que nous recevons sont inquiétantes. Nous avons appris qu’il y avait une menace imminente à Gbarpolu. Il paraît que l’armée s’y entraîne en secret », a-t-il expliqué. « Je ne sais pas si j’aurai le coeur de rentrer pour voter dans ces conditions. Je perdrais mon vote, non ? ».
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| Une averse s'abat sur un des camps |
Mais pour certains, quel que soit l’état de leur maison, elle sera toujours plus accueillante que le camp.
« Il n’y a pas de bon endroit où dormir, ici. Regardez, le toit de notre case fuit. Il est sur le point de s’effondrer », a expliqué Esther Borwah, mère de neuf enfants, tandis qu’une pluie torrentielle s’abattait sur son abri, déjà branlant.
N’ayant pas encore reçu l’argent destiné à payer son voyage, Esther a dû repousser temporairement son départ du camp de Mount Barclay. Des représentants des Nations unies affirment toutefois que son problème sera bientôt résolu.
« Dès que je reçois mon argent, nous partirons », a déclaré Borwah. « A la prochaine saison des pluies, si Dieu veut, nous serons chez nous ».
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