Médusés, des badauds observaient les soldats emporter des éléments de plafonds, des barreaux de fenêtres ou tout ce qu’ils pouvaient arracher des bâtiments décrépis du Centre de formation Barclay, dans le centre-ville de Monrovia, à la suite de la manifestation organisée pour exiger le paiement des arriérés de salaires des mois d’avril et de mai.
« C’est scandaleux de voir les soldats de l’armée nationale piller leur caserne comme des rebelles et trimballer fièrement leur butin sur leur tête à l’intérieur du bâtiment », s’est plainte Togba Daniels, une habitante de la région qui a assisté au pillage.
Pourtant, Joe Wylie, l’adjoint au ministre de la Défense du gouvernement de transition, ne s’est pas montré inquiet.
« Il n’y avait aucun objet de valeur dans la caserne. D’ailleurs, depuis fin mai, nous avons commencé à reloger les soldats pour permettre au gouvernement américain de procéder à une rénovation complète de la caserne », a expliqué à IRIN Wylie, commandant des forces rebelles pendant la guerre civile au Liberia, qui avait duré 14 ans.
L’année dernière, le gouvernement américain s’est engagé à consacrer 35 millions de dollars américains au recrutement et à l’entraînement d’une nouvelle armée. Mais avant toute chose, il a exigé que les autorités libériennes versent les salaires des soldats de l’ancienne armée.
Ce processus sera terminé d’ici au mois de septembre, selon le dernier rapport trimestriel sur le Liberia soumis au Conseil de sécurité des Nations unies, le 7 juin dernier, par le Secrétaire général, Kofi Annan, .
Les autorités américaines ont signé un contrat avec la Dyncorp, une société militaire privée américaine, chargée du recrutement et de la formation de la nouvelle armée libérienne, composée de 4 000 femmes et hommes.
Les membres des forces armées actuelles, au nombre de 15 000, pourront présenter leur candidature pour intégrer la nouvelle armée, à condition qu’ils ne se soient pas livrés à des violations des droits de l’homme pendant la guerre civile de 1989-2003 et qu’ils n’aient pas atteint l’âge de la retraite obligatoire.
Tout autre Libérien, femme ou homme, pourra être candidat s’il remplit les conditions requises. Ces conditions s’appliquent également aux anciens combattants des deux principaux groupes rebelles.
Selon Wylie, le ministère des Finances est responsable des incidents de mardi. Il n’aurait pas versé les salaires des soldats.
« Le ministère des Finances est responsable des émeutes. Il refuse de verser les soldes malgré les appels lancés par le ministère de la Défense au nom des soldats » a-t-il expliqué.
Pour Wylie, le gouvernement doit à ses soldats 15 millions de dollars libériens (267 000 dollars américains) d’arriérés de salaires et d’indemnités de départ.
« Selon notre plan initial, les soldats qui ont intégré l’armée après le début de la guerre civile, en 1989, recevront 540 dollars américains. Ceux qui servaient déjà avant cette période percevront 2 025 dollars américains ou plus, en fonction de leur grade et de leur ancienneté », a-t-il poursuivi.
Les meneurs des manifestations de mardi ont déclaré, furieux, que Wylie et ses collègues du ministère de la Défense n’avaient lancé aucun appel en leur nom. Ils ont déclaré à IRIN qu’ils s’attaqueraient aux véhicules de fonction du gouvernement s’ils n’obtenaient pas leurs soldes dans les plus brefs délais.
« Nous avons besoin de notre argent maintenant. S’ils ne nous le donnent pas, nous continuerons de provoquer des troubles dans la ville. Le gouvernement dépense beaucoup d’argent pour s’acheter de belles voitures, mais il ne nous paie pas nos salaires ! Si nous ne sommes pas payés dans les cinq prochains jours, nous nous en prendront à leurs voitures de fonction ! » a déclaré un officier, surnommé « Capitaine War Face (Visage de guerre) ».
Avant de décider de piller leur propre caserne, plus d’une centaine de soldats avaient installé des barrages autour du ministère de la Défense.
Ils ont lancé des pierres et des projectiles métalliques en direction du bâtiment et ont empêché Daniel Chea, le ministre de la Défense, ainsi que d’autres représentants du gouvernement de quitter les lieux pendant plus de deux heures.
Un détachement de casques bleus est finalement venu à leur secours.
Le gouvernement libérien et la Mission des Nations unies au Libéria (Minul) manquent également de fonds pour financer la réinsertion de plus de 101 000 anciens combattants, démobilisés au cours du désarmement de l’an dernier.
Tous auraient dû obtenir une allocation de démobilisation d’un montant de 300 dollars américains, et recevoir une formation scolaire ou professionnelle. Pourtant, Kofi Annan a indiqué dans son dernier rapport au Conseil de sécurité que 65 000 d’entre eux n’avaient pas encore touché les indemnités de réinsertion.
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